Hypnerotomachie ou Discours du Songe de Poliphile
Le plus grand roman d’amour de la Renaissance illustré de 181 ravissantes gravures de l’École de Fontainebleau.
Paris, J. Kerver, 1554.
Des bibliothèques Henri Bonnasse et André Gutzwiller.
In-folio de (6) ff., 157 ff., (1) f. renforcé en marge et 1 f. de marque restauré sans atteinte à la gravure. Vélin souple postérieur.
307 x 210 mm.
Deuxième édition en français de cet extraordinaire roman d’amour, l’un des plus marquants de la littérature des années 1500 et le plus célèbre livre italien de la Renaissance.
Brunet, IV, 778-779 ; Harvard, French Books, n° 146.
Attribuée à Francesco Colonna et publiée en 1499 dans une célèbre édition d’Alde Manuce, cette importante œuvre humaniste fut composée en une langue d’un raffinement suprême.
Son sujet symbolique, « la lutte d’amour en songe » de Poliphile, l’a rendue fameuse et plus encore la manière dont elle tente de rendre en une savante recherche artistique, une attitude propre aux humanistes : la conscience aigüe de la splendeur de la vie.
« En rêve, Poliphile (amant de Polia, comme le révèle un acrostiche) s’égare dans une forêt. Un loup se dresse devant lui, qui prétend lui barrer la route. Il s’engage alors dans un autre chemin, sous la conduite des cinq sens, symbolisés par des nymphes ; c’est alors qu’il découvre un fort beau monument. L’auteur présente ainsi les merveilles d’un palais, ses peintures, ses sculptures, ainsi que les raffinements d’un luxe inouï, à la recherche des choses les plus splendides du monde. Pénétrant à l’intérieur de l’édifice, Poliphile déjoue les embûches d’un dragon et parvient à des thermes somptueux, où il est présenté à la reine du lieu, la symbolique Éleuthéride, ou déesse de la liberté. Enfin, il lui est donné de connaître, comme récompense de son pèlerinage, la plus pure des nymphes, Polia. Il lui voue un amour digne d’elle et, en compagnie de l’admirable créature, erre par des lieux magnifiques ».
Le texte, devenu surtout célèbre par la très belle édition imprimée par les Alde en 1499, est d’un intérêt capital et peut être regardé, à juste titre, comme l’une des têtes d’école du roman de fiction.
Magnifiquement imprimée par Marin Masselin pour Jacques Kerver cette belle édition est la seconde à présenter la première traduction en français de cette œuvre majeure, par Jean Martin.
Une intéressante variante par rapport à la première française de 1546 consiste en ce feuillet liminaire, signé de Jacques Gohory, proche de la Pléiade et du Cercle d’Antoine de Baïf, au verso du titre.
Cette note parue pour la première fois dans cette édition de 1554, publiée au lendemain de la mort de Jean Martin, confirme la paternité de l’œuvre (« Frère François Colonna brûla d’amour pour Polia ») et l’identité du traducteur.
L’iconographie de toute beauté fait de cet ouvrage l’un des illustrés les plus célèbres du XVIè siècle.
Il a exercé une influence considérable non seulement sur l’esthétique du livre à cette époque mais aussi dans les multiples applications de l’art décoratif.
L’ornementation n’est plus celle des livres italiens mais celle de l’école de Fontainebleau et certaines des compositions sont attribuées au talent de Jean Goujon.
L’illustration se compose ainsi de 183 superbes gravures, dont 13 à pleine page, d’un titre historié, de 2 bandeaux, de 38 lettres ornées et de la très belle marque d’éditeur à la licorne. Les figures interprètent très librement celles de l’édition aldine de 1499. Ce sont les mêmes figures que dans la première édition française de 1546 dans laquelle 14 gravures de sujets liés à l’architecture et aux jardins avaient été ajoutées. Une figure a été redessinée au f. B6 avec architecture à chapiteaux et à colonnes.
De nombreuses et grandes initiales à fond criblé ainsi que plusieurs sortes de bandeaux décorés complètent une ornementation particulièrement raffinée.
Précieux exemplaire d’une œuvre esthétique majeure de la littérature de la Renaissance.
Des bibliothèques Henri Bonnasse et André Gutzwiller.





