Mémoires

Sully, Maximilien de Bethune duc de
Londres, (Paris), 1747.
Prix : 25 000 €

L’unique exemplaire décrit par Cohen, sur grand papier orné de l’exceptionnelle suite d’Odieuvre somptueusement relié en maroquin vert à dentelle aux armes de Madame de Pompadour.

Provenance : Madame de Pompadour ; Lord Gosford ; James Toovey ; Comte de Foy ; Maurice Escoffier.

3 volumes grand in-4 de : 1/ [1] f., XXXVI, 607 pp.; II/ [2] ff., X, 612 pp.; III/ [2] ff., VI, 619 pp., [1] p. Orné d'un titre gravé d'après Licherie par Baudet, 3 vignettes de titre et 3 vignettes en-tête gravées ainsi que 73 figures gravées hors texte dont deux planches dépliantes par Gasp. Bouttats.
Maroquin vert, dos à nerfs ornés et dorés de roulette fleurdelisée et fer aux cœurs ardents, large roulette dorée en encadrement des plats frappés des armes dorées couronnées de Mme de Pompadour au centre, double filet doré aux coupes, roulette intérieure, tranches dorées. Reliure armoriée de l’époque.

280 x 217 mm.

Sully, Maximilien de Bethune, duc de (1559-1641). Ses Mémoires, mis en ordre, avec des remarques (par l’abbé de l’Ecluse des Loges).
Londres, (Paris), 1747.

Le seul exemplaire décrit et cité par Cohen (col. 962).

« En maroquin vert aux armes de Madame de Pompadour 3 040 Fr. au comte Foy, vente Gosford (n° 429). » 3 040 F. Or ! au 19ème siècle appartient aux enchères colossales, les plus hautes de ce grand siècle bibliophilique, à comparer aux 695 F. Or de la vente Solar pour le Rabelais de 1542 (Lyon, chez François Juste) réadjugé 593 390 € le 16/06/2019 à Tours.

« Les exemplaires de ces trois volumes in-4 dans lesquels on a inséré les portraits d’Odieuvre, sont fort recherchés. Le grand papier qui est rare et cher, doit contenir les portraits ; vend. très beaux exemplaires, en m. r. 250 fr. La Vallière ; 213 fr. Mac-Carthy ; 280 fr. en 1821 ; 14 liv. 154 sh. de Noailles à Londres, jusqu’à 500 fr. St-Mauris, en 1840 ; rel. en veau, 208 fr. Morel-Vindé, et quelquefois moins. Le nombre des portraits d’Odieuvre ajoutés est ordinairement de 27 dans le premier volume, y compris ceux de Henry IV et de Sully ; de 19 dans le second volume, et de 12 dans le troisième. Il y a, de plus, dans quelques exemplaires, deux grandes planches, savoir : tome 1er, p. 29, le massacre du jour de Saint-Barthélemy, et tome III, p. 240, l’assassinat de Henri IV » Brunet.

Unique exemplaire de grand luxe imprimé sur grand papier dans lequel ont été insérés un frontispice, 70 portraits au lieu des 58 qui ornent les exemplaires privilégiés et les deux grandes planches dépliantes qui ne se trouvent que dans « quelques exemplaires », dixit Brunet.

« L’œuvre de Sully est immense. Ami, confident et conseiller très écouté du roi, Sully fut parfois pour Henri IV un censeur sévère, il s'opposa à ses prodigalités et lui reprocha ses égare­ments, au point de l'empêcher d'épouser Gabrielle d'Estrées. C'est lui de plus qui se chargea des négociations qui devaient amener le mariage du roi avec Marie de Médicis. Très attaqué à la mort du souverain — on lui reprochait son immense fortune —, Sully resta pourtant en place en 1610, mais, dès 1611, les intrigues persistantes l'amenèrent à donner sa démission de surintendant des Finances et de gouverneur de la Bastille ; il négocia d'ailleurs habilement cet abandon de pouvoir et obtint une grosse somme d'argent ainsi qu'une pension ; il conservait le gouvernement du Poitou, les grandes maîtrises de l'artillerie et des forêts. Vivant retiré de la Cour, Sully fut sollicité de rejoindre le camp des protestants, lors de la reprise des guerres ; il refusa et se vit chargé des négociations de la paix de Loudun (1616). Après la régence de Marie de Médicis, Sully fut fait maréchal de France en 1634. Il avait acquis à Paris l'hôtel dit depuis de Sully. C'est en son château de Sully que, vers 1611-1617, Sully, alors au début de sa disgrâce, dicta ses Sages et royales oeconomies d'Estat, domestiques, politiques et militaires de Henry le Grand, version qui fut fortement remaniée en 1638 et imprimée clandestinement par un imprimeur d'Angers au château de Sully.

Exemplaire d’exception présentant la suite des portraits empruntés à la collection réunie par Odieuvre pour l'ouvrage L'Europe illustre, elle-même enrichie d'une quinzaine de planches sur les 58 annoncées par Brunet pour l'édition de 1747.

L’un des exemplaires les plus prisés de l’histoire bibliophilique du 19ème siècle aux provenances remarquables : Madame de Pompadour.

Bibliothèque de Lord Gosford Archibald Acheson ; Vente privée au libraire londonien James Toovey, 1878 ; Collection de James Toovey (ex-libris) ; Vente Bibliothèque d'un amateur anglais, Paris, Hôtel des commissaires-Priseurs, 1er mai 1882, n° 429 ; [Bibliothèque de M. le Comte [de] Foy] ; Vente Bibliothèque de M. le Comte F**, Drouot, Paris, 26-28 mai 1926, n° 251, ill. ; Bibliothèque de Maurice Escoffier (ex-libris) ; Vente Collection M. E., Drouot, Paris, 18 mai 1933, n°139, ill.

Jeanne-Antoinette Poisson, duchesse-marquise de Pompadour et de Ménars près de Blois, dame de Saint-Ouen, fille d’Antoine, premier commis dans les bureaux des frères Pâris, et d’une mère libertine, née à Paris le 29 décembre 1721, avec toutes les qualités séduisantes de l’esprit et du corps, reçut une éducation soignée grâce à la protection de l’ami de sa mère, le financier Le Normand de Tournehem, qui lui fit épouser le 9 mars 1741 son neveu, Charles-Guillaume le Normand d’Etioles, chevalier d’honneur au présidial de Blois, puis fermier général, dont elle fut la première femme et à qui elle donne une fille ; froide et calculatrice, elle mit toute son ambition à devenir la maîtresse de Louis XV ; elle eut d’abord un salon des plus brillants fréquentés par ses adorateurs, par les artistes et par les écrivains, puis elle réussit à attirer sur elle l’attention du roi et le 23 avril 1745 elle fut installée à la cour dans l’ancien appartement de Madame de Mailly ; créée aussitôt marquise de Pompadour, puis nommée dame du palais de la reine le 8 février 1756, elle régna sans partage sur le roi et gouverna la France sous son nom pendant dix-neuf ans, jusqu’à sa mort, malgré les intrigues sans cesse renouvelées et les libelles de toute sorte qui pleuvaient sur elle : si l’on doit convenir qu’elle protégea les arts et les lettres et qu’elle fonda la manufacture de Sèvres, il faut reconnaître que sa politique et sa prodigalité furent néfastes pour la France. Madame de Pompadour, épuisée par la vie de plaisirs qu’elle avait menée, mourut à Versailles le 15 avril 1764, âgée seulement de 42 ans, laissant tous ses biens à son frère le marquis de Marigny.