Les Eloges.

D'Alembert, Jean le Rond

Edition originale des Eloges de D’Alembert, « véritables manifestes des Lumières » (C. Volpilhac-Auger).

L’éblouissant exemplaire relié spécialement pour l’Impératrice de Russie, Maria Feodorovna.

In-12 de XXXIV, VI, 559 pp., (5) pp.

Maroquin rouge, encadrement de trois filets dorés sur les plats, armoiries au centre, dos à nerfs orné, pièce de titre en maroquin vert, roulettes en tête et en queue, filet à froid sur les coupes, tranches dorées. Reliure de l'époque.

160 x 95 mm.

Alembert, Jean Le Rond D’. Les Éloges.

Paris, 1779.

Edition originale rare de l’un des chefs-d’œuvre de Jean Le Rond d’Alembert (1717-1783).

Elle contient 13 éloges - notamment ceux de Massillon, Boileau, Bossuet, l’abbé de Saint-Pierre, Fénelon, Crébillon…- ainsi que le Dialogue de la reine Christine & de Descartes.

Conlon 79 : 598.

« On frondait les puissances de Versailles, et on faisait sa cour à celle de l’Encyclopédie. Nous préférions un mot d’éloge de D’Alembert à la faveur la plus signalée d’un prince » (Comte de Ségur).

Ses Eloges eurent un grand succès, et il utilisa ces occasions pour prêcher la tolérance et la philosophie des Lumières. Ses textes lui acquirent la réputation de continuateur de Fontenelle, son prédécesseur dans le genre.

Dans ses Eloges, d’Alembert fait appel aux écrivains, afin qu'ils se libèrent de leur rôle avilissant de courtisan et de leur asservissement aux « grands ». Son indépendance à cet égard lui valut des difficultés avec la Cour ; mais il utilisa l'estime que lui montrait Frédéric II de Prusse et Catherine Il de Russie pour forcer les ministres français à le respecter. À la longue, il eut gain de cause. Grâce à son influence grandissante sur Voltaire, d'Alembert devint son « lieutenant » à Paris dans le combat pour la « bonne cause » : la diffusion des lumières et le rehaussement de la position des « philosophes » dans la société.

Son élection comme secrétaire perpétuel de l'Académie française en 1772 lui donna la base nécessaire pour transformer cette institution en un bastion du parti philosophe. Sa liaison avec Mlle de Lespinasse lui fut bénéfique car son salon, où régnait d'Alembert, devint l’antichambre obligatoire de l'Académie française.

« Les éloges des académiciens que D’Alembert lit aux assemblées publiques de l’Académie française et qui bientôt constitueront une véritable Histoire de l’Académie sont loin d’être de purs morceaux rhétoriques ou des manifestations de l’esprit « malin » de D’Alembert. L’enjeu en est considérable : ce sont en fait de véritables manifestes des Lumières ; ils permettent d’évoquer héros et adversaires de la vraie philosophie et d’en défendre les valeurs. Offensifs, ils suscitent quelquefois la réprobation, ou des réponses argumentées ; mais leur influence la plus grande est sans doute cachée, car ils inspirent fortement les dictionnaires biographiques des siècles suivants. En tant qu’armes du combat philosophique, ils constituent un moment capital de l’histoire intellectuelle du XVIIIe siècle » (C. Volpilhac-Auger).

Précieux et superbe exemplaire relié à l’époque aux armes de Marie Feodorovna (1759-1828) impératrice consort de Russie, avec l’étiquette de sa bibliothèque privée au château de Pavlovsk.

Le 6 septembre 1776, elle épouse à la chapelle du palais d'Hiver de Saint-Pétersbourg, le tsarévitch Paul Petrovitch (dont c'est le second mariage), fils de Catherine II et de Pierre III. Le 23 décembre 1777, la grande-duchesse donne naissance à son premier enfant, un garçon, et, en avril 1779, à un deuxième, ce qui ravit l'impératrice. Mais la bonne entente entre les deux femmes se détériore très rapidement. La Grande Catherine retire l'aîné des enfants à ses parents, puis le second, afin de les éduquer selon sa convenance et sans l'ingérence des parents. Ceux-ci ne sont autorisés à rendre visite à leurs enfants qu'une seule fois par semaine. De la naissance d'Alexandre à celle de la grande-duchesse Alexandra, le couple n'a aucun enfant auprès de lui. Privée de l’éducation de ses deux fils, la grande-duchesse Marie Feodorovna consacre son temps à la décoration du palais de Pavlovsk, don de Catherine en hommage à la naissance de son premier petit-fils. Marie en fait l'une des plus belles propriétés de Russie.

Deux de ses fils devinrent empereurs de Russie : Alexandre Ier et Nicolas Ier.

Vendu