Traité du beau. De la philosophie des Chinois. Pensées

Diderot, Denis

Une première édition rarissime (inconnue de Tchemerzine qui consacre pourtant 64 pages aux éditions de Diderot), d’un grand intérêt culturel (son étude sur la Chine et les Chinois est remarquable) et intellectuel (Traité du Beau).

Exemplaire en élégante reliure de l’époque.

In-12 de 159 pp., 90 pp., (1) f. bl., 180 pp.

Veau havane granité, triple filet doré encadrant les plats, dos lisse richement orné, filet or sur les coupes, tranches marbrées. Reliure de l’époque.

167 x 91 mm.

Diderot, Denis. Traité du Beau. De la philosophie des Chinois.

Amsterdam, 1772.

Précédé de : Diderot. Pensées sur l’interprétation de la nature.

Amsterdam, 1772.

et de : Diderot. Pensées philosophiques.

Amsterdam, 1772.

Première édition du Traité du Beau etDe la Philosophie des Chinoisde Diderot, assurément l’une des plus rares de l’auteur ; Tchemerzine ne mentionnant que l’édition in-8 de 1778, parue six années plus tard, il faudra attendre Lucien Scheler et son Tchemerzine annoté et corrigé en 1977 pour trouver trace de cette première édition de 1772.

Et quel livre ! Diderot avait une vision prémonitoire de la Chine et des Chinois ! :

« Ces Peuples qui sont, d’un consentement unanime, supérieurs à toutes les Nations de l’Asie, par leur ancienneté, leur esprit, leurs progrès dans les Arts, leur sagesse, leur politique, leur goût pour la Philosophie, le disputent même dans tous ces points, au jugement de quelques Auteurs, aux contrées de l’Europe les plus éclairées… ».

Et une analyse plus nuancée de leur capacité industrielle :

«  Les Chinois ont d’assez bonnes manufactures en étoffes & en porcelaines ; mais s’ils excellent par la matiere, ils pechent absolument par le goût & la forme ; ils ont de belles couleurs & de mauvaises peintures ; en un mot, ils n’ont pas le génie d’invention & de découverte qui brille aujourd’hui dans l’Europe… les sciences & les arts demandant une activité plus inquiette, une curiosité qui ne se lasse point de chercher, une sorte d’incapacité de se satisfaire, nous y sommes plus propres, & il n’est pas étonnant que, quoique les Chinois soient plus anciens, nous les ayons devancés de si loin » (Diderot. Année 1772).

Diderot avait publié dès 1752 un essai sur le Beau dans le deuxième tome de l’Encyclopédie. Cet article entièrement revu et augmenté paraît ici pour la première fois sous forme de livre. Le philosophe des Lumières cherche à y résoudre l’énigme de la beauté et du sublime. Dans son souci d'universalisme, il ne se réfère pas seulement au beau artistique et à l'expérience esthétique mais traite d'un concept plus général de beauté qui a affaire avec l'histoire de l'expérience humaine. Au-delà du sensualisme, il défend une thèse selon laquelle "la perception des rapports est l'unique fondement de notre admiration et de nos plaisirs" et insiste sur le pouvoir d'évocation des figures de rhétorique et des procédés de style comme critère esthétique, "J'appelle donc beau hors de moi, tout ce qui contient en soi de quoi réveiller dans mon entendement l'idée de rapports : et beau par rapport à moi, tout ce qui réveille cette idée".

Précieux exemplaire à belles marges de l’une des éditions les plus intéressantes et rares de Diderot, conservé dans son élégante reliure de l’époque au dos remarquablement décoré.

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