De l'Esprit

Helvetius

« Cet exemplaire, si précieux, est bien entendu l’un des quelques exemplaires non cartonnés que le philosophe fit tirer pour ses amis et proches.
Il comprend toutes les remarques du premier tirage » (Jacques Guérin à propos de son exemplaire, vendu 150 000 € en 1995, il y a 23 ans, l’un des 7 répertoriés de premier tirage sur trois).

Grand in-4 de (2) ff., XXII et 643 pp. (1) p. et 80 pages non cartonnées.

Veau havane marbré, triple filet doré encadrant les plats, dos à 5 nerfs joliment orné aux petits fers avec fleurs, feuilles, étoiles, pièce de titre en maroquin rouge, double filet or sur les coupes, tranches jaspées. Reliure de l’époque.

282 x 215 mm.

Helvetius. De l’Esprit.

Paris, Durand, 1758.

Edition originale, saisie et condamnée à être brûlée dès sa parution.

Rarissime exemplaire du tout premier tirage sur trois, estimé de 10 à 60 fois plus cher que les tirages ultérieurs « suivant leur condition » (Tchemerzine, III, 673), car seuls ces exemplaires de premier tirage, absolument rarissime, possèdent les 80 pages non cartonnées qui firent condamner le livre au bûcher.

« De l'esprit eut un énorme succès de scandale. Il est considéré aujourd'hui comme l'une des formes les plus systématiques et les plus absolues du matérialisme français du XVIIIe siècle » (Jacques Guérin).

Diderot considérait que ce livre était « un furieux coup de massue porté sur les préjugés ».

« Cet ouvrage célèbre fut censuré par la Sorbonne comme contenant tous les poisons épars distillés dans les différents livres modernes, c’est-à-dire contemporains » (Tchemerzine).

L'ouvrage dédié à la famille royale, fut repoussé par cette dernière, et le 10 août, peu de jours après celui de la parution, le privilège, donné le 12 mai, fut révoqué. Malgré la Lettre au révérend père... [Berthier ou Pleix), qui constitue une apologie et une rétractation, suivie d'une autre rétractation plus explicite, le livre fut blâmé par le clergé.

Helvétius en remit alors une troisième à Joly de Fleury, avocat général, le 22 janvier 1759 ; le 31 parut la lettre du pape, le 9 avril, la censure de la Faculté de Théologie. Dès le 23 janvier Fleury avait prononcé ses réquisitions, tout en ménageant l'auteur lui-même, et le Parlement, le 6 février 1759 rendit son jugement ; le livre fut brûlé le 10. Helvétius se défit de sa charge de maître d'hôtel de la reine ; le censeur démissionna.

Helvétius fit ces rétractations par amitié pour son censeur Texier, qui avait eu beaucoup d'ennuis à son sujet. Ces exemplaires présentent des Cartons aux pages 1-16, 35-38, 59-62, 67-70, 75-78, 139-142, 145-154, 159-160, 169-176, 187-190, 227-230, 233-234, 239-240, 459-462, 545-550, 6o3-6o6.

Helvetius fit imprimer quelques rarissimes exemplaires sans cartons pour ses amis (corresp. de Morellet à Beccaria, sept. 1766). Il existe un exemplaire annoté par Rousseau. On sait que Grimm donne cet ouvrage à Diderot, du moins quant à son esprit.

« Les exemplaires sans cartons, ou avec les feuillets conservés, sont vendus de 1.000 à 3.000 francs suivant leur condition. Les autres exemplaires font de 50 à 300 francs, et plus avec les pièces » (Tchemerzine).

« Les idées sociales et religieuses développées dans « De l’Esprit » sont souvent empruntées à Hobbes, Diderot, Voltaire ou Montesquieu ; certaines de ses théories sur l'amour- propre, l'intérêt et la fécondité des passions, l'identité entre question morale et question sociale, ne sont pas sans rappeler Vauvenargues, La Rochefoucauld ou Machiavel. Cependant, comment expliquer alors l'énorme « succès de scandale » qui salua la parution de cet ouvrage ? On sait que la réaction de l'Église et de l'État ne se fit point attendre, et qu'une cascade de condamnations furent lancées contre l'auteur, qui avait bien inutilement publié son livre sous l'anonymat. L'auteur dut se réfugier en Angleterre, puis en Allemagne, où il fut l'hôte de Frédéric II. L'archevêque de Paris, Mgr Christophe de Beaumont, lança, le 22 novembre 1758, un mandement spécial contre le livre ; la Sorbonne et le Parlement s'en mêlèrent, si bien que De l'esprit fut brûlé de la main même du bourreau. Cette condamnation devait d'ailleurs entraîner, l'année suivante, celle de l’Encyclopédie.

Ce « succès de scandale » tient, sans aucun doute, à ce fait qu'avec Helvétius tombent les dernières barrières théologiques dans lesquelles le sensualisme de Locke, et aussi celui de Condillac, était encore enfermé. Avec Helvétius, le matérialisme français du XVIIIe siècle prenait une de ses formes les plus systématiques et les plus absolues et substituait résolument au mythe idéaliste, qui veut que ce soient les idées qui gouvernent le monde et les hommes, le principe matérialiste, qui estime que c'est en transformant le milieu qui l'a formé que l'on transformera l'homme. On comprend qu'un tel principe ne pouvait que susciter les passions et l’intérêt en un moment où de grands changements dans la société apparaissaient comme de plus en plus probables et désirables » (Guy Schoeller).

Karl Marx devait ajouter : « la doctrine matérialiste suivant laquelle les hommes sont des produits des circonstances et de l'éducation, que, par conséquent, des hommes modifiés sont des produits d'autres circonstances et d'une éducation modifiée, oublie que ce sont précisément les hommes qui modifient les circonstances et que l'éducateur a besoin lui-même d'être éduqué ».

Précieux, rarissime et superbe exemplaire imprimé sur grand papier (hauteur : 282 mm).

Il appartient au tout premier tirage d’une absolue rareté. Selon Jacques Guérin, « le philosophe fit tirer pour ses amis et proches » quelques exemplaires de ce tirage rarissime contenant les 80 pages sulfureuses, bible du matérialisme français.

Si les cartons sont bien replacés dans le corps d'ouvrage du présent exemplaire, les feuillets de premier tirage, avant les cartons, (pages 4, 7, 14, 37, 59, 69, 78, 141, 146, 150, 151, 153, 170, 172, 175, 190, 228, 230, 234, 459, 550 et 604) sont tous réunis et reliés à la fin du volume ainsi que des feuillets ayant subi une nouvelle imposition du fait de ces cartons (soit en fin de volume les pages 1 à 16 - 35 à 38- 59 à 62 - 67 à 70 - 75 à 78 - 139 à 142 - 145 à 154 - 169 à 176 - 187 à 190 - 227 à 230 - 233/234 - 459 à 462— 547 à 550 et 603 à 606. Deux feuillets fautifs sont également reliés in-fine. Il s'agit des pages 160 pour une nouvelle imposition et 239 pour un fleuron différent, soit un total de 80 pages supplémentaires reliées à l’époque dans ce volume selon les souhaits d’Helvetius, possesseur de l’exemplaire.

Outre les feuillets non corrigés, une différence simple de texte permet d’identifier les 3 tirages.

Le premier mot de la page 5 varie ainsi :

1er tirage « dans », cas du présent exemplaire.

2ème tirage « de »

3ème tirage « mon ».

Valeur de l’exemplaire :

David Smith, dans son étude bibliographique dédiée à ce texte célèbre, ne recense que quatre exemplaires de ce premier tirage : deux à l’université de Cornell à Ithaca, un exemplaire dans la Bayerische Staatsbibliothek de Munich et enfin un dernier conservé à Saint-Pétersbourg.

Trois autres exemplaires de premier tirage sont à ce jour répertoriés : l’exemplaire Alienne (hauteur 250 mm), l’exemplaire Jacques Guérin (hauteur 285 mm) sur grand papier relié pour Madame Helvetius, vendu près de 100 000 € à la vente Jacques Guérin il y a 28 ans (ref. Livres exceptionnels, Paris 7 juin 1990, n° 26), revendu 150 000 €, par Pierre Bérès il y a 23 ans (réf : Livres et manuscrits significatifs, Pierre Bérès, Paris, 1995, Cat. 86, n° 53) et 250 000 € en 2012.

Plus près de nous, la Librairie Sourget vendait 65 000 € un exemplaire de premier tirage sur grand papier relié en maroquin citron du temps.

Magnifique exemplaire imprimé sur grand papier revêtu d’un pur veau marbré de l’époque.

Vendu