Mémoire sur l'Administration de la Police
Somptueux manuscrit de dédicace de Décembre 1776 sur l’organisation de la Police de Paris commandité par la reine Marie-Thérèse d’Autriche offert à Jean-Charles Pierre Lenoir, Lieutenant Général de Police.
Manuscrit de 324 pages, petit in-folio en 20 cahiers cousus reliés en maroquin rouge, dos lisse orné, large décor rocaille aux plats, armes peintes au centre dans un cartouche ovale mosaïqué de maroquin vert, doublure de moire bleue.
332 x 217 mm.
Le Maire, Jean-Baptiste-Charles. Mémoire sur l'Administration de la Police [… ]
Manuscrit, 1776.
Le célèbre exemplaire de dédicace de cet important mémoire sur l'organisation de la Police parisienne commandité en 1768 sur ordre de Marie-Thérèse d'Autriche à Antoine de Sartine, alors lieutenant général de police de la ville de Paris.
Ce mémoire a été rédigé par Jean-Baptiste-Charles Le Maire, commissaire enquêteur au Châtelet de Paris, achevé vers 1770, et retranscrit ici à l'intention de Jean-Charles-Pierre Lenoir, successeur de Sartine à la lieutenance de police de Paris. Répondant à une liste de seize questions, transmises par l'impératrice, Le Maire a organisé l'ouvrage en deux parties, précédées d'une introduction générale sur la police, citant Montesquieu et L'Esprit des lois : "Dans l'exercice de la police, c'est plutôt le magistrat qui punit que la loi ; dans les jugements des crimes, c'est plutôt la loi qui punit que le magistrat. Les matières de police sont des choses de chaque instant et où il s'agit ordinairement de peu : il ne faut donc guère de formalités. Les actions de la police sont promptes, et elle s'exerce sur des choses qui reviennent tous les jours : les grandes punitions n'y sont donc pas propres [… ] Ainsi il ne faut pas confondre les grandes violations des lois avec la violation de la police, ces choses sont d'un ordre différent. Il n'est pas possible de présenter une idée plus précise de la police, de lois, ni de poser des principes plus certains sur son administration".
Suit une première partie concernant les distinctions entre police judiciaire, police ordinaire, police criminelle ou mixte et police contentieuse ou civile. La seconde partie étudie la police d'administration à Paris, la magistrature, les commissaires, et les inspecteurs de police. Puis sont donnés les détails concernant la sûreté, les dénonciations, les militaires, les femmes prostituées, les femmes entretenues, les jeux, les prêteurs sur gages, les charlatans, le nettoiement de Paris, l'illumination publique et le service des pompiers, l'approvisionnement (commerce des grains, halles et marchés, police des boulangers, des bouchers…). Un dernier article, inédit, a été ajouté par rapport au mémoire de 1770. Il concerne la réglementation du marché aux chevaux, dans le faubourg Saint-Marcel, réforme entreprise par Sartine et l'ordonnance de 1763.
En 1780, Lenoir devait faire publier une partie de ce mémoire sous le titre Détail sur quelques établissements de la ville de Paris, demandé par [… ] la reine de Hongrie.
Jean-Charles-Pierre Lenoir est nommé lieutenant général de police de Paris le 30 août 1774, en succession de Sartine dont il est l'ami. Il s'oppose alors à la politique de Turgot, considérant que la libéralisation des grains est nuisible au peuple de Paris. Lenoir, pour qui la question frumentaire devait être considérée sous l'angle de ce que l'historien Edward Palmer Thompson a qualifié « d'économie morale de la foule », s'attache à défendre les idées de « juste prix » et de responsabilité paternelle du roi envers ses sujets. Turgot, pour s'en débarrasser, lui propose alors la place de lieutenant civil qu'il refuse.
La crise passée, après la démission de Malesherbes, de Turgot et d'Albert, Lenoir retrouve la lieutenance générale de police le 17 juin 1776. Un mémoire imprimé adressé à Marie-Thérèse d'Autriche (Détail de quelques établissements de la ville de Paris, demandé par sa majesté impériale, la reine de Hongrie, 1780) témoigne de son activité dans le domaine de l'approvisionnement et de ses efforts en matière de salubrité et d'utilité publique. Il s'attelle à la création d'une école de boulangerie et d'ateliers d'ouvriers, à la création de halles au grain et de marché, marqué qu'il est par l'épisode de 1775. On lui doit aussi des mesures contre les incendies, pour la prohibition du cuivre et du plomb dans le transport et le conditionnement des denrées, l'établissement des piliers dans les carrières sud de Paris ainsi que l'éclairage continu des rues principales de la capitale. Toutes ses mesures révèlent les grandes lignes d'un programme hygiéniste et modernisateur qu'il défend dans ses Mémoires.
Provenance : Jean-Charles-Pierre Lenoir ; Library of the American Institute.
