Compte rendu au roi
« L’un des plus grands best-sellers économiques du XVIIIe siècle » (K. Carpenter, "Economic bestseller before 1850").
Édition originale du célèbre Compte rendu au roi de Necker.
Précieux exemplaire imprimé sur papier de Hollande relié en maroquin de l’époque, orné du tableau dépliant contenant les Revenus et Dépenses portés au Trésor Royal et des 2 cartes de France des Traités et Gabelles en couleur.
In-4 de Titre, 1 f. de table, 116 pp., un tableau dépliant et deux cartes dépliantes en couleurs.
Maroquin rouge, triple filet doré encadrant les plats, dos lisse orné, tranches dorées, filet or sur les coupes, roulette intérieure dorée, tranches dorées. Reliure de l’époque.
250 x 190 mm.
Necker, Jacques. Compte rendu au roi, par M. Necker, Directeur général des Finances. Au mois de Janvier 1781. Imprimé par ordre de Sa Majesté.
Paris, Imprimerie royale, 1781.
Édition originale de ce texte qui fit tant de bruit et reste comme une source fondamentale pour l'histoire financière de la France.
A. Soboul. Dictionnaire de la Révolution. p. 783.
« En 1781, Necker publia son célèbre Compte rendu, première révélation de ce secret des finances jusqu’alors dérobé avec un soin si jaloux à la connaissance du public. Il annonçait un excédent des recettes sur les dépenses, qui était purement fictif, et son travail était plus ingénieux que solide. Toutefois, le public lui sut un gré infini de cet appel à la lumière et à la publicité, et ses emprunts, qui auparavant tarissaient, reprirent faveur aussitôt et produisirent d’abondants versements.
Mais Necker avait de violents ennemis à la cour ; sa réforme de la maison royale, ses suppressions, ses projets avoués de stricte économie avaient comme toujours exaspéré contre lui ceux qui s’engraissaient des abus. On lui reprochait aussi fort amèrement son Compte rendu, non pour les illusions et les inexactitudes qu’il contenait, mais bien au contraire pour les vérités qu’il mettait en évidence et les projets utiles qu’il annonçait. Accablé par une ligue puissante, il fut obligé de se retirer (mai 1781). Louis xvi, qui s’était lassé de lui comme il s’était lassé de Turgot, reçut sa démission avec satisfaction. La chute de Necker fut ressentie plus vivement que celle de Turgot, car l’opinion avait fait de grands progrès depuis cette époque. Le monde officiel n’osa pas triompher trop haut ni braver trop bruyamment le sentiment public ».
L’exemplaire est bien complet :
Du grand tableau dépliant (445 x 395 mm) présentant les revenus et les dépenses du trésor royal. Les dépenses de la maison du roi, de la reine, de Madame, fille du roi, de Madame Elisabeth et de Mesdames, tantes du roi y sont portés à la somme de 25 700 000 livres tournois.
De la grande carte de France des traités (410 x 290 mm) entièrement coloriée à l’époque.
De la grande carte de France des gabelles de même format, entièrement coloriée à l’époque, donnant en légende le prix du sel dans les différentes régions.
Le Compte-Rendu, dressé dans le but « d'appeler le peuple à la connaissance et à l'examen de l'administration publique et de faire pour la première fois des affaires de l'État une chose commune », présentait la situation financière sous un jour éminemment favorable et mettait soigneusement en relief les services du directeur général ; l'effet en fut considérable ; le crédit, ébranlé à ce moment, fut rétabli et le succès d'un emprunt de 236 millions assuré.
"Banquier genevois, financier et ministre de Louis XVI, Necker est classé à la suite des mercantilistes, avec lesquels il présente un certain nombre d'affinités. Il aurait pu tout aussi bien être rangé parmi les socialistes : il leur est allié par une haine commune de l'ordre social préconisé par les physiocrates, et par ses attaques contre la propriété privée, l'inégalité des fortunes. Son œuvre est le reflet de la vie politique à laquelle il est mêlé." (Leblanc, De Thomas More à Chaptal, contribution bibliographique à l'histoire économique, pp. 51 et suivantes).
Dans le contexte délicat de la Guerre d'indépendance des États-Unis, la situation financière française y est présentée. Le but premier de ce livre est de rendre plus facile à la France l'emprunt à des investisseurs privés, qu'ils soient français ou étrangers, et ce aux meilleurs taux. Suivant l'exemple de l'Angleterre, Necker est convaincu que si les finances de la France sont rendues publiques, cela augmentera la confiance des investisseurs en celle-ci. Grâce à cette transparence, ces derniers seront moins hésitants à prêter des fonds au royaume.
Bien que la France ait des finances négatives au moment où l'ouvrage est publié, Necker veut convaincre les investisseurs de la qualité de leur investissement sur le long terme, Dans ce but, il souhaite démontrer que les finances de l'État seront positives dès le retour à la paix, Pour ce faire, il crée une distinction entre dépenses ordinaires et dépenses extraordinaires, les secondes étant celles relatives à la guerre. Necker explique de manière claire, dans l'introduction de l'ouvrage, que seules les dépenses ordinaires vont être évoquées, ce qui lui permet de faire apparaître un excédent de 10 millions. Il n'y a donc absolument aucune volonté de tromperie de sa part. En fait celui-ci est même très insistant dans sa volonté de tout dévoiler. Dans le Compte-rendu au Roi, Necker insiste plusieurs fois sur le gaspillage que représentent les guerres, et sur les difficultés que celles-ci font peser sur l'économie.
Un des faits exceptionnels à propos de ce compte rendu est que celui-ci fut rendu public par Necker, dévoilant ainsi des listes de pensions, avec noms et montants des sommes versées par l'État à certains nobles. Cette publication fait scandale et la noblesse exige la démission de Necker, qui, lâché par les autres ministres (Maurepas, Vergennes, Miromesnil), présente finalement sa démission le 19 mai 1781.
Bel et rare exemplaire relié en maroquin rouge de l’époque.



