Lettres à Dettonville

Pascal

Edition originale tirée à 120 exemplaires des Lettres à Dettonville de Pascal, sa dernière œuvre, « l’une des plus éclatantes de son génie » (L. Scheler).

Exemplaire d’exception en vélin de l’époque, l’un des rarissimes connus présentant le titre de premier tirage à la date de 1658

publié pour accompagner le recueil des 6 premières pièces qui ne vit jamais le jour.

De la bibliothèque de la marquise de Bute (XVIIIe siècle).

In-4 de (1) f. bl., 2 titres, 1 f. et 26 pp. ; 25 pp. ; 1 f. bl. + 8 pp. ; 24 pp. ; 7 pp. ; 10 pp. et 1 f. blanc, 1 titre, 7 pp. ; 1 f. de titre et 8 pp.; 1 titre et 16 pp. plus 4 planches de géométrie.

Vélin ivoire de l’époque, dos lisse, tranches jaspées. Étui de maroquin.

241 x 176 mm.

« Édition originale, extrêmement rare, de la dernière œuvre de Pascal, l’une des plus éclatantes de son génie » (Tchemerzine, V, 54 et 55 et Lucien Scheler).

Elle ne fut tirée qu’à 120 exemplaires ; le tirage classique de l’époque étant d’environ 3 000. ( Mémoires sur la vie de M. Pascal par Marguerite Périer, sa nièce, p. 40 in Pascal, Œuvres complètes, Bibliothèques de la Pléiade, N.R.F., 1957 et Tchémerzine, V, 55).

Formidable exemplaire du tirage de tête possédant, comme le célèbre exemplaire de Clermont Ferrand cité par Tchemerzine, outre le titre normal à la date de 1659, le fameux titre de premier tirage paru l’année précédente et portant la date de 1658, presqu’aussi rare que les Pensées de Pascal à la date de 1669 dont on répertorie deux exemplaires.

Ce titre de 1658 avait été imprimé pour servir de titre général au recueil qui initialement ne devait contenir que les 6 premières pièces. Ce recueil ne fut pas publié et parut complété des 3 autres pièces et du titre à la date de 1659.

L’exemplaire possède, comme mentionné par Scheler, le feuillet contenant une lettre datée de Paris, ce 10 décembre 1658, adressée à Dettonville par M. de Carcavy.

Selon le témoignage de Gilberte Périer, sa sœur, c’est pour oublier de très douloureux maux de dents que Pascal aurait repris inopinément, en 1657, ses recherches mathématiques, interrompues depuis sa conversion. C’est dans le silence de la nuit en proie aux souffrances physiques qu’il aurait trouvé le principe de solution de plusieurs problèmes que personne jusqu’à lui n’avait pu découvrir.

Ces problèmes se rapportaient à la courbe dénommée « cycloïde » ou « roulette » qui avait, depuis Galilée jusqu’à Fermat et Descartes, fort préoccupé les mathématiciens. Cette courbe est le chemin parcouru par un point situé sur un cercle qui roule sur un plan (d’où son nom de roulette). Jusqu’alors, on n’avait pu trouver une méthode entièrement satisfaisante pour la quadrature de l’aire totale de la roulette. C’est la solution complète de la question, avec toutes les démonstrations, qu’il découvrit au cours d’une nuit de veille. Mais Pascal n’écrivit rien de cette découverte qu’il considérait comme vaine ; il ne voulait pas « distraire son attention de son ouvrage sur la religion (son Apologie de la religion chrétienne, autrement dit les Pensées). Roannez convainquit Pascal d’ouvrir un concours entre tous les mathématiciens à celui qui résoudrait le problème dont il avait trouvé la solution. C’est ce que fit Pascal, en adressant à tous les savants en renom une circulaire signée d’un pseudonyme, Amos Dettonville. De nombreux savants, parmi les plus célèbres du temps, s’essayèrent en vain à la résolution du problème : pas un ne parvint à donner une démonstration complète, le président du Jury fut Pierre de Carcavi. La publication par Pascal, dans une lettre à Carcavi, de ses solutions au problème, suivies de plusieurs traîtés géométriques, généralement désignés sous le titre de « Traités relatifs à la cycloïde », suscita l’admiration universelle. C’est en lisant le Traité des sinus du quart de cercle que Leibniz aboutit à la conception précise de la différentielle et découvrit les premières formules du calcul infinitésimal. »

« Leibnitz a dit des Lettres de Dettonville que c’est en les méditant qu’il avait puisé soudainement la lumière qui le conduisit à l’invention du calcul intégral » (L. Scheler).

Précieux exemplaire contenant les titres courants des six première pièces vraisemblablement calligraphiées à la plume par Carcavi selon Lucien Scheler.

Rareté de l’édition : parmi les 120 exemplaires imprimés en 1659, fort peu ont survécu.

Depuis 60 ans, seuls 3 autres exemplaires sont passés sur le marché public international, tous à la date de 1659. Un seul était, comme le présent exemplaire, conservé dans son vélin de l’époque, la plus noble condition pour les textes scientifiques du temps.

Un exemplaire relié en veau, décrit avec un envoi « Pour monsieur Thevenot », provenant de la vente Escoffier (18 mai 1933, n°111) et catalogué par Heilbrun (cat.34, 1969, n°72) fut porté au prix de 550 000 FF (84000 €) il y a 35 ans (Beaux Livres, septembre 1986, n°34).

Admirable exemplaire, conservé dans sa première reliure en vélin de l’époque, le seul du tirage de tête portant la date de 1658 passé sur le marché public depuis 60 ans.

Provenance : Marquise de Bute, XVIIIe siècle.

Vendu