Speculum artis bene Moriendi
L’Ars Moriendi incunable du Cardinal Dominique Capranica imprimé à Cologne vers 1495.
Bel exemplaire grand de marges.
Titre: Speculu artis bene moriēdi de temptatōnibus. Penis infernalibus interrogatōibus agonisantium et varijs oratōnibus pro illorum salute faciendis, bois, colophon : Artis bn moriendi cunctis putilissime felix finis.
In-4 de (16) ff. sur 36 lignes, complet.
Maroquin rouge, plats très ornés d’encadrements et d’éventails dorés, dos lisse, coupes décorées, roulette intérieure. Reliure vers 1820.
199 x 140 mm.
Fort rare édition incunable de l’Ars Moriendi du Cardinal Domenico Capranica (1400-1458), imprimé à Cologne, chez Heinrich Quentel, vers 1495.
Hain, 14911 ; GKW 2610 ; BMC I, 294 ; Stillwell, A980 ; HC 14911*; Voullième, Köln 305 ; Schreiber 3671 ; Goff A1098.
Domenico Capricana étudie à l'université de Padoue et à l'université de Bologne. Il est secrétaire du pape Martin V, trésorier apostolique, clerc et protonotaire apostolique, prévot d'Albi et commendataire de plusieurs bénéfices.
À partir de 1449, il est aussi grand pénitencier et, à partir de 1447, archiprêtre de la basilique du Latran. Capranica est cardinal protoprêtre en 1450 et légat près du roi Alphonse V d'Aragon, roi de Naples. Il est le fondateur de l' « Almo Collegio Capranica » en 1457 et l'auteur d'œuvres comme « Il governo del pontificato » et L'arte del ben morire (Ars moriendi).
Au XIIIè siècle, l’apparition du purgatoire, associé à l’idée de jugement des âmes, permet le développement d’une spiritualité nouvelle, fondée sur le salut et le rachat. La mort est alors appréhendée comme un moment crucial qu’il faut bien préparer. Du XVè au XIXè siècle, le genre littéraire du bien mourir fait florès, à travers des textes variés.
L’Ars Moriendi incite le mourant – et ses proches – à redoubler de foi pour sauver son âme et obtenir le salut éternel. Il promeut le recours aux intercesseurs et aux sacrements, renforçant ainsi le rôle d’encadrement de l’Église jusque dans les derniers instants.
L’Ars Moriendi connaît un grand succès jusque dans les années 1500, où la courbe de production s’effondre. Le genre ne s’éteint pas pour autant : à l’orée du XVIè siècle, les artes moriendi renaissent de leurs cendres, au travers de nombreux traités qui sont autant de variations de l’Ars moriendi primitif.
Si la littérature médiévale présente souvent le besoin de se préparer à la mort de quelqu’un au travers du thème du lit de mort, il faut attendre le XVe siècle pour avoir une littérature prenant le point de vue du mourant : comment bien se préparer à sa mort, quel est le sens d’une bonne mort et comment y parvenir. L’accompagnement du mourant dans ses derniers instants, la préparation au passage vers l’autre monde étaient jusqu’alors l’apanage du prêtre. Les rangs décimés par la peste noire, l’église trouve avec l’Ars moriendi une solution innovante à ses problèmes d’effectifs. Grâce à ce « guide des derniers instants », chacun peut alors accompagner son mourant en l’absence d’un prêtre, chose inconcevable avant la peste noire.
L’Ars moriendi est un guide pour les mourants des XIVe et XVe siècles confrontés aux horreurs de la peste noire.
Alors que l’Ars moriendi du XVè siècle se focalise sur le moment de l’agonie, les traités du XVIè siècle introduisent un nouveau modèle, influencé par le mouvement humaniste. On se dirige désormais vers l’art de bien vivre pour se disposer à une bonne mort.
Fort bel exemplaire à grandes marges (hauteur 199 mm contre 195 mm pour l’exemplaire du British Museum IA-4902).



