Censure de la Faculté de Théologie de Paris contre le livre qui a pour titre Émile ou de l'éducation
Édition originale de la censure prononcée à l’encontre des 19 hérésies relevées dans l’Émile de Rousseau, condamné à être lacéré et brûlé de la main du bourreau.
Très bel exemplaire de cet ouvrage rare, conservé dans sa reliure de l’époque.
In-8 de 352 pp.
Veau fauve marbré, triple filet doré encadrant les plats, dos à nerfs guillochés or, caissons ornés d’une résille dorée, pièce de titre en maroquin rouge, filet or sur les coupes, roulette intérieure dorée, tranches marbrées. Reliure de l’époque.
192 x 125 mm.
[Rousseau, Jean-Jacques]. Le Grand, Louis. Censure de la Faculté de Théologie de Paris contre le livre qui a pour titre Émile ou de l’éducation.
Paris, P. Al. Le Prieur, 1762.
Édition originale de la censure fameuse prononcée par la Faculté de Théologie de Paris à l’encontre de l’Émile de Rousseau.
Peignot. Livres condamnés au feu. ii P. 94 ; Monod p. 562 ; Coulon. Rousseau n° 236.
L’histoire de la longue série de sentences et de censures contre l'Émile de Rousseau est bien connue : le 9 juin 1762, le Parlement de Paris condamne l’« imprimé » en question « à être lacéré et brûlé » et décrète la prise de corps de son auteur; le 11 juin, date de l'exécution de ce jugement, l'auteur lui-même échappe de peu à l'arrestation. Rousseau doit fuir seul, avec l’aide du maréchal de Luxembourg.
Proscrit de France, mais aussi des Pays-Bas, de Genève et de Berne, il se réfugie à Yverdon chez son ami Daniel Roguier.
Le 19 juin, ce sont les autorités calvinistes de Genève qui prononcent leur verdict contre l'ouvrage ; le 1er juillet, l'assemblée générale de la Faculté de Théologie de Paris décide de faire rédiger la censure du livre « le plus tôt qu'il serait possible »; le 30 juillet, l' « Émile » est interdit en Hollande ; le 20 août, Christophe de Beaumont, archevêque de Paris émet un mandement contre les propositions « fausses, scandaleuses, [...] erronées, impies, blasphématoires et hérétiques » du livre et ordonne que son mandement soit « lu au prône des messes paroissiales des églises de la [...] diocèse de Paris, publié et affiché partout où besoin sera » ; le 9 septembre, l' « Émile » est officiellement mis à l'Index ; et enfin, au mois de novembre, on publie la Censure de la Faculté de Théologie de Paris contre le livre qui a pour titre Émile ou de l'Éducation, petit volume in-12 de 352 pages, dont le contenu sera bientôt approuvé par un bref du pape Clément XIII.
Malgré tant de condamnations, la tempête est encore loin de se calmer : les doctes réfutations continuent à pulluler un peu partout en Europe.
La réponse que Rousseau adresse à l'archevêque de Paris soulève un nouvel orage, puis, ses Lettres de la montagne rendent encore plus aigu son conflit avec les milieux calvinistes officiels de sa ville natale.
Cette célèbre « censure » est rédigée par l’Abbé Le Grand, docteur de Sorbonne qui devint censeur royal.
Elle est précédée de la « relation des circonstances qui décidèrent l’examen de cet ouvrage » et du discours de Jean Clément Gervaise, syndic de la Faculté de Théologie. Y sont réfutées point par point les dix-neuf « Hérésies » relevées dans l’Émile par la Faculté. Selon le rapport du syndic de la Faculté, Rousseau, en s’élevant contre le culte public, cherche à renverser « les temples » ; en traitant de faiblesse d’esprit la soumission raisonnable, il présage la ruine de la monarchie. Dans ces deux chefs d’accusation, on peut reconnaître l’argumentation de Lefranc de Pompignan qui, dans son discours de réception à l’Académie en 1760, a insisté sur la dimension politique des controverses religieuses de l’époque en dénonçant « la philosophie altière qui sape également le trône et l’autel ». Tout comme la cour de justice, le syndic de la Faculté constate, lui aussi, qu’en regardant chaque religion comme salutaire, l’auteur de l’ « Émile » incite ses lecteurs à l’indifférence religieuse. Ce qui est vraiment nouveau dans l’exposé du syndic par rapport à l’arrêt du Parlement, c’est le ton sarcastique à l’égard de Rousseau.
La Faculté s’intéresse particulièrement aux passages dans lesquels le Vicaire Savoyard, en parlant de Dieu, déclare que l’idée de la création ex nihilo dépasse l’entendement humain. Selon les docteurs de la Sorbonne, Rousseau défigure la religion naturelle car « le dogme de la création… en fait une partie très importante ».
Les docteurs de la Sorbonne, critiquent ensuite la « singularité » de Rousseau, et critiquent par la même son originalité, un phénomène qui, au début du siècle suivant, sera considéré comme l’un des plus grands mérites d’un artiste ou d’un écrivain.
Très bel exemplaire, grand de marges, de cet ouvrage rare, conservé dans sa reliure de l’époque au dos particulièrement décoratif.



