Fragmens sur les institutions républicaines

Saint-Just, Louis-Antoine-Léon
Paris, 1800.

Le « testament politique de Saint-Just ».

Édition originale fort rare des célèbres Fragmens sur les Institutions républicaines de Saint Just, analysés par Lucien Febvre.

Le bel exemplaire Richard de Soultrait avec armoiries.

In-8 de [1] f., XX, 88 pp., maroquin rouge, dos à nerfs, titre doré, caissons ornés de fleurons dorés et bordés d'un double filet à froid, plats encadrés d'un double filet à froid, le chiffre et la pièce d'armes du possesseur dorés aux angles, médaillons aux armes doré au centre, filet doré sur les coupes, dentelle intérieure, tranches dorées. Reliure vers 1870.

203 x 130 mm.

Saint-Just, Louis-Antoine-Léon (1767-1794). Fragmens sur les institutions républicaines. [1800].

Édition originale fort rare imprimée en 1800.

Les Fragments sur les institutions républicaines, rédigé en 1793 est l’œuvre de Saint-Just, député à la Convention qui a fait voter la mort du roi. Il exprime sa foi dans la capacité des institutions à faire communier les citoyens dans une fraternité quasi organique, expose les détails, du berceau à la tombe, de son utopie politique et sociale.

Saint-Just n’a fait que traduire avec tous les prestiges d'un style formé à l'écolo de la littérature antique et des philosophes du XVIIIè siècle et avec un esprit de système plus prononcé - ce que pensaient les sans-culottes de l'an II, ce qu'ils ont exprimé à maintes reprises sous une forme plus populaire dans leurs pétitions et adresses…

Les sans-culottes ne constituent pas un parti. Ils ne forment pas non plus une classe. Si l'on trouve parmi eux une minorité de prolétaires, on y rencontre surtout une majorité de boutiquiers et d'artisans qui ont accédé à la propriété — et des petits bourgeois des professions libérales… Les sans-culottes sont à la fois hostiles au capitalisme, qui menace de les refouler dans les rangs du prolétariat — et attachés à l'ordre bourgeois par ce que déjà propriétaires ou aspirant à le devenir… Si, politiquement, ils représentent le parti avancé de la Révolution – économiquement ils n’en sont pas moins condamnés à décliner avec tout le système traditionnel de la production fondée sur l'artisanat et la boutique : contradiction qui vouait à l'échec tous les efforts des sans-culottes pour fonder en l'an II cette république égalitaire qui les eût sauvés…

Considérations fort nuancées tirées d’un article d’A. Soboul, extrait des Annales historiques de la Révolution Française et intitulé : « Les Institutions républicaines de Saint-Just ». Il s'agit essentiellement de Fragments sur les Institutions républicaines conservés par un manuscrit de la Bibliothèque Nationale (24 136). Textes importants pour la connaissance de Saint-Just et de son temps.Il rend un son « préromantique » fort curieux et n'est certes pas dépourvu d'originalité. Au reste, l'épithète de préromantique se présente à chaque instant à l'esprit du lecteur de ces pages. Par exemple, cette prescription : « Les cimetières seront de magnifiques paysages et toutes les tombes seront, couvertes de fleurs ». On songe au Père Lachaise, à Michelet et à ses roses.

Les textes curieux abondent. Parmi les plus intéressants, ceux qui traitent des affections :

« Tout homme âgé de vingt et un ans est tenu de déclarer dans le temple quels sont ses amis, et cette déclaration doit être renouvelée tous les ans pendant le mois de ventose. - Si un homme quitte un ami, il est tenu de rendre compte au peuple, dans le temple, des motifs qui le lui font quitter. — Si un homme n'a point d'ami, il est banni. - deux qui sont restés anus Unité leur vie sont enfermés dans le même tombeau.

Mais voici qui va plus loin encore : « Les amis ne peuvent écrire leurs engagements, ils ne peuvent plaider entre eux. Le peuple élira les tuteurs des enfants parmi les amis de leur père. » Et ceci, finalement : « Si un homme commet un crime, ses amis sont bannis ».On peut rire. D'un rire sot d'illettré qui se croit cultivé. L'historien ne rit pas du tout. De tels textes le frappent vivement. Cet effort maladroit, tâtonnant, pour organiser l'amitié, lui donner une valeur sociale et juridique, quel trait de lumière sur les pensées de ces hommes ! Comment organiser du dedans, comment charpenter solidement la communauté sociale ? Ils se posent le problème. Ils cherchent. Religion ? Oui, et « le peuple français reconnaît l'Être Suprême et l'Immortalité de l'âme ». Oui, et « les temples publics sont ouverts à tous les cultes ». Ces mêmes temples « ne peuvent être fermés ». L'hymne à l'Éternel y est chanté par le peuple tous les matins et « toutes les fêtes publiques commencent par elle (sic) ». Mais d'abord, « dans aucun des engagements civils, les considérations de culte ne sont permises et tout acte où il est parlé de culte est nul ». L'amitié au contraire reçoit un statut juridique ; l'amitié devient valable civilement. Et puis, il y a autre chose.Les textes de Saint-Just sont terriblement vieille France. Vieille France villageoise, vieille France artisanale, vieille France précapitaliste, voire anticapitaliste : disons, plus précisément, prémachiniste, prémanufacturière. Quel ressort faire jouer pour organiser du dedans les masses paysannes, les masses artisanales, les masses boutiquières qui constituent toujours le canevas social d'un pays comme la France ? Les temps ne sont pas venus où les réformateurs sociaux, se détournant des problèmes moraux, remettront au groupement professionnel seul, au syndicat, le soin d'organiser, « d'informer », comme disaient les aristotéliciens scolastiques, les masses ouvrières que le cours des événements aura portées au premier plan. C'est par les vieux sentiments traditionnels que les hommes comme Saint-Just veulent agir sur leurs concitoyens, leur donner une âme commune, les pétrir et les unifier. Par les sentiments et d'abord par l'amitié. Sentiment très élaboré par les lettres, les écrivains, les moralistes. Sentiment aussi qui continue à plonger de fortes racines dans un très vieux passé. « Les amis sont placés les uns auprès des autres dans les combats ». Autre texte de Saint-Just, coup de lumière projeté sur la préhistoire d'un sentiment qu'il s'agit de revaloriser.Naïveté, puérilité, chimère, ridicule, tout ce qu'on voudra. Je vois bien autre chose dans ces textes. Un effort pour résoudre un gros problème dont on ne peut pas dire qu'il soit résolu. Car l'isolement des hommes dans nos sociétés où tout est recensé, encadré, enrégimenté, contrôlé et bureaucratisé, est plus poignant que jamais. Les cellules familiales sont juxtaposées. Elles ne se pénètrent pas. Elles ne s'assistent vraiment pas. Et si, quelquefois encore, elles se prêtent quelque appui, c'est bien par la grâce de ce sentiment que Saint-Just nommait l'amitié et à qui il voulait donner une place, un rang, un statut puissant. Dans le sein d'une société qui le comportait, réellement — et qui n'avait pas encore renoncer à s'organiser moralement pour se grouper professionnellement. Comme les temps nouveaux l'exigeaient. Mais le problème que se posait Saint-Just a-t-il disparu vraiment ? Et s'il se pose toujours, comment le résoudre ? Rire bruyamment, soit. Mais il serait bon de se poser la question. » — Lucien Febvre.

Signature de l'un des éditeurs, Lamare, authentifiant l'édition.

Bel exemplaire, grand de marges, dans une élégante reliure non signée.

Provenance : Georges Richard de Soultrait (1822-1888), administrateur des hospices de Lyon, puis historien et archéologue (armes au plat sup.).

Vendu