Négociation du mareschal de Bassompierre

Bassompierre, François de
Cologne, Pierre du Marteau, 1668.
Prix : 3 800 €

« L’un des hommes les plus représentatifs de son temps » (Robert Lavollée).

« Je n'ai point vu de Mémoires plus agréables ni mieux écrits que ceux du maréchal de Bassompierre. C’est un malheur au cardinal de Richelieu et une tache dans sa vie que d'avoir persécuté un aussi galant homme que le maréchal de Bassompierre » (Bussy Rabutin).

Édition originale devenue introuvable en aussi belle reliure de l’époque.

De la bibliothèque de la Duchesse de Berry avec ex-libris.

Petit in-12, 1 f. (titre, marque à La Sphère), 316 pp.
Maroquin rouge, triple filet doré encadrant les plats, chiffre doré à l’angle du plat supérieur, dos lisse très finement orné, coupes décorées, roulette intérieure, tranches dorées. 
Reliure parisienne de Derome le Jeune, vers 1760.

127 x 71 mm.

Bassompierre, François de (1579-1646). Négociation du mareschal de Bassompierre, envoyé Ambassadeur Extraordinaire, en Angleterre de la part du Roy très-Chrestien, l’an 1626. 
Cologne, Pierre du Marteau, 1668.

Édition originale de la Négociation du mareschal en Angleterre. 

Il est de toute évidence que cette édition a été imprimée aux frais des frères Steucker de La Haye. La maison de Leyde, il est superflu d'en faire la remarque, n'imprimait plus pour son propre compte. D'autre part les Steucker, qui allaient bientôt devenir les émules des Elzevier dans l'art typographique, n'étaient encore que de simples éditeurs. À peine établis à La Haye en 1664, ils avaient trouvé moyen de se procurer le texte inédit des Maximes de La Rochefoucauld, dont ils confiaient l'exécution aux presses elzeviriennes de Leyde. Presqu’en même temps ils publiaient l’édition originale de Brantôme, qu’ils faisaient imprimer par les plus habiles typographes du temps, entre autres, et pour la partie principale, par Daniel Elzevier à Amsterdam. Il leur appartenait de mettre au jour dans les mêmes conditions les Mémoires inédits de Bassompierre. Ce sont eux d’ailleurs qui ont publié par la suite les autres écrits de l’auteur, savoir les Ambassades en Espagne, en Suisse et en Angleterre.

Dès qu’ils eurent des presses à eux, leur premier soin fut de réimprimer les Mémoires, reveus et corrigés en cette nouvelle édition, sous la même rubrique : à Cologne, chez Pierre du Marteau, 1666,  ainsi que la Négociation du Maréchal de Bassompierre en 1668.

En 1609, Bassompierre est sur le point de conclure le mariage du siècle avec Charlotte de Montmorency, fille du duc. Devenu pour cette raison le rival du roi, Henri IV jaloux, fait casser les fiançailles de Bassompierre, et se garde Charlotte Marguerite pour lui-même. Gravissant les échelons, il obtient la charge de Colonel Général des Suisses et des Grisons en 1614, puis en 1617 il est Grand Maître de l'artillerie au siège de Château-Porcien, et blessé à celui de Rethel. 3 ans plus tard, en tant que maréchal de camp, il combat à Pont-de-Cé, puis à Saint-Jean-d'Angély ainsi qu'au siège de Montpellier.          

Enfin en octobre 1622, Louis XIII le fait Maréchal de France. Dans ses Mémoires, Bassompierre raconte cet épisode fabuleux de sa vie : « alors tous d'une voix me firent l'honneur de dire plus de bien de moy qu'il n'y en avoit ; et lors, sans me dire autre chose, il me prit par la main (le roy), et s'estant assis dans sa chaire, me fit mettre à genoux et prester le serment, puis me mit le baston a la main en suitte de quoy je luy en fis les très humbles remerciemens dont je me peus aviser.

Tous ceux quy estoint presens me vindrent embrasser et se conjouir de ma promotion ; et en suitte tous les corps de l'armée, tant d'infanterie que de cavalerie, vindrent rendre très humbles grâces au roy du choix qu'il avoit fait de ma personne, leur premier mareschal de camp, pour le faire mareschal de France : et ceux de l'artiglerie luy ayant demandé permission de faire, le soir mesme, un salve de tous les canons quy estoint en l'armée, l'infanterie en fit de mesme pour faire un salve de resjouissance ».

Mais Luynes, le favori du roi (craignant de perdre son pouvoir) encourage vivement Bassompierre à accepter l'ambassade d'Espagne à l'époque de l'affaire de la Valteline. Il repart en mission d'ambassade en Suisse en 1625, puis en Angleterre, où il rentre vainqueur. Ainsi, Bassompierre se créé sa propre armée et participe au siège de La Rochelle, se trouve au pas de Suse et plus tard à Montauban. A la mort de Luynes, il est en bonne place pour lui succéder auprès du roi, comme principal ministre... mais Louis XIII hésite et lui préfère Richelieu.

Il est relativement proche du cardinal, dont il soutient la politique, mais son mariage secret avec la princesse de Conti, entre 1621 et 1631 lui vaudra d'être enfermé à la Bastille. Cette princesse met clandestinement au monde un fils, nommé François de la Tour Bassompierre. À la suite de ce mariage, ce n'est que malentendus, rivalités, querelles avec le cardinal. Soupçonné d'avoir comploté contre le cardinal, le roi fait embastiller Bassompierre le 25 février 1631. Bassompierre raconte dans ses Mémoires : Le sieur de Launay, lieutenant des gardes du corps entre chez moi et dit : « Monsieur, c'est avec la larme à l'œil, et le cœur quy me saigne, que moy quy depuis vingt ans suis vostre soldat, et ay tousjours esté sous vous, sois obligé de vous dire que le roy m'a commandé de vous arrester ». Et Bassompierre de répondre : « j'ay toute ma vie esté sommis aux volontés du roy quy peut disposer de moy et de ma liberté a sa volonté ».

Il y reste pendant 12 ans jusqu'en 1643. Avait-il vraiment comploté ? Les preuves sont minces. La seule faute lui étant attribuée, est d'être l'époux de la Princesse de Conti, qui elle a participé au complot. Les choses auraient pu s'arranger (d’Épernon lui avait conseillé de fuir et voulait lui prêter de l'argent, afin qu'il se fasse oublier pendant un certain temps), mais Bassompierre reste trop fidèle envers son amie-épouse.

Loin de se laisser aller, il profite de ces années pour écrire ses Mémoires. Il se révèle piquant, amateur de littérature et de poésie, connaisseur des sciences religieuses, militaires, astronomiques et peut être astrologiques. Il est libéré par Louis XIII à la mort de Richelieu. Lorsqu'il revient à la cour, il a le sentiment d'y être étranger et a du mal à s'adapter. Il va y gagner l'amitié de la régente Anne d'Autriche puis de Mlle de Montpensier frappée par l'élégance de Bassompierre. Mme de Motteville dira même : « que les restes du Maréchal valent mieux que le faux éclat des nouveaux courtisans ». Il meurt d'apoplexie dans une hôtellerie de Provins en octobre 1646.

Magnifique exemplaire en maroquin de Derome le jeune.

Prestigieuse provenance provenant de la bibliothèque de la Duchesse de Berry avec son ex-libris du château de Rosny et ex-libris Gabriel Hanotaux avec sa devise « libro liber » ; chiffre doré HM à l’angle du plat supérieur.