Historiarum suitemporis ab anno domini 1543 usque ad annum 1607

De Thou, Jacques-Auguste

Première édition originale complète des 138 livres de L’Histoire universelle de de Thou, « le plus beau monument historique élevé parmi les modernes » (Michaud).
Exemplaire d’exception, imprimé sur grand papier - condition inconnue de Brunet revêtu d’une superbe reliure en maroquin citron du XVIIe siècle, provenant de la bibliothèque du Duc de Nivernais.

5 tomes en 7 volumes in-folio, maroquin citron, triple roulette autour des plats, « Le duc de Nivernois » frappé or au centre du plat supérieur, dos à nerfs richement orné, coupes décorées, roulette intérieure, tranches dorées. Riche reliure de Le Gascon, vers 1650 (Réf : Bibl. Raphaël Esmérian. Deuxième partie, 8 décembre 1972).

394 x 275 mm.

Thou, Jacques Auguste de. Historiarium svi temporis Ab anno domini 1543 usque ad annum 1607. Libri 138.

Aurelianeae Apud Petrum de la Rovière, 1620.

Première édition originale complète de l’Histoire Universellede de Thou.

Elle est rarissime.

« Cette histoire universelle de De Thou est « le plus beau monument historique élevé parmi les modernes. Il n’a point, sous les rapports du temps qu’il embrasse, la même importance que l’Histoire de Tite-Live, mais il l’emporte par la critique et la vérité ; il s’en rapproche pour la noblesse du récit. De Thou servira sans cesse de modèle à ceux qui voudront écrire dignement l’histoire, si, méprisant de se rendre les échos des préjugés et des passions, ils suivent des guides qui ne trompent jamais, la conscience et l’éternelle vérité » (Michaud).

On a songé très vite aussi à traduire l’Historia Sui Temporis. Dès 1621-1622, paraissait une version allemande de l’ouvrage puis, une trentaine d’années plus tard (1659), une édition en français due à un certain P. de Ryer qui n’avait malheureusement pu traduire avant sa mort que cinquante-sept livres, couvrant les années 1546-1574, soit les règnes de Henri II, François II et Charles IX. Traduction incomplète, donc, et souvent discutable. D’autres traductions vont suivre, plusieurs en français, une en anglais (Londres, 1729-1730), étudiées de manière approfondie par S. Kinser, The Works, p. 256 et sv.

La première édition de l’Historia sui temporis date de 1604. L’œuvre a été mal reçue, surtout du côté catholique, où l’on reprocha à l’auteur sa modération, sa tiédeur dans la défense de la juste cause et sans doute ses jugements peu flatteurs pour beaucoup de souverains pontifes. En 1609, l’Histoire est mise à l’index.

Contenu - L’Historia sui temporis s’intitule, dans certaines traductions, Histoire universelle, ce qui n’a rien d’une trahison : en effet, de Thou s’intéresse non seulement à tout le monde connu à l’époque mais il aborde tous les sujets. Voici, par exemple, quelques titres annoncés : d’abord les affaires de Bretagne et d’autres régions de France, puis des nécrologies de personnages illustres (dont J. Bodin), les affaires de Flandre et d’Espagne, les voyages lointains des Hollandais à Madagascar, Sumatra, Java avec la description des mœurs des insulaires, du scorbut et des remèdes pour s’en guérir ; puis les Hollandais rentrent chez eux et c’est l’occasion de parler de la capture inattendue d’une baleine. Mais le centre d’intérêt principal de l’auteur, c’est évidemment l’histoire politico-religieuse de son temps et de son pays, histoire particulièrement violente avec sa succession de huit guerres civiles, que de Thou prétend raconter en toute impartialité, dans un respect absolu pour la vérité, ce qui ne l’empêche pas, tantôt de livrer, tantôt de laisser entrevoir son opinion personnelle sur les événements. Il est clair, en particulier, qu’il ne croit pas que la guerre soit une méthode juste et efficace pour combattre le schisme protestant, ni qu’il faille restaurer les horribles procédures de l’Inquisition pour éliminer les hérétiques. Il est tout aussi clair qu’il désapprouve la vente des indulgences et les manœuvres qui entachent souvent les élections pontificales. Quant aux relations entre l’Église et l’État, ses sentiments sont moins apparents.

Réception - Si l’Histoire universelle a été mal accueillie dans certains milieux catholiques, comme on l’a dit ci-dessus, elle a aussi été reçue de divers côtés avec beaucoup de faveur et a valu à son auteur les titres les plus brillants, « vraie lumière de notre siècle » dit de lui E. Pasquier dans ses Recherches de la France. Casaubon termine une de ses lettres, datée de Londres, 1611, par cette formule : « Adieu, Monsieur, je puis vous appeler avec justice le père de l’Histoire moderne » (Choix de lettres françoises, p. 64). Un autre protestant, A. d’Aubigné, parle longuement de de Thou dans la préface de son œuvre intitulée, elle aussi, Histoire universelle (éd. A. Thierry, t. I, p. 4-7) ; il signale, certes, quelques faiblesses chez son prédecesseur, mais voit en lui un des rares écrivains de son temps qui mérite le nom d’historien, un « Autheur sans pareil », égal, si pas supérieur à Sleidan, Guichardin et Machiavel (p. 7). Plus réservé, Richelieu l’estime pourtant digne d’une notice nécrologique ; il apprécie l’écrivain, plus que l’homme politique ou le chrétien : « En la même année, mourut M. de Thou, l’Histoire duquel témoigne qu’il étoit plus versé es bonnes lettres qu’il n’était louable pour sa piété et son emploi dans la cour sur la fin de sa vie, que savoir est toute autre chose qu’agir, et que la science spéculative du gouvernement a besoin de qualité d’esprit qui ne l’accompagnent pas toujours » (Mémoires du Cardinal de Richelieu, éd. Comte Horric de Beaucaire, t. II, p. 275). Bossuet le cite fréquemment au livre X de son Histoire des variations des Églises protestantes, puis dans sa Défense de l’Histoire des Variations, tout en se gardant bien de faire allusion aux idées de l’auteur condamnant l’usage de la force dans la lutte contre l’hérésie. Au XVIIIè siècle, de Thou jouit encore d’une bonne réputation. Voltaire le définit comme un « véridique et éloquent historien » dans son Essai sur les mœurs (éd. R. Pomeau, t. II, p. 517) et parle de « notre sage de Thou » dans ses Lettres philosophiques (Mélanges, Coll. La Pléiade, p. 36). En guise de conclusion, on rappellera le jugement très mesuré d’H. Hauser dans La Grande Encyclopédie, t. XXXI, 1902, p. 40 : « Cette histoire est le plus important monument de ce genre qu’ait laissé le XVIè siècle ».

Précieux exemplaire imprimé sur grand papier revêtu d’une superbe reliure en maroquin citron de Le Gascon, vers 1650, ornée de trois élégantes roulettes d’encadrement dorées sur les plats portant en lettres plein or le nom du bibliophile possesseur de ce joyau littéraire au XVIIIè siècle« Le duc de Nivernais » ((Réf : Bibl. Raphaël Esmérian. Deuxième partie, 8 décembre 1972).

Louis-Jules-Barbon Mancini-Mazarini, duc de Nivernais et de Donziois, prince du Saint‑Empire, fils de Philippe-Jules-François, gouverneur du Nivernais, et de Marie-Anne Spinola, né à Paris le 16 décembre 1715, et d'abord appelé prince de Vergagne, prit le titre de duc de Nivernais sur la démission de son père, en décembre 1730 ; il devint gouverneur de cette province, grand d'Espagne de la première classe le 11 janvier 1738, par la mort de sa mère, et brigadier d'infanterie le 20 janvier 1743. Il quitta le service à cette époque à cause de la faiblesse de sa santé et se consacra à la diplomatie et à la littérature; il fut reçu membre de l'Académie française le 4 février 1743, membre honoraire de l'Académie des inscriptions (1744), associé de l'Académie des sciences et belles-lettres de Berlin (18 avril 1756) et membre de la Société royale de Londres Entre temps, le duc de Nivernais alla représenter la France à Rome de janvier 1748 à 1752, fut créé chevalier des ordres du Roi le 25 avril 1751, fut de nouveau envoyé comme ambassadeur à Berlin de janvier à mars 1756, puis à Londres de novembre 1762 à avril 1763 ; enfin, le 7 juin 1787, il entra au conseil en qualité de ministre d'État, et y siégea jusqu'en juillet 1789. Lors de la Révolution, le duc de Nivernais refusa d'émigrer et resta fidèle à Louis XVI ; il fut emprisonné pendant la Terreur et perdit la plus grande partie de sa fortune. Il se présenta ensuite comme candidat aux élections de 1795 et présida l'assemblée électorale du département de la Seine. Il mourut à Paris le 25 février 1798. Le duc de Nivernais s’était marié deux fois : 1°, le 8 décembre 1730, avec Hélène-Angélique-Françoise de Phélypeaux de Pontchartrain, sœur du ministre Maurepas, et 2° avec Marie-Thérèse de Brancas, veuve du comte de Rochefort. Il ne laissa pas d'enfants mâles.

Le duc de Nivernais était considéré comme un gentilhomme accompli et d'une haute moralité ; il écrivit beaucoup ; il composa des fables, des poésies, et donna plusieurs traductions d'auteurs latins et anglais, qui furent publiées par lui-même ou après sa mort.

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