Les Entretiens des cafés de Paris
Le premier café de Paris en 1702.
Très rare édition originale – inconnue de Brunet – du plus haut intérêt pour l’histoire du café et de son influence sur la bourgeoisie et l’aristocratie parisiennes et des cafés parisiens du 17e siècle, « ces manufactures d’esprit, cafés littéraires et café politiques ».
L’exemplaire Gustave Mouravit, le plus beau répertorié (voir note de G. Mouravit).
In-12 de 1 frontispice, (5) ff., 438 pp., (3) ff.
Maroquin orangé, triple filet doré, dos orné, dentelle intérieure, tranches dorées sur marbrures. Hardy.
150 x 90 mm.
Mailly, Louis de (1657-1724). Les Entretiens des cafés de Paris, et les différens qui y surviennent.
Trévoux, Etienne Ganeau, 1702.
Édition originale rarissime– inconnue de Brunet – du plus haut intérêt pour l’histoire du café et de ses origines dans la bourgeoisie et l’aristocratie française et des cafés parisiens des 17e et 18e siècles, « ces manufactures d’esprit, café littéraire et café politique ».
« Les Entretiens des Cafés de Paris et les Différents qui y surviennent par M. le C. de M** (Trévoux, 1702), semblent être le premier témoignage sur les « maisons de café ». L’auteur, le chevalier de Mailly, brosse une série de « portraits », analyse avec une certaine finesse quelques « caractères ». En outre, les vignettes, très précieuses, offrent à la date de 1702 une des premières « vues de café » : le Musée Carnavalet ne possède aucun autre document remontant à une date si haute (Bibli. Hist. Ville de Paris, 921 425). »
Édition originale très rare de ce curieux recueil d’entretiens, rempli d’anecdotes amusantes ou galantes qui offrent un tableau très vivant des cafés parisiens du temps de Louis XIV.
Le volume est orné d’un joli frontispice gravé en taille-douce montrant l’intérieur d’un café parisien, avec des personnages attablés sirotant des boissons et d’autres jouant aux cartes ou au trictrac, et d’une vignette gravée sur bois répétée en tête de chaque chapitre, qui figure aussi une scène de café.
« Ouvrage curieux, semé d’anecdotes et de détails de mœurs. « On y trouve, dit le libraire au lecteur, des caractères et des portraits, qui, étant tirez d’après nature, plairont peut-être davantage que ceux qui sont dans ce genre d’écriture. Le style en est agréable ; il est concis sans être obscur, et clair sans être diffus ». Les premiers cafés avaient été établis à Paris vers 1675 ; ils ne ressemblaient guère à ceux d’aujourd’hui. La figure qui est en tête du volume et la vignette en bois qui sert de frontispice à chaque entretien nous donnent une idée de la physionomie d’un café à cette époque. Il faut avoir la clé de l’ouvrage du chevalier de Mailly qui était un pilier de café et qui devait bien connaître son monde » (Bulletin du bibliophile).
« Parvenu au milieu de son « Tableau de la Régence », Michelet s'interrompt tout à coup pour tirer d'un petit fait de mœurs un aperçu sur l'histoire de l'humanité. « Les trois âges du café, écrit-il, sont ceux de la pensée moderne », et il analyse avec subtilité le fin arôme du café d'Arabie, puis la saveur plus âcre du café indien, « café de terre volcanique, qui fit l'explosion de la Régence et de l'esprit nouveau », — enfin le goût plein, corsé, nourrissant aussi bien qu'excitant du café des Antilles, qui « nourrit l'âge adulte du siècle, l'âge fort de L'Encyclopédie ». On peut ne pas croire « l'historien visionnaire » lorsqu'il affirme que « les prophètes assemblés dans l'antre de Procope virent au fond du noir breuvage le futur rayon de 89 » ; il faut reconnaître cependant que l'usage du café donne au XVIIIe siècle une physionomie toute différente de celle du XVIIe, buveur de vin. Saint-Amant fréquentait les tavernes, cherchant l’inspiration
Dans le doux chant des orgies,
dans l'éclat des trognes rougies.
Molière, La Fontaine, Racine, Chapelle et Boileau allaient au cabaret pour y boire la « purée septembrele » et pour y bavarder ; mais les Philosophes, eux, — Fontenelle, Diderot, Marmontel, d'Alembert, Beaumarchais, Voltaire, — fréquentent les cafés, ces « manufactures d'esprit, tant bonnes que mauvaises », et demandent à la « sobre liqueur puissamment cérébrale » un excitant à leur critique. Ainsi l’esprit français s’est trouvé modifié lorsque se fut répandu l’usage d'une boisson nouvelle qui marque une des étapes de la conquête de la société française par des influences orientales. Il n’est indifférent, ni pour l’histoire des idées ni pour celle des mœurs, de rechercher quelle fut la place de la « liqueur de caffé » et de la « maison de caffé » à Paris » dès le XVIIe siècle.
Les débuts du café ont été très modestes. C'est par une longue suite de vicissitudes qu'il a obtenu droit de cité en France et gagné peu à peu la faveur publique. Introduction de la fève en 1644 ; succès assuré du breuvage en 1693 : il a fallu cinquante ans pour abattre tous les obstacles.
En 1657, introduit par Jean de Thévonot, le café fit son apparition à Paris. Le célèbre voyageur, ayant rapporté d'Égypte une provision de la précieuse fève, en régala des amis qui n'étaient peut-être pas tous des orientalisants au même titre que ce M. de la Croix, interprète du Roi en langue turque, qui nous en a gardé le souvenir. Quelques personnes de la haute société, à l'affût de plaisirs nouveaux, se piquèrent même de posséder des faiseurs de café italiens. En 1660, un sieur More fut adjoint par le maître d'hôtel de Mazarin à la troupe de ses cuisiniers, tandis qu'Andréa Salvator venait préparer le nouveau breuvage chez le maréchal de Gramont, « fort curieux de ces sortes de choses ».
Les réduits où se consommait le café n'étaient cependant que des échoppes infestées par la tabagie. On vit alors apparaître, rue des Fossés-Saint -Germain un établissement d'un tout autre aspect, aimable, propre, luxueux même : le premier véritable calé, fondé par Francesco Procopio Coltelli.
C'est alors que, par une coïncidence heureuse, une large clientèle vint s'offrir à Procope. Chassés en 1687 de la rue Mazarine par l'hostilité des Jansénistes, leurs voisins les Comédiens du Roi, s'installant dans la salle du Jeu de Paume du sieur de l'Étoile, rue des Fossés-Saint-Germain, juste en face du Café Procope, construisirent un théâtre neuf ; le 18 avril 1689, la Comédie-Française inaugurait par une sensationnelle représentation de Phèdre et du Médecin malgré lui sa nouvelle salle de spectacle. Dans le théâtre lui-même Procope occupait sa place ; car il y avait loué la « loge de la limonade » et installé une « distributrice de douces liqueurs ». Fait capital : le Café Procope devint lui-même le quartier général de tous ceux qui avaient rapport avec la Comédie.
Jusque-là, Procope avait surtout la visite des joueurs de boule du Jeu de Malus (situé derrière le café), des joueurs de paume du sieur de l'Étoile et de quelques bretteurs du voisinage. Il avait aussi trouvé une clientèle parmi les nombreux passants qui traversaient le carrefour de Bussy, alors le véritable centre de Paris sur la rive gauche. Des rues Dauphine, Mazarine, Saint-André-des-Arts, des Boucheries, de Condé, on poussait volontiers jusqu'à la rue des Fossés-Saint-Germain, pour y déguster une glace, y savourer une tasse de café. Mais, une fois bâtie la Comédie, afflua la clientèle des auteurs, comédiens, nouvellistes, gens de lettres, beaux soigneurs aussi ou fermiers généraux, attirés dans ces parages par les charmes des comédiennes. Alors, en costumes orientaux, drapés d'amples vêtements et coiffés de bonnet de fourrure, apportent leurs petites tasses de breuvage fumant à une clientèle fort variée : jeunes cavaliers bien faits ; abbés galants se délectant de confiseries ; couples discrets réfugiés au milieu de la foule et du bruit ; savants aussi et gens de lettres qui « confèrent sur des matières d'érudition, sans gêne et sans cérémonie, pour ainsi dire en se divertissant ». Devant la tasse de café, on bavarde ; « la causerie accompagne obligatoirement le café ou le thé, elle est même presque leur vraie raison d'être ». Le café, à peine né, est un café littéraire.
Dès le début aussi, c'est un café politique. On y discute les affaires, plus graves, du gouvernement. Et le pouvoir s'intéresse aussitôt à ces centres possibles d'opposition. Le 27 décembre 1685, Seignelay écrit à La Reynie : « Le Roy a été informé que, dans plusieurs endroits de Paris où l'on donne à boire du café, il se fait des assemblées de toutes sortes de gens et particulièrement d'étrangers. Sur quoy Sa Majesté m'ordonne de vous demander si vous ne croiriez pas qu'il fût à propos de les en empêcher à l'avenir ».
Mais le succès des nouveaux établissements était si éclatant que le Lieutenant de Police ne retint pas la proposition du Secrétaire d'État. À côté du Procope on vit se développer beaucoup d'autres cafés : à la Foire Saint-Germain, les modestes échoppes se transformèrent en salles élégantes, où les garçons « arméniens » se servaient désormais de cafetières d'argent ; à l'angle de la rue Dauphine et de la rue Christine, Laurent fonda un café devenu rapidement célèbre ; rue Saint-André-des-Arts, Etienne d'Alep se fixa après avoir, des années durant, parcouru les rues en criant : « Du café ! » Bref, en 1690, tout le centre élégant de la vie parisienne entre le carrefour de Bussy, la Foire Saint-Germain et la Seine, était gagné à la formule nouvelle : il était de bon ton de se rendre au café.
Désormais « liqueur de café » et « maisons de café » pouvaient sans contrainte répondre à la faveur grandissante du public. Le café, qui avait modestement fait son apparition à Marseille, un demi‑siècle auparavant grâce à des intermédiaires exotiques — voyageurs, Italiens, Turcs, Arméniens, Siciliens — et à des hasards divers et nombreux, avait définitivement acquis le droit de cité parisien. Jusqu'à nos jours, « il ne sera cafés que de Paris ». Jean Leclant (Institut français d’Archéologie orientale, Le Caire.)
Bâtard de la maison de Mailly et filleul de Louis XIV, le chevalier de Mailly (1657-1724) est aussi l'auteur d'une adaptation des Aventures des trois princes de Serendip et d'une vingtaine de contes de fées.
Très bel exemplaire finement relié sur brochure par Hardy, avec l'intégralité de ses marges, soigneusement dorées sur témoins.
De la bibliothèque Gustave Mouravit (1938, I, n° 367), avec son estampille et une notice signée de sa main sur une garde : « Notre volume dont Edouard Fournier a relevé avec juste raison la rareté et l’intérêt… Ce volume est fort rare. Le présent exemplaire est beau et parfaitement conservé mais il offre de plus cette particularité peut-être unique d’avoir l’intégralité de ses marges ayant été relié sur brochure » (G. Mouravit).









