Section des Piques discours prononçé à la fête

Sade, marquis de

Rarissime édition originale du marquis de Sade (1740-1814) « dépassant en théâtralité antique les discours de Robespierre et de Saint-Just ».

4 exemplaires répertoriés : BnF, British Library, B.M. Lyon et Bibliothèque Jurassienne de Suisse.

Exemplaire broché, à toutes marges.

In-8 de 8 pp. Broché, plat inférieur de la couverture de papier marbré conservé.

215 x 145 mm.

Rarissime édition originale du marquis de Sade toute truffée de vers blancs animée d’une rythmique proprement poétique imprimée le 29 septembre 1793.

Le 29 septembre 1793, pour la fête « à la mémoire des grands hommes », il est chargé du discours aux mânes de Marat et de Le Pelletier. Cérémonial grandiose. Sans doute Sade a-t-il des « erreurs » à se faire pardonner : son discours ressemble à un traité de la rhétorique révolutionnaire : « Sublimes martyrs de la liberté, déjà placés au temple de Mémoire, c’est de là que, toujours révérés des humains, vous planerez au-dessus d’eux, comme les astres bienfaisants qui les éclairent, et qu’également utiles aux hommes, s’ils trouvent dans les uns la source de tous les trésors de la vie, auront aussi dans les autres l’heureux modèle de toutes les vertus […] Mais toi, Marat, par quel chemin difficile tu parcourus la carrière de l’homme libre ! Que d’épines entravèrent ta route avant que d’atteindre le but ! C’était au milieu des tyrans que tu nous parlais de liberté. Peu faits encore au nom sacré de cette déesse, tu l’adorais avant que nous la connussions ; les poignards de Machiavel s’agitaient en tous sens sur ta tête, sans que ton front auguste en parût altéré. Scévole et Brutus menaçaient chacun leur tyran ; ton âme bien plus grande voulut immoler à la fois tous ceux qui surchargeaient la terre, et des esclaves t’accusaient d’aimer le sang ! Grand homme, c’était le leur que tu voulais répandre ; tu ne te montrais prodigue de celui-là que pour épargner celui du peuple. Avec autant d’ennemis, comment ne devais-tu pas succomber ? Tu désignais les traîtres, la trahison devait te frapper. » Enfin, il nie à Charlotte Corday une appartenance franche au sexe qu’elle a déshonoré : « Le barbare assassin de Marat, semblable à ces êtres mixtes auxquels on ne peut assigner aucun sexe, vomi par les enfers pour le désespoir de tous deux, n’appartient directement à aucun. Il faut qu’un voile funèbre enveloppe à jamais sa mémoire ; qu’on cesse surtout de nous présenter, comme on ose le faire, son effigie sous l’emblème enchanteur de la beauté. Artistes trop crédules, brisez, renversez, défigurer les traits de ce monstre, ou ne l’offrez à nos yeux indignés qu’au milieu des furies du Tartare. »

La clé de ce discours, tout truffé de vers blancs, animé d’une rythmique proprement poétique, est peut-être à chercher dans le décorum des manifestations révolutionnaires.

Annie Le Brun note : « N’est-il pas remarquable que les textes politiques les plus célèbres que Sade ait écrits, alors qu’il faisait partie de la section des Piques, qu’il s’agisse du Discours prononcé à la fête décernée à la section des Piques aux mânes de Marat et Le Pelletier du 29 septembre 1793 ou de la Pétition de la section des Piques aux représentants du peuple français du 15 novembre 1793, participent d’une théâtralité antique que n’atteint aucun des textes de Robespierre ou de Saint-Just par exemple ? Et il faudrait être bien hypocrite pour ne pas voir cet aspect peplum des enthousiasmes révolutionnaires de Sade, perceptible jusque dans un texte aussi fort que « Français, encore un effort » … »

Sade a dénoncé la collusion idéologique du christianisme et de la Terreur : dans une note ajoutée à l’Histoire de Juliette, Sade commente ainsi les discours de l’Évangile sur le renversement des hiérarchies : « Il est inouï que les Jacobins de la Révolution française aient voulu culbuter les autels d’un Dieu qui parlait absolument leur langage. Ce qu’il y a de plus extraordinaire encore, c’est que ceux qui détestent et veulent détruire les jacobins, le fassent au nom d’un Dieu, qui parle comme les Jacobins. Si ce n’est point là le nec plus ultra des extravagances humaines, je demande instamment qu’on me dise où il est ».

Ce discours politique fut prononcé par Sade le 29 septembre 1793 devant la section des Piques, une des 48 sections (anciens districts) de Paris pendant la Révolution ; le marquis de Sade en était citoyen actif depuis 1790 et en fut élu président en 1793. L’imprimerie de cette section était située rue Saint Fiacre et a peu produit.

Rareté : Edition originale rarissime : 4 répertoriés (complets ou incomplets) : B.n.F., British Library, Bibliothèque cantonale Jurassienne, BM de Lyon, aucun en vente publique.

Exemplaire broché, à toutes marges.

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