De l'importance des opinions religieuses
« Livre de métaphysique qui doit déplaire également aux prêtres et aux philosophes, et qui peut être condamné le même jour dans Genève, dans Rome, et à Constantinople » (Rivarol).
Édition originale de de cet ouvrage important dans lequel Necker dénonce les inégalités sociales et promeut la tolérance, un an avant que n’éclate la Révolution française.
Exemplaire tiré sur papier fort relié aux armes de l’Impératrice Maria Feodorovna.
In-8 de (2) ff., 544 pp.
Maroquin rouge cerise, roulette dorée en encadrement des plats frappés des armes de l’impératrice Maria Feodorovna (1759-1828) épouse de Paul Ier de Russie au centre, dos lisse orné et doré, roulette estampée sur les coupes, tranches dorées, petite tache sur les plats. Reliure de l’époque.
189 x 122 mm.
Necker. De l’importance des opinions religieuses.
Londres, et se trouve à Paris, Hôtel de Thou, rue des Poitevins, 1788.
Édition originale sur papier vélin parue la même année qu’une impression de G. Regnault à Londres et Lyon de cet ouvrage dans lequel Necker dénonce les inégalités sociales et promeut la tolérance.
Einaudi, 4091 ; Cioranescu, 47914 ; INED, 3361 ; Einaudi, 4098 ; G. de Staël-Holstein, Considérations sur la Révolution française, I, p.86.
Violemment critiqué par Rivarol, « De l’importance des opinions religieuses » est un cri d’alarme poussé par Necker qui s’effraie de constater qu’il existe parmi les représentants des élites ce qu’on pourrait appeler un « snobisme de l’irréligion » ; il est de bon ton à cette époque pour les privilégiés de mépriser les croyances traditionnelles et de ne les juger bonnes que pour le peuple.
Privée des consolations de la foi la multitude ne pourra plus supporter le sort misérable qui est le sien et Necker agite devant les classes dirigeantes le spectre d’une révolte brutale où elles ont tout à perdre si elles continuent à déchristianiser ceux qui se sacrifient pour elles. (M. Grange, Annales de Bretagne).
En 1789, la religion est devenue une affaire de conviction intérieure, une croyance au sens subjectif du terme, c’est-à-dire une opinion. On peut donc la discuter.
Necker écrit ce livre pour attirer l’attention sur les dangers qu’un trop grand affaiblissement des idées religieuses ferait courir à un gouvernement : les secours de la religion sont nécessaires au souverain pour parvenir à son but qui doit être de maintenir l’ordre public tout en accroissant le bonheur des particuliers.
Necker consacre à l’intolérance un chapitre où il se déclare favorable à l’unicité de culte tout en dénonçant l’inutilité de la répression, la violence ne pouvant pas modifier les sentiments de l’esprit.
Il renvoie ainsi dos à dos ceux qui prêchent l’intolérance et ceux qui recherchent la destruction des liens religieux pour affranchir les hommes de la superstition, car « les attaques dirigées contre les opinions religieuses en général, engagent les âmes sensibles à s’attacher davantage à toutes les pratiques qui leur paroissent une formule de respect ou d’adoration », constat qui n’est pas sans parenté avec celui que développera devant la Convention, le 21 février 1795, un autre protestant, Boissy d’Anglas, en présentant le décret qui inaugure réellement le premier régime de séparation de l’Église et de l’État que connaît la France. (Y. Fauchois, « La difficulté d'être libre : les droits de l'homme, l'Église catholique et l'Assemblée constituante, 1789-1791 », Revue d'hist. mod. et cont., 2001/1 n°48-1, p. 71-101).
Dans le catalogue Jean François Van de Velde, cet écrit, qui sera excommunié par le Pape, est classé dans la catégorie intitulée : « Ecrits incendiaires qui ont précédé et préparé la Révolution » (n°10700).
« Ce livre de métaphysique doit déplaire également aux prêtres et aux philosophes et peut être condamné le même jour dans Genève, dans Rome, et à Constantinople » (Rivarol).
C’est la première fois qu’un écrivain, assez éclairé pour être nommé philosophe, signalait les dangers de l’esprit irréligieux du dix-huitième siècle ; et cet ouvrage avait rempli l’âme de son auteur de pensées plus hautes que toutes celles qui naissent des intérêts de la terre, même les plus relevés. (G. de Staël-Holstein).
Précieux et bel exemplaire imprimé sur papier fort relié à l’époque aux armes de Maria Feodorovna née princesse de Wurtemberg (1759-1828), Palais de Pavlovsk.
Après vingt années passées dans l'ombre, le décès de la Grande Catherine en 1796 permit à Marie de devenir impératrice de Russie. Elle put jouer un rôle de premier plan. Sous le règne précédent, Marie Feodorovna n'avait eu aucune chance d'interférer dans les affaires de l'État. Son époux le tsarévitch en était lui-même exclu. Après l'accession de son mari au trône, elle s'intéressa à la politique, d'abord timidement, puis de façon de plus en plus résolue. Son influence sur son époux fut grande et, d'une manière générale, elle se révéla positive. Malgré tout, il est possible qu'elle en ait abusé pour venir en aide à ses amis ou pour blesser ses ennemis. Marie Feodorovna possédait un goût exceptionnel. Sous sa direction, le palais de Gatchina, le palais Catherine, le palais Alexandre à Tsarskoïe Selo, le palais d'Hiver à Saint-Pétersbourg et l'Ermitage furent décorés et meublés. Elle aimait les arts et les soutint généreusement. Le plus important de ses héritages fut la création des premières écoles pour femmes en Russie et de multiples organismes de bienfaisance dans tout l'Empire. Ces institutions perdurèrent jusqu'à la révolution russe de 1917. Comme Impératrice de toutes les Russies, elle venait en aide à ses nombreux parents peu fortunés, dont certains, comme son frère, Alexandre de Wurtemberg (1771-1833), furent invités en Russie. L'impératrice Marie et son époux ne furent plus aussi proches l'un de l'autre, toutefois une bonne entente demeura au sein du couple. Les relations se détériorèrent davantage vers la fin de la vie de Paul 1er. En 1798, l'impératrice donna naissance à son dixième et dernier enfant. La même année, Paul 1er s’éprit de la Comtesse Anna Lopukhina, alors âgée de 19 ans. Le Tsar assura son épouse de son comportement irréprochable, se relation avec la comtesse n’étant que paternelle. Puis Paul 1er, Tsar de toutes les Russies depuis quatre ans, fut assassiné le 12 mars 1801.





