La Chute d'un ange.
La Chute d’un ange de Lamartine.
Edition originale, précieux et bel exemplaire relié aux armes et chiffre couronné du roi Louis-Philippe.
Paris, 1838.
2 volumes in-8 de : I/ (2) ff., viii et 339 pp., (1) f. ; II/ (2) ff., 429 pp. et (1) f.
Demi-veau rouge, dos à nerfs ornés d’un blason dans le caisson de tête et d’un chiffre en queue, tranches mouchetées. Reliure royale de l’époque.
210 x 126 mm.
Lamartine, Alphonse de. La chute d’un ange, épisode par Alphonse de Lamartine.
Paris, Charles Gosselin et W. Coquebert, 1838.
Rare édition originale de l’un des seuls grands poèmes épiques que le romantisme ait produit : un ange s’exile sur terre pour sauver la femme dont il avait la garde.
Carteret, II, 26 ; Clouzot, 178 ; Vicaire, IV, 980-981.
« La majeure partie des exemplaires portent une mention fictive d’édition. Ils en sont fortement dépréciés » (Clouzot).
L’œuvre eut autant de lecteurs que les Harmonies. L’auteur la présentait comme un nouvel « épisode » de son épopée de l’âme humaine. Douze mille vers en quinze « visions », mais, comme dans Jocelyn, une composition en triptyque : les pasteurs du Liban, le prophète du Carmel, les « dieux » de Balbek ; deux grandes masses autour du Livre primitif.
La scène est en Orient, avant le Déluge. Pour sauver Daïdha, son ange gardien tombe des cieux. Devenu homme et nommé Cédar, il s'unit à Daïdha dont il a des jumeaux. Fuyant les pasteurs qui ont fait de lui un esclave et condamné à mort sa compagne, il atteint avec les siens le mont Carmel où vit un prophète du vrai Dieu, Adonaï, qui transmet aux époux la révélation primitive. Bientôt, avec leurs enfants, ils sont enlevés en aéronef par des envoyés des tyrans de Balbek, où règnent de faux dieux, vivant dans la débauche et la cruauté. À l’appel de Cédar, le peuple asservi se soulève, mais cette révolution engendre d'autres crimes. La famille s'enfuit au désert, où les enfants et Daïdha meurent de soif. Alors Cédar, nouvel Hercule, allume le bûcher où, le blasphème à la bouche, il attend la mort. Un esprit céleste prophétise : l'ange tombé expiera, sous d'autres noms, en d'autres temps, sa faute originelle (Jocelyn sera l'un de ses derniers avatars).
En 1838, le poème devait séduire des poètes : Hugo, Leconte de Lisle et même Verlaine, qui voyait dans La Chute « des choses inouïes de beauté ». On peut les y trouver après lui : le Chœur des cèdres ne déparerait pas les Harmonies et, avant La Bouche d'ombre, le Fragment du livre primitif est un beau poème philosophique.
La Chute d'un ange exprime une pensée religieuse et sociale. Sa mise à l'Index n'est pas arbitraire : dans l'édition originale (censurée par la suite), Lamartine niait plusieurs dogmes. Si les horreurs de Balbek révèlent un « lecteur de Sade » (J. Gaudon), on y reconnait aussi la défiance d'un gentilhomme envers les villes et l'industrie. La nature n'est pas plus épargnée que la civilisation : les pasteurs n'ignorent ni l'esclavage ni la torture. Quant au blasphème final, il libère le père meurtri que fascine l'hypothèse d'un Dieu méchant.
« Au lecteur courageux La chute d’un ange offre outre maint beau détail, de larges plages de poésie »
(M.-F. G).
Précieux et bel exemplaire aux armes et au chiffre du roi Louis- Philippe.
Cette reliure aux armes d’Orléans et avec la couronne ducale est une curiosité car en général, après 1830, le roi renonça à ses armes qui l’obligeaient à arborer le lambel, signe de la branche cadette. Certains ont imaginé qu’il s’agissait des armes de son fils, Ferdinand, duc de Chartres, mais ce sont bien les initiales du roi qui figurent dans le chiffre doré.
