Physiologie du Mariage.
Edition originale de la Physiologie du mariage de Balzac.
Précieux et rare exemplaire grand de marges, très pur, conservé broché et non rogné, tel que paru.
2 volumes in-de : I/ XXXV pp., (2) ff., 328 pp. (mal chiff. 332) ; II/ 352 pp.
Exemplaire broché, non rogné, conservé tel que paru, dos habilement restaurés, chemise-étui en demi-chagrin.
212 x 137 mm.
Balzac, Honoré de. Physiologie du mariage ou méditations de philosophie éclectique, sur le bonheur et le malheur conjugal.
Paris, Levavasseur et Urbain Canel, 1830.
Édition originale « rare et recherchée » (Clouzot) de ce roman qui peut être considérée comme la première œuvre de Balzac si l’on occulte la série de ses romans de jeunesse qui parurent d’ailleurs sous des pseudonymes.
Clouzot, 19 ; Carteret, I, 58 ; Destailleur, 1363; Vicaire, I, 201.
Le ton de la Physiologie est fort différent de celui des premiers ouvrages de la Comédie humaine : Balzac se veut brillant, spirituel, paradoxal ; il ambitionne visiblement de devenir un écrivain à la mode. Dans une introduction d’un style facétieux, l’auteur explique la genèse de son œuvre. Ce sont les paroles prononcées par Napoléon devant le Conseil d’Etat à propos du mariage, lors de la discussion qui précéda l’élaboration du Code Civil qui portèrent Balzac à méditer sur ce sujet ».
Œuvre peu connue du grand public qui, parue autour du 20 décembre 1829, fit pourtant du jeune écrivain un auteur à la mode, coqueluche des dames et des directeurs de revue. Sous la signature anonyme, quelque peu libertine, de « jeune célibataire ». Les deux volumes in-8 que publient Levavasseur et Urbain Canel portent un regard analytique sur le mariage jusque dans ses détails les plus intimes, tout en peignant l'envers du siècle. Par le biais de la vie privée, voilà que se constitue toute une « pathologie de la vie sociale » dont le pivot dramatique devient l'adultère féminin.
Quelle est la matière traitée dans ce « bréviaire du machiavélisme marital » ? Les six premières Méditations exposent l'état du mariage en France dans la classe des riches et des oisifs, puis proposent une série de réformes en vue d'améliorer la condition conjugale de la femme et donc de l'empêcher de tromper son époux. A partir de la Méditation sur la lune de miel, le mari est placé en position de défense, l'épouse menaçant déjà son bonheur conjugal. La Méditation VIII « Des premiers symptômes » indique les signes auxquels un mari doit reconnaître les prodromes d'une crise conjugale et percevoir le moment où sa femme pense à l'adultère. La Méditation IX « Epilogue » livre un historique du mariage en France et reprend les aménagements que le physiologiste suggérait afin de perfectionner l'institution matrimoniale. La deuxième partie se donne comme codificatrice et, jusqu'à la Méditation XVII « Théorie du lit », elle adresse au mari diverses prescriptions afin qu'il conserve les faveurs de son épouse pour lui seul. La Méditation XVIII « Des Révolutions conjugales » annonce la troisième partie dans laquelle l'auteur dépeint l'échec du mari incapable d'éviter la perte de son épouse et son propre cocuage. Après la Méditation XXVII, « Des derniers symptômes », l'amant se retrouve installé en tiers intrus au sein du ménage.
La Physiologie fut d'abord un événement parisien, mais c'est un texte capital dans la genèse du roman balzacien et dans l'architecture de La Comédie humaine, sinon dans sa conception. Le succès qu'obtint le « jeune célibataire » fut en partie dû au scandale. Bien que les journaux reproducteurs publient des extraits de la Physiologie, ils restent prudents sur le choix des fragments comme si le traité était trop osé pour leurs lecteurs. Le « livre infernal » (la formule est de Jules Janin) déroute les critiques, doublés toutefois par le public qui en assure le succès. A part Le Lutin (29 décembre 1829), La Pandore (30 décembre 1829, 1er mars 1830), le Mercure de France au XIX siècle (février 1830, tome XXIII) et le Journal des Débats (7 février 1830), qui reconnaissent le sérieux de l'ouvrage et en louent la veine drolatique, les autres journaux boudent ou attaquent ce texte pour cause de misogynie (La Gazette Littéraire du 7 janvier 1830) ou pour son genre polisson (Le Globe, VIe année, n° 2, 16 février 1830). Le Feuilleton des Journaux politiques (17 mars 1830), quant à lui, reproche à l'auteur son ton plaisantin sur des questions « qui touchent aux principes fondamentaux de l'édifice social ».
Dans l'entrée qu'il consacre au « livre infernal » dans son Grand Dictionnaire Universel, Pierre Larousse ne voit là qu'une oeuvre frivole et déclare : ce n'est qu'une « moquerie du mariage qu'il faut chercher dans ce livre de Balzac ».
On pourra toutefois préférer la réception gourmande que réserva Le Lutin aux mets et aux mots de la Physiologie : « voilà de quoi remettre en appétit les lecteurs friands et gourmets qui assistent au grand banquet de la littérature moderne comme un gastronome parisien à un repas champêtre, c'est-à-dire comme la statue est au festin de pierre ».
« Ne commencez jamais le mariage par un viol », « Etre passionné, c'est désirer toujours », « Quand deux êtres sont unis par le plaisir, toutes les conventions sociales dorment », « Lire, c'est créer peut-être à deux » ; ces belles formules sur le plaisir et la lecture ainsi que cette injonction, plutôt hardie, sur l'art érotique qui doit présider au rapport intime sont extraites de la Physiologie du mariage (Catherine Nesci).
Ce livre est le plus simplement relié à l’époque, indique Clouzot.
Précieux exemplaire, particulièrement grand de marges, très pur, conservé broché et non rogné, tel que paru, condition des plus rares pour cette originale de Balzac.
Provenance : Bibliothèque Pierre Bérès, avec ex-libris.
