Bocace des Nobles Maleureux

Boccace, Jean
Prix : 23 000 €

Le célèbre exemplaire Joseph Foucault (1643-1721) et Macclesfield.
Paris, 1538.

In-folio (6) ff. et 220 ff.

Maroquin rouge, triple filet doré, dos orné de fers losangés et écoinçons de rinceaux, pièce de titre ocre, tranches dorées. Reliure armoriée du XVIIe siècle.

287 x 197 mm.

Boccace, Jean. Bocace des nobles maleureux [sic]. (QQ4r° :) Nouvellement imprimé à Paris par Nicolas couteau Imprimeur demourant audit lieu et fut achevé de imprimer le penultime [sic] de decembre mil. d.xxxviii. (1538).

Précieuse édition gothique illustrée de la traduction par L. de Premier fait du De Casibus virorum illustrium de Jean Boccace.

L’œuvre, dédiée à Mainardo Cavalcanti, divisée en neuf livres, fut écrite entre 1355 et 1360, et revue et corrigée dans les années suivantes. Le titre indique à lui seul quelles intentions morales et didactiques ont guidé Boccace, quand il composa ce livre qui est tout à la fois un travail d’historien, d’érudit et de conteur : les personnages dont il raconte la vie sont des hommes et, pour une petite part, des femmes qui, se fiant trop aux faveurs de la Fortune, sont précipités de l’apogée de la puissance dans un gouffre. Ceci donne à l’auteur l’occasion de multiples digressions sur l’humeur changeante de la Fortune et sur la stupidité des hommes qui s’y fient. Boccace imagine que, dans sa solitude studieuse, une foule d’illustres personnages de tous les temps se présentent à lui et le prient d’écouter leurs tristes aventures, afin qu’il rafraîchisse ou réhabilite leur prestige dans la mémoire des hommes. C’est ainsi que commence une longue série de biographies qui vont d’Adam jusqu’à des personnages des xiiiè et xivè siècles, en passant par l’ère classique et médiévale : Charles Ier d’Anjou, Jacques de Molay, Jean le Bon, le duc d’Athènes et Philippa de Catane, l’humble lavandière devenue confidente et conseillère de la reine Jeanne de Naples. Cette partie est la plus intéressante. Le chapitre sur Charles d’Anjou et sur l’aventurière Philippa de Catane ramène Boccace au beau temps de son séjour napolitain, et le récit de la vie de Gautier de Brienne, duc d’Athènes, se corse d’une sombre description des méfaits de cet aventurier qui fut, pendant une courte période, seigneur de Florence. Pour varier et rendre plus légère la lecture de l’œuvre, Boccace y a introduit, çà et là, des éléments dramatiques et des images d’inspiration proprement réaliste : c’est ainsi que Sardanapale apparaît, le visage noirci par la fumée du bûcher ; l’empereur Vitellius, encore titubant d’une truculente ivresse ; Tibère, Caligula et Messaline s’affrontant en une dispute violente qui ne manquerait pas de vivacité si l’auteur s’était délibérément éloigné de certaines expressions latines par trop littéraires. L’œuvre connut aussitôt une grande diffusion, et au xvè siècle, particulièrement en France, où elle donna l’image d’un Boccace moraliste sévère, qui s’effaça, ensuite, devant une autre plus exacte, celle du conteur savoureux et sans préjugé.

« The work was widely disseminated amongst the upper classes and proved popular. Sixty-five manuscrips survive (see Patricia M. Gathercole, The manuscripts of Laurent de Premierfait’s “Du cas des nobles”, Italica 32.1, March 1955, 14-21). The first printed edition of the 1 400 translation appeared in 1476. Four editions, all Parisian and beginning with Jean de Pre’s of 1483, predated that of Nicolas Couteau which in its turn was printed for numerous Parisian booksellers ».

Belle édition parisienne de la première traduction française, établie par l’humaniste Laurent de Premierfait (ca. 1375-1418) en 1409, quelques dizaines d’années seulement après la rédaction de Boccace, parue la première fois à Bruges en 1476.

Elle fut imprimée par Nicolas Couteau, en caractères gothiques sur deux colonnes, pour le compte de plusieurs libraires parisiens : Guillaume Le Bret, les frères L’Angelier, Ambroise Girault, Etienne Groulleau, Alain Lotrian, Pierre Sergent, François Regnault, Gilles Gourmont, Jacques Kerver, ou encore Jean Petit, dont la marque typographique figure ici sur le titre et au verso du dernier feuillet (Renouard, 896).

Elle est ornée d’un titre en rouge et noir, dans un magnifique encadrement architectural et 7 grandes vignettes, dont une répétée, provenant du fonds du libraire Antoine Vérard, parues déjà en 1494 et 1506, toutes gravures sur bois.

Précieux exemplaire aux armes de Nicolas Joseph Foucault (1643-1721), grand bibliophile et haut fonctionnaire sous Louis XIV, intendant de Montauban, Pau, et Poitiers, chargé de l’application de la Révocation de l’Édit de Nantes après 1685, nommé conseiller de la Princesse Palatine à la fin de sa vie.

L’exemplaire porte aussi son grand ex-libris gravé au premier contreplat.

Il fut conservé dans les collections du premier comte de Macclesfield, Thomas Parker, dont il porte l’ex-libris armorié sur une garde et le timbre sec sur le titre.