Soirées du bois de Boulogne
« Au XXe siècle, F. C. Green fut le premier à reconnaître l’importance des Nouvelles réalistes de Caylus » (R. Godenne).
« Le Comte de Caylus (1692-1765) est l'auteur de nombreuses nouvelles érotiques et célèbres nouvelles dont les Soirées du bois de Boulogne imprimée pour la première fois en 1742 ».
Rare édition originale, superbe exemplaire relié en maroquin décoré de l’époque.
2 volumes in-12, maroquin rouge, large bordure en encadrement, dos lisse orné, roulette intérieure, tranches dorées. Jolie reliure du XVIIIe siècle.
153 x 91 mm.
Caylus, comte de. Soirées du bois de Boulogne, ou Nouvelles françaises et angloises.
La Haye, Jean Neaulme, 1742.
Rare édition originale.
« Si la plume de Caylus est légère, volontiers grivoise, jamais elle ne vers dans le graveleux. Agréable diversité des Œuvres badines. C’est bien cela qui apparaît à une simple lecture de volumes rassemblant tout à la fois Nouvelles, Contes de fées, Contes orientaux, Histoires morales, Aventures galantes, Anecdotes divertissantes, brefs récits de mœurs. Au XVIIIe siècle, il est peu d'auteurs de second rang dont l'œuvre offre l'exemple d'une telle diversité.
Pour le cadre des Soirées du Bois de Boulogne, ou nouvelles françaises et angloises, Caylus s'inspire d'une tradition qui remonte au Décaméron de Boccace, et qu'illustra, au XVIIe siècle, Segrais dans ses célèbres Nouvelles françoises. Blessé à la guerre, le comte de Prémaillé vient passer sa convalescence au bois de Boulogne. Là, il se lie avec plusieurs Anglais et Français, personnes oisives comme lui. Dans l'une d'elles, il reconnaît non sans émotion Mlle Boisbelle, son ancienne maîtresse, devenue la femme d'un autre après les faux bruits de sa mort. Au bout de quelques jours, ces personnes décident, afin de passer agréablement le temps, de se raconter ou leur propre vie ou celle d'un tiers. Il y aura en tout six histoires.
Caylus rend un peu moins traditionnelle la formule du recueil de nouvelles en imaginant de présenter à la première personne le cadre proprement dit : Prémaillé raconte lui-même les événements qui président à la formation de l'assemblée et il intervient entre chaque récit. De plus, — et voilà un autre moyen pour Caylus de sortir des sentiers battus — , le narrateur n'est pas seulement un témoin qui consigne ce qu'il entend, il devient le héros d'une intrigue qui progresse entre les narrations et qui arrive à sa conclusion au terme des soirées : après avoir expliqué à Mlle Boisbelle le mystère de sa prétendue mort (c'est le sujet de la « Quatrième soirée »), après avoir appris de sa bouche les motifs de sa rupture avec son mari, il l'épousera. Cette façon de tisser des liens entre les personnages d'une société de « nouvellistes » ne va pas sans évoquer la manière de procéder de Challe dans Les Illustres Françaises. C'est d'ailleurs à ce recueil que font penser Les Soirées du Bois de Boulogne plutôt qu'à celui de Segrais. Écrites dans un style clair et précis, les histoires sentimentales de Caylus offrent, comme celles de Challe, le grand mérite de ne jamais s'inscrire dans comme un fond de fade galanterie qui caractérise la plupart des nouvelles de l'époque (par exemple, celles de Mme de Gomez, de Mme de Tencin). C'est ainsi que les héros n'ont plus rien de commun avec les créatures parfaites mais si fausses des nouvelles galantes ou historiques. D'un autre côté, comme Challe, Caylus ne gonfle jamais de manière excessive la part du romanesque : les narrations sont complexes, mais non compliquées. Et l'auteur ne se contente pas de raconter pour la nième fois l'histoire d'un couple d'amants en butte aux difficultés. Qu'on pense à cette singulière aventure d'un homme qui finit par épouser celle qui, par méprise, avait voulu le tuer (« Histoire du commandeur de Hautpré, première soirée »), à cette émouvante histoire d'une femme qui sacrifie tout pour un homme indigne d'elle et qui se tue parce qu'elle ne peut le suivre aux galères (« Histoire de milord Wyngthon, sixième soirée »). Il a seulement manqué à Caylus le sens du détail réaliste et de la fine notation psychologique pour faire de son recueil une œuvre aussi valable et intéressante que Les Illustres Françaises. » (Persée).
Superbe exemplaire relié en maroquin dévoré de l’époque.



