Vida y hechos del ingenioso hidalgo don Quixote de La Mancha
Don Quichotte relié pour la Princesse de Lamballe, l’amie intime et dévouée de la reine Marie-Antoinette, en éclatant maroquin vert de l’époque.
« Les livres de Madame de Lamballe sont en très petit nombre » (E. Quentin Bauchart, Les femmes bibliophiles de France).
4 volumes in-12, maroquin vert, triple filet doré encadrant les plats, armoiries de la Princesse de Lamballe frappées or au centre, dos à nerfs orné, filet or sur les coupes, roulette intérieure dorée, tranches dorées. Reliure armoriée de l’époque.
156 x 93 mm.
Cervantes. [Aventures de Don Quichotte en espagnol]. Vida y hechos del ingenioso hidalgo don Quixote de La Mancha. compuesta por Miguel de Cervantes Saavedra. Con muy bellas Estampas, gravadas sobre los Dibujos de Coypel, primer Pintor de el Rey de Françia, en quatro Tomos.
Haia, P. Gosse y A. Moetjens, 1744.
Don Quichotte relié spécialement pour la Princesse de Lamballe (1749-1792) l’amie intime de la reine Marie-Antoinette, vers l’année 1775 en maroquin vert avec une sélection de vingt figures d’après Coypel gravées par Folkema, Fukke et Tanje, les exemplaires ordinaires comptant un portrait et 24 figures.
Don Quichotte, chef-d’œuvre de la littérature mondiale, fut écrit probablement entre 1598 et 1604. La première partie fut publiée en 1605.
Dix ans plus tard, en 1615, parut une deuxième partie qui est en quelque sorte l'illustration, l'interprétation et la conclusion définitive de la première.
Selon ce que Cervantès nous déclare lui-même dans le Prologue de la Ire partie, son but a été d'écrire un roman de chevalerie, capable de se détacher de tous les autres largement répandus à cette époque.
« Le roman est issu, à l'origine, d'une inspiration polémique contre les livres de chevalerie dont il devait prendre tout simplement le contre-pied sous la forme d'une imitation ; mais il s'est transformé, petit à petit, en une représentation poétique et sincère d'un monde de plus en plus vaste et complexe, au sein duquel agit une force analogue à celle qui explique la vie individuelle et la vie universelle, l'histoire humaine et son devenir perpétuel. Pour Cervantès, cette force se manifeste essentiellement sous trois aspects, facettes d'un même prisme : d'un côté, la générosité et la grandeur morale de Don Quichotte ; de l'autre, le réalisme et l'égoïsme pratique de Sancho Pança ; mais ces deux modalités de l'action, apparemment inconciliables, profondément contradictoires, cèdent le pas devant le mystérieux attrait d'un idéal de beauté qui, s'il ne triomphe, du moins survit aux déceptions, donnant un constant démenti à l'affligeante réalité. Mais cet idéal, quel est-il ? La réponse ne peut être qu'obscure ; sinon que, profondément enraciné dans l'homme, le pouvoir lui a été donné de se dépasser ; et plus particulièrement pour ce qui est de Cervantès, ce dépassement se réalise dans l'œuvre d'art où il trouve un champ d'action propre à l'exercice de son talent. En face de cet univers poétique que son imagination installe dans la réalité, Cervantès est amené à éprouver un sentiment de charité qui adhère, avec une indulgence bienveillante, à toutes les formes dans lesquelles l'amour se réalise : sorte d'inspiration d'un genre naturel qui entraîne l'ensemble des hommes dans son sillage. Et même au sein de sa hâte pleine d'angoisse, c'est vers une vie contemplative qu'il nous conduit. Ainsi grâce à ce sentiment de charité, tous entrent dans le sillage lumineux des aventures incroyables de Don Quichotte : l'œuvre entière est comme enveloppée d'un sourire immatériel et translucide, qui laisse percer secrètement une inépuisable richesse d’humanité et d’expériences réellement vécues. La magie de ce sourire, en conférant au récit un caractère inimitable, a assuré à Cervantès une renommée triomphale. »
Précieux exemplaire revêtu de fraîches reliures en maroquin vert vers l’année 1775 aux armes de la princesse de Lamballe, l’une des provenances les plus rares et émouvantes de l’Ancien Régime.
Marie-Thérèse de Savoie-Carignan, princesse de Lamballe (1749-1792) devint veuve, à dix-huit ans. Son beau-père, qui l'adorait, en avait fait sa fille adoptive, quand Marie-Antoinette la fixa auprès d'elle en lui donnant la charge de surintendante de sa maison.
Bientôt l'amitié la plus tendre unit la reine à la princesse.
« La princesse de Lamballe, après avoir partagé pendant quelques jours, la captivité de la reine au Temple, fut enlevée la nuit et transférée à la Force. C’était son arrêt de mort. Elle y trouva des assassins que sa douce et poétique figure ne put apitoyer. Elle fut égorgée par les Septembriseurs, qui profanèrent odieusement son cadavre, et « comme si, dans la mort même, elle ne dût pas être séparée de celle pour qui elle mourait, trois lettres de la reine tombèrent de l'édifice de sa coiffure dans le sang. La populace battit, mutila, traîna son cadavre, la Révolution laissa pure sa mémoire. Les livres de Madame de Lamballe sont en très petit nombre et leur condition est le plus souvent médiocre » (E. Quentin Bauchart, Les Femmes bibliophiles de France).
Exceptionnel exemplaire, de toute rareté, du Don Quichotte de Madame de Lamballe conservé dans ses reliures armoriées en éclatant maroquin vert de l’époque.
