Cléopâtre

La Calprenède, Gauthier de
Paris, Guillaume de Luyne, 1663.
Prix : 15 000 €

« La beauté des sentiments, la violence des passions, la grandeur des évènements, et le succès miraculeux de leurs redoutables épées, tout cela m’entraîne comme une petite fille » (Mme de Sévigné).

Unique exemplaire en maroquin ancien uniforme dont les 24 volumes ont été imprimés en 1662-1663 chez le même imprimeur paru sur le marché depuis de nombreuses décennies.

Première-Deuxième partie en 24 volumes in-8, maroquin rouge, triple filet doré encadrant les plats, dos lisse richement orné, sept coiffes supérieures frottées, filet or sur les coupes, tranches dorées. Reliure parisienne vers 1740.

166 x 104 mm.

La Calprenède, Gauthier Sieur de (1609-1663). Cléopâtre, dédiée à Monseigneur le Prince. 
Paris, Guillaume de Luyne, 1663.

L’une des deux seules éditions de référence de ce roman célèbre qui allait offrir le nom d’Artaban à la littérature occidentale décrite par Brunet : « Cléopâtre (par de Costes de La Calprenède). Paris, Guil. De Luynes, 1647-58, ou Paris, Joly, 1663. Depuis quelques années on est revenu à ce long roman qui, après avoir eu le plus grand succès dans sa nouveauté, était presque entièrement négligé ».

Ce sont ses romans qui valurent la gloire à La Calprenède : le Grand Condé raffolait de Cassandre, dont la première partie parut en 1642, et Mme de Sévigné, après une lecture de Cléopâtre, qui avait été publiée en 1647, écrivait qu'elle s'y laissait « prendre comme à la glu ». La Fontaine était dans le même sentiment et plaçait La Calprenède parmi les premiers écrivains de l'époque. Ces témoignages, plus quelques allusions de Boileau, entretiennent le souvenir de ce romancier prolixe qu'une anecdote de Tallemant a campé dans une attitude de Rodomont, digne de ses personnages.
Les ouvrages de La Calprenède correspondent à la définition du roman héroïque selon Sorel : « aventures héroïques, où les reflets de l'amour sont agréablement mêlés à ceux de la valeur » et entremêlées de conversations. Le dessein de l'auteur était de réaliser une œuvre historique, et il était convaincu que le roman est plus vrai qu'une relation objective, dans la mesure où l'auteur pénètre l'âme de ses personnages. Les héros de La Calprenède sont tous des êtres d'exception. Plus romanesques encore, les intrigues abusent des enlèvements, des déguisements et des fausses identités.

« Originaire sinon de Gascogne, comme sa fierté l'aurait aimé et comme le veut la tradition, du moins des environs de Sarlat, La Calprenède entre dans la carrière des armes et ne l'abandonnera pas en abordant le théâtre en 1635. Il compose neuf tragédies (dont La Mort de Mithridate) ou tragi-comédies ; trois de ces pièces tirent leur sujet de l'histoire anglaise (Jeanne, reine d'Angleterre, Le Comte d'Essex et Edouard). Il se tourne ensuite vers le roman : il écrit successivement Cassandre (dont la publication commence en 1642), Cléopâtre (à partir de 1647) et le début d'un Foramond ou l'Histoire de France dédiée au Roy (à partir de 1661) qu’il laissera inachevé. L'ensemble représente près de douze mille pages. Ces énormes épopées en prose, militaires et galantes (La Calprenède apparaît comme « le romancier du Grand Condé » et de son entourage) mettent en scène des héros chevaleresques, tel l’Oroondate de Cassandre, qui perdent aux pieds de leurs dames toute leur intrépidité et toute leur audace. Elles remportent auprès des contemporains un immense succès, et Mme de Sévigné reconnaît qu'elle s'y laisse prendre « comme à de la glu » : « La beauté des sentiments, la violence des passions, la grandeur des événements et le succès miraculeux de leur redoutable épée, tout cela m'entraîne comme une petite fille ». Il est vrai que les actions et les sentiments sont forts et que l’un de ses personnages a survécu dans la langue : c’est l’Artaban de Cléopâtre. »

Unique exemplaire répertorié sur le marché depuis plusieurs décennies dont les volumes sont imprimés chez le même Guillaume de Luynes en 1662-1663 et reliés en maroquin uniforme ancien. L’exemplaire ayant été relié pour un lecteur bibliophile, ce dernier a souhaité diviser chacun des volumes en 2 tomes et a fait calligraphier un titre de sous partie aux douze seconde partie. L’œuvre est orné de deux frontispices ; la page ultime de la partie VII fut calligraphiée vers 1740 ainsi que le titre de la partie VI.

Il faut remonter deux siècles en arrière, selon Brunet, pour découvrir un exemplaire comparable, mais en reliure mal conservée : « En mar. aux armes, 32 fr. Radziwill ; (1744-1831) la reliure était mal conservée. » (Brunet).

Cassandre, en effet, est publié en dix volumes, à partir de 1642 jusqu'en 1648, d'abord chez A. de Sommaville, A. Courbé et T. Quinet ; Cléopâtre paraît en douze tomes, de 1648 à 1658 (d'abord à Paris, chez C. Besongne, puis à Leyde, chez J. Sambix) ; Faramond (en douze volumes) sort entre 1661 et 1670, successivement chez A. de Sommaville, sa veuve, P. Trabouillet, J. Ribou, J. Jolly, au fur et à mesure de la réalisation des parties — on notera que la fin de Faramond est de P. de Vaumorière, qui survécut à La Calprenède. Le succès ne s'est pas démenti jusqu'au XVIIIe siècle. Cassandre a même été traduit en italien, en 1652 et en 1716, et au moins deux fois en anglais, dans la même année 1652 ; Cléopâtre, dont on a dû faire paraître un résumé (Abrégé de La Cléopâtre de M. de La Calprenède, chez J. Jolly, en 1667 — en trois volumes cependant !) est également traduit en anglais en 1687. 
La Calprenède a donc constitué une sorte de monument culturel, au milieu du XVIIe siècle.

« Dans la forme générale issue de la tradition grecque, dont est vivifiée toute la romanesque baroque européenne de ton soutenu, toujours manifeste dans ces romans-là, l'émergence du héros Artaban (2ème manière) est significative d'un recentrage sur le héros personnage privé, dont les tribulations ne sont intéressantes que relativement au destin personnel de l'individu. Apparaît, ou réapparaît ainsi, une ligne de force esthétique assez nette : en gros, dans le premier XVIIe siècle, l'héroïsme romanesque n'est pas essentiellement historique ; avec la Préciosité, le héros est héros en tant que personnage historique de très haut rang (ouvertement, ou sous des noms d'emprunt) ; ensuite, avec les premiers éclats du roman classique, ou conformément à l'inflexion classique, va s’épurer le narré et s’aplanir l'architecture narrative, se styliser l'analyse psychologique, et s'imposer un héros ancré dans une « histoire vraie ». Avec La Calprenède, l'héroïsme est déjà, et donc doublement pour nous, fastueusement nostalgique » (Université Paris Georges IV, Sorbonne Molinié).

Remarquable et exceptionnel exemplaire conservé dans son maroquin homogène réalisé il y a près de trois siècles.