Lettres de la Marquise du Deffand
L’édition impériale en partie originale des Lettres de Madame du Deffand (1697-1780) « tout aussi importante sur le plan littéraire qu’historique ».
Le somptueux exemplaire imprimé sur papier vélin relié à l’époque en maroquin aux armes de l’Impératrice Marie-Louise (1791-1847).
Un portrait frontispice au tome I.
Quatre volumes grand in-8, plein maroquin rouge à grain long, roulette dorée encadrant les plats, grandes armoiries de l’Impératrice Marie-Louise au centre, dos lisse très finement orné d’un décor aux mille points or, coupes décorées, roulette intérieure, doublures et gardes de moire verte, tranches dorées. Reliure en maroquin armorié de l’époque.
206 x 125 mm.
L’édition impériale en partie originale des Lettres de Madame du Deffand.
C’est la seule œuvre, mais tout aussi importante sur le plan littéraire qu’historique de la Marquise du Deffand (1697-1780).
Ces lettres constituent un document d’histoire des mentalités : on peut voir, réfractées par une personnalité au comportement quasi pathologique, les tensions caractéristiques du siècle partagé entre l’héritage classique, le vif sentiment de la décadence universelle et l’obscure attente d’un avenir renouvelé par la sensibilité librement exprimée. Madame du Deffand habite l’intervalle.
Entre les décevantes assurances de la raison et les incertitudes douces-amères de la sensibilité. Entre l’essence et l’existence. Entre la mondanité, expression raffinée d’un art de vivre, véritable drogue dont elle ne saurait se passer, et l’expérience douloureuse de la solitude, de la déréliction existentielle, le vertige du néant. Entre le parisianisme invétéré, la maîtrise souveraine (et redoutée), la tyrannie possessive d’une femme du monde et une fragilité d’enfant face à Mme de Choiseul et Walpole, ses cadets de trente-huit et vingt ans. Entre le goût de l’ordre et la fascination effarouchée pour l’originalité, voire l’excentricité tranquille dont les Anglais lui donnent le spectacle. Entre la timidité de celle qui cherche en Voltaire le mainteneur du goût classique, un directeur de conscience ou un maître de philosophie à la façon de Montaigne (elle veut ignorer Diderot, se gausse de Rousseau, est hostile aux encyclopédistes, symboles de la modernité assimilée au bel esprit) et la hardiesse de celle qui s’abandonne avec Walpole à la force du sentiment. Entre celle qui refuse d’être présentée comme romanesque et celle qui demande sans cesse à ses correspondants des expressions de la sensibilité.
Ces lettres sont tout autant un monument littéraire : face à Mme de Sévigné, modèle et rivale, admirée de Walpole pour son art de la narration, Mme du Deffand souligne son propre désintérêt, accentué par la cécité, pour ce qui ne la touche pas directement. Elle fait de ses lettres un perpétuel questionnement sur soi, un journal intime, mêlant analyse psychologique et interrogation sur le sens de la vie. Mais elle manifeste souvent aussi sa maîtrise dans l’art du trait et du portrait ou l’usage de l’esprit volontiers caustique.
La marquise du Deffand tient salon rue Saint-Dominique, où se pressent écrivains, mondains, aristocrates et philosophes. Tous partagent la drogue de la sociabilité et le goût idolâtre de la langue, passions si prenantes que, lorsque Mme du Deffand devient aveugle, à l'âge de cinquante-six ans, elle ne se sent pas détruite. Son grand œuvre, ce sont ses lettres, qu'elle dicte désormais, véritables chefs-d'œuvre aux amis.
Quand l'aristocrate anglais Horace Walpole passe par Paris en 1765 et croise Mme du Deffand à la fin de l'été, il est lui aussi célèbre – écrivain dilettante, voyageur, excentrique, élégant. L'audace de la marquise étonne et séduit bientôt Walpole. Elle est plus vivante que jamais. Cette singularité le conduit à entamer une correspondance, en avril 1766, qui ne cessera qu'avec la mort de Marie du Deffand, en 1780.
Plus que tout, la salonnière redoute l'ennui. Elle est toujours en quête de nouveau et, plus profondément, d'étrangeté. Chez Walpole, l'auteur du Château d'Otrante, prototype du roman noir anglais, elle est séduite par l'imagination. Il y a entre eux un accord de fantaisies et de troubles, entre divertissement et mélodrame.
Les lettres de Mme du Deffand présentées ici plongent au plus profond de zones aventureuses et obscures, celles de la passion amoureuse que l'on n'ose pas avouer mais que l'on dit trop bien ; une part d'enfance qui, soudain, s'enfuit vers la nuit de la vieillesse et de la mort. Mais il y a là, également, sous la plume sarcastique et terriblement drôle de l'une des plus grandes épistolières françaises, une chronique mordante de l'air du temps, cette douceur de vivre des salons, de la cour et de la ville.
Précieux et superbe exemplaire imprimé sur papier velin relié en maroquin rouge de l’époque aux grandes armes de l’Impératrice Marie-Louise (1791-1847).
Marie-Louise-Léopoldine-Françoise-Thérèse-Joséphine-Louise, archiduchesse d’Autriche, fille aînée de François Ier, empereur d’Autriche, et de Marie-Thérèse-Caroline-Joséphine de Bourbon, fille du roi des Deux-Siciles, sa seconde femme. Elle naquit à Vienne le 12 décembre 1791 et fut élevée dans la haine de la France et de Napoléon Ier en particulier. Demandée en mariage par ce dernier par raison d’Etat, elle l‘épousa par procuration le 11 mars 1810 et le 2 avril suivant à Notre Dame de Paris. De leur union naquit le roi de Rome de 20 mars 1811. Lors de l’abdication de Napoléon en avril 1814, elle reçut en toute souveraineté les duchés de Parme, de Plaisance et de Guastalla en conservant son titre de Majesté impériale. Elle se retira à Schoenbrunn auprès de son père et fut gardée à vue au retour de l’île d’Elbe (mars 1815), époque à laquelle on la sépara de son fils. Indifférente et insensible à l’infortune de l’empereur, elle alla gouverner ses duchés et se remaria secrètement en 1821 avec un personnage de sa suite, le comte Adam-Albert de Neipperg, feld-maréchal-lieutenant autrichien qui mourut en 1829 et dont elle eut plusieurs enfants. Elle mourut à Vienne le 18 décembre 1847.



