De Re Navali Liber

Dolet, Etienne

Etienne Dolet fut, en tant qu’imprimeur et auteur humaniste, brûlé vif sur la place Maubert à Paris le 3 août 1546, à l’âge de 37 ans.

Édition originale fort rare de l’une des œuvres importantes d’Etienne Dolet.

Lyon, 1537.

In-4 de (14) ff. et 190 pp., (1) p., complet, marges extérieures de six feuillets restaurée sans atteinte au texte ; vélin ivoire moderne, dos lisse portant en lettres noires : « Doletus Lyon 1537 ».

Reliure moderne.

211 x 149 mm.

Dolet, Etienne. De re navali liber ad Lazarum Bayfium.

Lugduni, apud S. Gryphium, 1537.

Edition originale fort rare de l’une des deux œuvres majeures d’Etienne Dolet(1509‑1546) mort brûlé vif sur la place Maubert le 3 Août 1546.

Le « De re Navali Liber », tiré de son œuvre essentielle non encore imprimée, les « Commentaires sur la langue latine », fut publié très tôt, dès l’année 1537.

Brunet, II, 793 ; Adams, D763 ; Cioranescu, 7912.

Estienne Dolet, humaniste, imprimeur, philologue, érudit et poète, eut une vie mouvementée, inquiète, douloureuse, où les procès, les emprisonnements et les condamnations vinrent troubler sans cesse des travaux poursuivis avec acharnement. Né à Orléans le 3 août 1509, il devait mourir à 37 ans, brûlé sur la place Maubert.

Dolet va à partir de 1540 se faire le défenseur du français ; et ses publications en vernaculaire vont peu à peu dominer au sein de sa production imprimée. Il met alors en chantier son « Orateur françois », initiative que Du Bellay saluera dans la « Deffence » ; mais il n'en publiera que quelques fragments, dont la capitale « Maniere de bien traduire d'une langue en l'autre » (1540). L'hostilité de ses confrères, bientôt jaloux des succès de leur jeune rival, et qu'il avait encore indisposés en soutenant contre eux les revendications de leurs ouvriers typographes, lui valut de nouveaux mécomptes. Ils profitèrent de l'impression d'un opuscule religieux, « Cato christianus », où Dolet avait fait l'exposé de sa foi, pour le dénoncer à l'Inquisition comme suspect d'hérésie. Jeté dans les prisons de l'archevêché vers la fin de juillet 1542, il lui fallut subir quinze mois d'incarcération, d'abord à Lyon, puis à Paris, il ne fut libéré que le 13 octobre 1543. Aux termes de l'arrêt, il devait abjurer ses erreurs devant l'official de Paris et s'interdire désormais toute publication de livres prohibés. II n'était pas au bout de ses malheurs. Un complot de ses ennemis qui, pour le perdre, expédièrent à Paris sous son nom deux ballots de livres défendus, entraîna pour Dolet une nouvelle arrestation (6 janvier 1544). Il réussit à s'évader et passa six mois en Piémont, tandis qu'on brûlait à Paris, sur le parvis de Notre-Dame, les livres sortis de ses presses. Mais il eut l'imprudence de reparaître à Lyon. Bientôt reconnu et saisi (août 1544) ; il fut transféré à Paris, reclus dans la prison de la Conciergerie. Son procès dura deux années. Traduit devant le Parlement, il se vit imputer trois chefs d'accusation : blasphème, sédition, exposition de livres prohibés. Jugé par la Sorbonne, coupable d'hérésie, pour avoir traduit en l'exagérant un passage de l'Axiochus de Platon : « Après la mort tu ne seras plus rien du tout », il fut condamné de ce fait par la grand-chambre du Parlement (2 août 1546) et dut le lendemain monter sur le bûcher.

Son œuvre essentielle, ce sont les « Commentarii Linguae Latinae », sur le modèle d’un ouvrage analogue de Guillaume Budé relatif à la langue grecque et publies en deux tomes à Lyon, chez Sébastien Gryphius, en 1536 et 1538. Ces « Commentaires » sont un vaste répertoire de toutes les richesses de la langue latine, mais un répertoire comparatif et raisonné, où les mots sont rangés, non d'après l'ordre alphabétique, mais suivant le rapport qu'ils présentent entre eux, ou plutôt, suivant les idées qu'ils expriment. L'explication d'un mot est suivie d'une explication des mots analogues, puis des mots contraires ou dissemblables. C'est ainsi qu'au verbe amare sont rattachés les termes adamare, redamare, amator, amabilis, diligere, observare, colere, amplecti, complecti, amicitia, amor, charitas, pietas, benevolentia, animus, voluntas, etc., jusqu'à ce que l'auteur ait épuisé la série des mots qui traduisent l'idée d'aimer. Lazare de Baïf ayant fait paraître en 1536 un petit traité sur la marine des Anciens, De re navali, Dolet, qui pour son compte avait abordé le même sujet au tome II de ses Commentaires (alors sous presse), détacha d'avance de son œuvre les passages relatifs aux questions navales, et, sous le même titre, De re navali, les publia chez Gryphius en 1537, en les dédiant à Baïf lui-même. C’est cette édition originale, tirée des « Commentarii linguae Latinae » que nous présentons ici. Elle est d’une insigne rareté.

Après un très brillant passé de latiniste cicéroniens, Dolet, à partir de 1540, se prit d'une belle passion pour la philologie française. Animé d'une foi nouvelle, il déclara : « Mon affection est telle envers l'honneur de mon païs, que je veulx trouver tout moyen de l'illustrer, et ne le puis mieux faire, que de célébrer sa langue, comme ont faict les Grecs et Romains la leur. » Sous ce titre, l'Orateur françois, il entreprit sur notre langue un grand ouvrage qui devait embrasser la grammaire, l'orthographe, la phonétique, l'étymologie, la traduction, la rhétorique, la poétique. Il n'a pas eu le temps de le parachever et, seul parut à Lyon en 1540, un opuscule intitulé : La manière de bien traduire d'une langue en l’autre. D'advantage, de la Ponctuation de la langue françoise. Plus, des Accents d'ycelle. Dolet y formulait quelques idées nouvelles et dont plusieurs ont passé dans les faits. Il réclamait l'emploi de l'apostrophe, pour éviter les hiatus cacophoniques : l'enfance pour la enfance, l'honneur pour le honneur. Il voulait que l'on écrivît dignités, voluptés, et non dignitez, voluptez. Il demandait des traductions exactes quant au sens, mais exclusives d'un rigide mot à mot, et toujours soucieuses des nombres oratoires, c'est-à-dire de la cadence.

Imprimeur, il exerça pendant huit ans, de 1538 à 1546, en apportant le plus grand soin aux livres sortis de ses presses : les Œuvres de Clément Marot (1538, 1542, 1543 ; et aussi son Enfer [1542, 1544] et ses Psaumes [1544]), de Rabelais (1542), L'Amie de Court de La Borderie (1542, 1543), La Parfaite Amye d'Antoine Héroèt (1542, 1543), le Gargantua de Rabelais (1542), l’Internelle Consolation (1542), des éditions de Térence (1 540).

Précieux exemplaire à belles marges, le feuillet de titre portant une ancienne marque d’appartenance couronnée : au doubleC.

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