Les Lettres
Vraisemblablement le plus bel exemplaire réglé sur le marché depuis plusieurs décennies, réglé, à grandes marges, en superbe vélin décoré de l’époque.
De la bibliothèque du Comte de Lignerolles.
Paris, 1586.
In-4 de (8) ff., 330 ff., (14) ff.
Vélin doré souple à rabats, dos lisse orné d'un décor doré "à la fanfare", triple filet doré encadrant les plats avec grands feuillages dorés au centre et dans les angles, le tout recouvert d'un semé de fleurettes dorées, roulette dorée sur les rabats, tranches dorées. Légère usure à l’angle supérieur du plat.
Superbe reliure de l’époque.
239 x 175 mm.
Pasquier, Etienne. Les Lettres d’Estienne Pasquier conseiller et advocat general du Roy en la chambre des Comptes de Paris.
Paris, Abel L'Angelier, 1586.
Édition originale. L’un des exemplaires complet du portrait.
Elle est ornée d'un portrait de l'auteur gravé sur cuivre par Thomas de Leu et tiré sur le dernier des feuillets liminaires sans texte au recto.
Tchemerzine, V, 87 ; Desan, p. 873 ; Altman, The Letter Book as Literary Institution in Erdmann & Govi, Ars epistolica, pp. 409-411 ; Feugère, Essai sur la vie et les oeuvres d'Etienne Pasquier, pp. 104-108.
« Sérieuses tour à tour et badines, [les Lettres] offrent toute espèce de questions, depuis celles dont la frivolité rappelle les exercices des anciens rhéteurs, jusqu'aux discussions les plus élevées de législation et de morale : on y voit se succéder tous les tons et toutes les idées. [...] Ses Lettres méritent une place parmi les documents les plus dignes de créance que nous ayons sur notre histoire » (Feugère).
Historien et poète, Étienne Pasquier (1529-1615) « se place au tout premier rang des grands prosateurs qui ont forgé la capacité de la langue française à l'analyse historique et politique, au maniement des idées » (Luce Giard). Auteur de Recherches de la France dans lesquelles il exalte les « anciennetés gauloises », adversaire acharné des jésuites, il demeure une des figures les plus attachantes de la Renaissance. Mais, pour Marcel Arland, « son œuvre la plus vivante reste sans doute sa correspondance » (La Prose française, p. 195). L'épistolier s'adresse à Ramus, Cujas, Ronsard, de Thou, Thyard...
« Pasquier infuses his letters with a strong personal style, making his book into a collection of highly autobiographical essays that could be read alongside those of his friend Montaigne » (J.G. Altman).
Ses deux grandes entreprises pionnières furent d’une part Les Recherches, d’autre part Les Lettres. Ses contemporains tenaient Pasquier en grande estime et lui-même a beaucoup fait pour se composer une figure de patriarche des lettres : Belleau, De Thou, Tabourot, Ramus, Turnèbe, les bibliographes La Croix du Maine et Du Verdier l’ont reconnu ; pour sa part, dans ses Lettres il se montre en collègue familier de Ronsard, Turnèbe, Tyard, Ramus, plus tard conseiller d’Urfé pour finir par l’encens d’une vingtaine de confrères (XXI, 3) ; Scèvole de Sainte-Marthe, ami de la maturité, souligne dans ses Elogia de 1616 la triple réussite, professionnelle, littéraire et familiale d’un homme reconnu par ses souverains, auteur d’une œuvre variée mise en ordre dans les derniers temps de sa vie et qui laisse, parmi ses trois fils encore vivants, un écrivain, Nicolas. Au XVIIè siècle, à part Guillaume Colletet qui lui consacre une biographie, la grande compréhension dont il avait fait preuve envers le passé littéraire de la France et son admiration pour Ronsard le font mal juger et Les Lettres de Guez de Balzac font oublier les siennes. Sa réputation grandit au siècle suivant. L’Abbé Goujet (Bibl. fr. t. 14) et Piganiol de la Force (Description hist. de la ville de P.) lui consacrent une étude ; Bayle puise à toutes mains dans ses Lettres et des Recherches pour ses propres notes et en 1723 les jésuites donnent l’édition in-folio prétendue d’Amsterdam qui va assurer la pérennité de ses Œuvres dans les bibliothèques du monde entier. Et depuis la lecture enthousiaste de Sainte-Beuve, suscitée par les travaux de Léon Feugère et de Charles Giraud, la critique n’a plus cessé de considérer Pasquier comme une source digne de foi de l’histoire de France, un précurseur de l’érudition moderne et de l’histoire des antiquités nationales, conscient des premiers « de la continuité du passé littéraire et linguistique, et du riche héritage formé par l’ancienne littérature et la vieille langue française ». (M. J. Moore, p. 146).
Publiées par ses soins, en juin 1586 si l’on en croit le privilège daté du 7 juin, elles comportent dix livres qu’il ne retouchera pas quand il préparera les douze livres suivants, sortis posthumes en 1619 chez Laurent Sonnius et Jean Petit-Pas par les soins de ses héritiers. Le bel in-4 imprimé par Léger Delas pour Abel l’Angelier, avec pour certains exemplaires un portrait gravé par Thomas de Leu, est l’objet de toute la sollicitude de son auteur, présent auprès des presses au témoignage de la dernière lettre (X, 12 à Loisel) et sans doute à l’origine des deux tables – tables des lettres avec leur destinataire et des matières principales – aides à la lecture qu’il exigeait pour ses Recherches dès 1565.
Œuvres d’une vie, les Lettres en préparent le récit pour la postérité, dessinant à petites touches de leur auteur « un tableau général de tous (s)es aages, dans lequel vous verrez icy (s)on printemps, là (s)son Esté, puis (s)on Automne tirez au vif ; c’est-à-dire (s)es lettres moulées sur le patron des aages qui ont diversement commandé à (s)es opinions ». Histoire intellectuelle d’un homme pris dans l’histoire, d’une conscience agitée par des tempéraments changeant au fil du temps, Les Lettres sont aussi témoins d’un milieu, au moins celui que Pasquier a bien voulu laisser publier. On pourra s’étonner de l’absence de Louis Le Caron, proche collègue, ou de François d’Ambroise, ami présent dans les documents d’archives, mais on verra la place d’Antoine Loisel, de Scévole de Sainte-Marthe et d’autres vrais amis vite disparus : Guillaume de Marillac, Emery Bigot, Jean Pougnet de Basmaison, Jacques Labitte ou Pierre Pithou, présents uniquement dans les dix premiers livres ; les en-têtes à Christophe de Fonsomme, Bâlois au livre IV, et à Claude de Kerquefinen, un temps mal sentant de la foi, signalent certes une forme de courage, tandis que d’autres destinataires éclairent la stature de l’épistolier par l’éclat qu’ils réfléchissent : Turnèbe, Ronsard, Cujas, Tyard, De Thou pour ne pas parler de Charles de Lorraine ou de Catherine de Retz.
Vraisemblablement le plus bel exemplaire de l’édition originale desLettresde Paquier répertorié sur le marché depuis plusieurs décennies, réglé, très grand de marges (hauteur : 239 mm) revêtu d’une remarquable reliure de l'époque, en vélin doré richement décoré.
Il provient de la bibliothèque du Comte de Lignerolles (cat. II, 1894, nº 2105).
