Le ciel réformé
Édition originale rarissime de la seule version française de l’un des grands textes de Giordano Bruno.
Exemplaire de grand luxe, d’une absolue rareté, imprimé sur grand papier de Hollande et relié en superbe maroquin de l’époque.
In-8 de (2) ff., 92 pp.
Maroquin rouge, triple filet doré encadrant les plats, dos à nerfs richement orné, filet or sur les coupes, roulette intérieure, tranches dorées. Reliure en maroquin de l’époque.
150 x 95 mm.
Bruno, Giordano. Le Ciel réformé. Essai de traduction de partie du livre italien, Spaccio della bestia trionfante. Demus alienis oblectationibus veniam, dum nostris impetremus. Plin…
S. l., 1750.
Édition originale rarissime présentant entre autres le nom des 48 constellations de « La Petite Ourse » au « Poisson méridional » de l’unique version française de l’un des plus grands textes de Giordano Bruno dont les différentes originales ont la réputation depuis plusieurs siècles d’être très chères et très recherchées. Voici d’ailleurs ce qu’écrivait Brunet en 1865 :
« Les ouvrages de Giordano Bruno étaient pour la plupart devenus si rares, qu’on en connaissait à peine trois ou quatre exemplaires, et qu’ils se payaient fort cher dans les ventes, ainsi qu’on pourra le voir ci-dessous. La nouvelle édition de ses œuvres publiée en 1829-1830 en 2 volumes, sans diminuer la rareté des éditions originales, modifie la donne ».
Published in 1584 in London during the author’s stay, the Spaccio urges the expulsion of the « triumphant beast » (the vices of humanity). It is more particularly a criticism of Christian and Calvinist attitudes. The Italian philosopher and mathematician (1548-1600) was tried for heresy by the Roman Inquisition on charges of denial of several important Catholic doctrines (eternal damnation, the Trinity, transubstantiation…).
He was burned at the stake in Rome in 1600. As an astronomer, he developed theories of an infinite universe and multiple worlds, in which he rejected the traditional geocentric astronomy, illustrated with a vignette on title-page and with a historiated headpiece.
Lorsqu’on parle de précurseurs dans le domaine de l’astronomie moderne, il nous vient à l’esprit des noms bien connus tels Copernic, Galilée ou encore Newton. Il existe pourtant un nom que personne ne devrait ignorer : Giordano Bruno. Cet homme génial a révolutionné la pensée humaine sur le monde qui nous entoure ; c’est lui le premier à avoir formulé l’hypothèse selon laquelle notre ciel n’est pas un lieu clos : il déclare au XVIe siècle que bien au contraire, notre planète se situe dans un espace infini ! Giordano Bruno a été le premier à découvrir l’existence de l’univers. Pour l’époque, c’est un véritable coup de tonnerre qui s’abat sur l’église, Giordano le paiera de sa vie, brûlé vif à Rome.
Giordano Bruno a donc été le premier homme à penser que l’univers n’avait pas de fin, que des centaines de milliers de soleils comparables au nôtre existaient, et qu’il était fort probable que notre univers était peuplé d’autres planètes habitées… Giordano Bruno fut un visionnaire exceptionnel pour son époque.
Dans la présente originale, on note que le renouvellement de la cosmologie par Copernic conduit à transformer la position éthique de l’homme et à réordonner les valeurs morales, car le problème de l’Être conduit au problème de la connaissance, et par conséquent au problème moral. Celui-ci se présente pour Bruno, selon un processus analogue à celui du problème de la connaissance. Le processus éthique, comme le processus gnoséologique, le degré dialectique et le degré rationnel. Dans le premier, les vertus et les vices capitaux, les passions apparaissent sous une forme descriptive - v. Boniface et le Pédant - et inspirent le mépris et le dégoût. Dans le second degré, qui est celui de l’œuvre elle-même, les hommes disparaissent : le sujet de la considération éthique, c’est l’homme. Ce sujet, à ce degré, sent, reconnaît et révèle à lui-même son fond de sainteté qui fait que l’être subjectif se trouve directement relié à l’Être objectif. Cela n’empêche pas que, eu égard au point de vue concret de la société, l’on doive respecter les formes de moralité inférieures, imposées et réglées par des lois et des expédients ; ce qui fait que les religions, sans valeur en elles-mêmes, ont une très grande valeur en tant qu’éléments de stabilité sociale.
Le troisième degré, ou moment, du processus éthique, le degré rationnel, est en partie le sujet des Fureurs héroïques. Dans Le Débit de la bête triomphante, Bruno raconte comment Jupiter irrité de voir son culte négligé, entreprend de « débiter » la bête triomphante, c’est-à-dire les vices qui prédominent et qui méprisent la partie divine de la création, de purger l’âme de ses erreurs et de l’orner de vertus. Pour mener son entreprise à bonne fin, il fait appel à quarante-huit constellations, avec lesquelles il veut établir un programme de réforme. Momus lui explique que tout le mal vient d’avoir donné aux astres les noms des dieux, dont les aventures scandaleuses ont suscité le mépris des hommes. Il propose donc de substituer à ces noms les noms des vertus ; Hercule devient la Valeur, le Dragon devient la Prudence, Callisto la Vérité, le Triangle la Fidélité, etc. Bruno ne condamne pas les sentiments naturels, mais il les discipline en montrant le chemin de la purification naturelle, celui qui de la bête conduit à l’homme. Sous cet aspect, on peut dire que cette œuvre est un prélude aux Fureurs héroïques.
Très bel exemplaire de cette édition originale rarissime, l’un des exemplaires de luxe imprimé sur papier fort de Hollande relié en élégant maroquin rouge parisien de l’époque.



