Mystère. Le premier (et le second) volume du triumphant Mystère des Actes des Apostres.
« C’est donc la variété tout autant que la qualité même de l’écriture et de la composition de chaque scène qui donnent au « Mystère d’Arnoul Gréban » sa place parmi les œuvres témoins de la littérature du XVè siècle » (Hatier, successeur de Lagarde et Michard).
Edition originale rarissime du Théâtre populaire gothique mettant en scène 494 personnages.
Paris, 15 mars 1537.
Précieux exemplaire « Turquety » cité par Brunet, relié en superbe maroquin noir doublé de maroquin rouge du xviiè siècle de Boyet,
grand relieur parisien du siècle de Louis XIV.
2 volumes reliés en 1 volume in-folio de (4) ff., 170 ff., (2) ff., 218 ff., (12) ff. de table.
Maroquin noir, triple filet doré encadrant les plats, dos à nerfs richement orné, doublures de maroquin rouge avec fleur de lys aux angles, roulette dorée d’encadrement, coupes décorées, tranches dorées, restauration sans manque de texte sur le dernier feuillet et le second titre.
Riche reliure en maroquin doublé de la fin du xviiè siècle attribuée à Boyet, grand relieur parisien du siècle de Louis XIV.
307 x 199 mm.
[Représentation théâtrale de la fin du Moyen-Age].
Mystere. Le premier (et le second) volume du triumphant Mystère des Actes des Apostres translate fidèlement a la verité historiale... tout ordonné par personnages (par Arnoul et Symon de Greban, avec quelques corrections de Pierre Cuvret ou Curet). (au verso de l'avant-dernier f. du second vol.) : Cy fine le neufviesme et dernier livre des Actes des Apostres Nouvellement Imprimez a Paris pour Guillaume Alabat (sic) bourgeoys et marchant de la ville de Bourges par Nicolas couteau Imprimeur demourant a Paris et furent achevez le xvè iour de Mars lan de grace Mil cinq cens xxxvii avant Pasques. (15 mars 1537).
Edition originale rarissime du « Théâtre populaire gothique » mettant en scène 494 personnages.
Postérité lointaine du drame liturgique, c’est au milieu du quinzième siècle que les représentations théâtrales prennent le titre de Mystères ; ce sont des sortes d'illustrations populaires de l’histoire religieuse découpées en scènes, tirant leur origine de la Bible, des Évangiles et des vies de saints. Ces pièces qui mettaient souvent en scène des centaines de personnages étaient jouées par des gens du peuple voire par des ecclésiastiques. Leur préparation dans les villes durait longtemps, parfois une année, consacrée à la confection des costumes, des accompagnements musicaux, etc. Les représentations se prolongeaient durant plusieurs jours pendant lesquels toutes les autres activités étaient suspendues. L’origine religieuse de ces scènes dramatiques n’exclut pas leur liberté de ton ; on y trouve des passages humoristiques et de nombreux vers gaillards et hauts en couleurs, plus évocateurs de la vie quotidienne que de la liturgie.
Ce Mystère aux dimensions gigantesques, comptant 62 000 vers, est le plus vaste de tout le théâtre français.
Les premières pièces de théâtre du Moyen Age sont liées aux cérémonies du culte : pour la fête de Noël, par exemple, on représentait les différents épisodes racontés par les évangiles, l'annonce faite aux bergers, la naissance du Christ dans l'étable... De même, lors de la fête de Pâques, le procès du Christ, sa montée au calvaire, sa mort, étaient représentés par les prêtres et les moines. Le spectacle se déroulait dans l'église et en latin.
Peu à peu, les conditions de représentation changent : on invente le décor multiple, qui juxtapose plusieurs lieux (ce ne sont pas les décors qui changent mais les acteurs qui se déplacent de l'un à l'autre), parce que la mise en scène est de plus en plus importante, on sort de l'église, et on joue sur le parvis. Les acteurs sont désormais des clercs, organisés en troupes, et, à partir du xiiè siècle, le français remplace le latin.
Le texte même du spectacle évolue : de plus en plus, on mêle des épisodes drôles, ou grotesques, aux épisodes tirés des Écritures ; par exemple, on représente l'enfer, donc le diable et ses compagnons, dans une scène où se mêlent la peur et le rire ; ou bien encore, on donne de plus en plus d'importance à des scènes purement humaines : la vie quotidienne des bergers de Bethléem est abondamment mise en scène, avec leurs activités agricoles, leurs jeux, leurs disputes... Avec le temps, ces scènes profanes vont constituer un genre défini, le théâtre comique, aussi apprécié que le théâtre religieux.
Parmi les différents types de spectacles religieux, le Mystère est celui qui exerce le plus d’influence au xvè siècle. Son sujet directement emprunté à la Bible, est le plus souvent consacré à la mort du Christ, à sa « Passion ». Les auteurs n'hésitent pas, pour raconter ce dernier épisode, à remonter jusqu'à la naissance du Christ, et même, au delà, jusqu'à la faute d'Adam et d’Ève qui a condamné l'humanité, pour que l'on se souvienne que la mort du Christ rachète ce péché originel. L'ampleur du sujet est telle que le spectacle dure alors plusieurs jours, le texte étant divisé en « première journée », « deuxième journée », jusqu'à quatre jours. C'est par milliers que se comptent les vers, et les acteurs sont parfois plus de deux cents ! Quant aux éléments de décor, aux machineries, au travail de mise en scène, aux costumes, à la musique, ils tiennent une place très importante.
Le succès de ces mystères est immense : bien que les intellectuels du xviè siècle aient peu apprécié ces spectacles populaires et leur aient reproché de mélanger le religieux à des éléments totalement profanes et comiques, le public continue, lui, à les aimer jusqu'en pleine Renaissance. II faut attendre une décision du parlement de Paris, interdisant les mystères au nom de leur manque de respect pour la religion, en 1548, pour que ce genre de spectacle disparaisse peu à peu du parvis des églises.
Arnoul Gréban, né vers 1420, est un digne représentant des clercs du Moyen âge.
Il est bachelier en théologie, auteur dramatique ; il tient les orgues de Notre-Dame de Paris et en dirige la maîtrise (c'est-à-dire l'ensemble des chantres). C'est vers 1450 qu'il compose son Mystère, reprenant, selon la tradition du Moyen Âge, une œuvre écrite quelque trente ans auparavant en lui donnant une touche personnelle. Sa vaste culture religieuse et littéraire nourrit le texte, mais le plus remarquable est son sens proprement dramatique : les scènes où s’expriment l’angoisse, l’inquiétude, la douleur sont particulièrement soignées, sans que, pour autant, l’équilibre entre épisodes sérieux et épisodes burlesques soit négligé. On reconnaît enfin son goût pour la musique dans l'écriture même de certaines scènes.
Le sérieux de tous ces épisodes, qui suivent scrupuleusement le texte de la Bible, est compensé par des intermèdes de diableries, qui ponctuent chaque grand moment : les diables suivent l'action, la commentent, s'en réjouissent ou la redoutent ; c'est à chaque fois l'occasion pour le public médiéval de s'amuser (ou de se faire peur) avec ces personnages qu'il aime tant. C'est donc la variété tout autant que la qualité même de l'écriture et de la composition de chaque scène qui donnent au mystère d'Arnoul Gréban sa place parmi les œuvres témoins de la littérature du xvè siècle.
Rédigé entre 1452 et 1478, ce mystère fut joué pour la première fois à Bourges en 1536. Cette représentation, la plus longue et la plus célèbre dont fasse mention l'histoire de l'ancien théâtre français, eut un énorme retentissement dans tout le royaume.
De nombreuses représentations intégrales ou partielles eurent lieu au xviè siècle. Les plus importantes furent donc celles de Bourges (30 avril-août 1536) et de l’hôtel de Flandre à Paris (8 mai - 25 septembre 1541, en 35 journées). À ces occasions, le mystère fut imprimé à Paris en 1537 (par Nicolas Couteau), 1540 et 1541 (par les frères Les Angeliers). La représentation de Bourges est célèbre pour son faste ; le texte fut révisé et allongé par Jean Chaponneau. On a conservé parmi de nombreux documents d'archives le texte de la « Monstre » écrit par un habitant de Bourges (Bourges, Bibl. mun. 317) et le livre des comptes (Bourges, Bibl. mun. 328 [272]). A Paris, les confrères de la Passion recrutèrent les acteurs par un cri le 16 décembre 1540 (BN, Rés. Yf 2910) ; la représentation eut lieu devant un parterre et trois étages circulaires aménagés en loges et galeries. L'assistance était très nombreuse. Le texte avait été allongé d'atroces épisodes tirés de la légende de Néron. Ce spectacle suscita une diatribe du procureur général du Parlement de Paris contre les confrères de la Passion ; sept ans plus tard le Parlement leur interdit de jouer les « mystères sacrés ».
Ce fut Guillaume Alabat, bourgeois et marchand de Bourges qui fit imprimer le manuscrit ayant servi aux acteurs. Dès 1536 il obtint un privilège pour six ans, et l’ouvrage fut terminé d’imprimer à Paris par Nicolas Couteau, le 15 mars 1537 avant Pâques ; c'est à dire 1538 du nouveau style.
L’ouvrage est d’un grand intérêt par ses diverses indications de jeux de scène et précieux pour la connaissance de l’histoire des mentalités au seizième siècle ; il parut à la veille de l’interdiction par le Parlement en 1541 des représentations de drames religieux, qui évoquait à leur propos les farces lascives.
Précieux exemplaire « Turquety » le seul cité par Brunet (Supplément, I, 1135) conservé dans son ancienne et luxueuse reliure en maroquin noir doublé de maroquin rouge du xviiè siècle de Boyet provenant des bibliothèques Hadrien de Valois, seigneur de La Mare, conseiller et historiographe du Roi ; Comte Paul de Malden de La Bastille, avec ex-libris ; Turquety.
L’un des plus rares et précieux volumes de littérature populaire de la fin du Moyen Âge.
Cette première représentation théâtrale de la première moitié du XVIè siècle a de tout temps suscité l’intérêt.
Il y a 30 ans, Pierre Bérès cataloguait et vendait la réédition de 1541 de cette originale de 1537, incomplète d’un feuillet de marque, reliée au XVIIIè siècle, pour 40 000 F de l’époque. A cette aune le présent exemplaire serait aujourd’hui marqué 100 000 €.
L’originale de 1537 est cinq fois plus rare que la réédition de 1541, notre exemplaire est complet et revêtu d’une reliure doublée du XVIIè siècle (Ref. Catalogue Bérès, n°74, Année 1984).





