Histoire de Mademoiselle Brion

[Curiosa]
Imprimée aux dépens de la Société des filles du bon ton, 1754.
Prix : 10 000 €

Cléon : édition originale de ce conte érotique.

Rarissime livre interdit luxueusement relié à l’époque en maroquin de Derome le jeune.

Années 1750, 1751, 1754.

4 ouvrages en 1 volume in-12 de 137 pp., 1 f. bl., 1 frontispice et 3 gravures; [3] ff., 101 pp., ; [3] ff., pp.3-114 ; [4]ff.,xxiv-100 pp.
Maroquin vieux rouge, triple filet doré en encadrement sur les plats, dos à nerfs orné, coupes et chasses guillochées, tranches dorées. Reliure de l’époque.

153 x 92 mm.

[Curiosa] - Histoire de Mademoiselle Brion, dite Comtesse de Launay…
Imprimée aux dépens de la Société des filles du bon ton, 1754.

Réunion de 4 ouvrages licencieux du milieu du XVIIIe siècle :

- Cléon, rhéteur cyrénéen ou Apologie d'une partie de l'histoire naturelle. Traduit de l'italien. 
Amsterdam, 1750. 

Édition originale de ce conte érotique, dans lequel tout est allusion : « Entre les gens qui m'approchent de plus près, j’en ai choisi cinq qui m'ont paru les plus attachés. Je fais peu de cas des autres, ils font si gauches, ils se présentent si mal, que je m'en sers le moins que je puis. Parmi ceux à qui j'ai donné la préférence, il en est un d'une taille élégante, plus adroit, & plus officieux que ses camarades. [...] Un soir d'été que j'étais plus rêveuse qu'à l'ordinaire, & comme absorbée de réflexions extravagantes, il descendit comme pour badiner & se promener avec eux. Ils me disposèrent insensiblement à jouir des caresses d'un Zéphire, qui était peut-être d'intelligence, & ils éloignèrent petit‑à-petit des colomnes du Temple dont j'ai parlé », etc. Les anagrammes y sont nombreuses : Cléon pour le con, Clavilord pour couillard, Demichoigs pour godmichés... Le titre lui-même pourrait en être une autre, que nous n'avons pas démêlée. « C'est une brochure remplie d'ordures, d'esprit, de mauvais goût et d'obscurités, notait Grimm. Elle me paraît réussir. »

Barbier, et d'autres après lui, ont par erreur attribué l'ouvrage à Thorel de Campigneulles (1837-1804), âgé de 13 ans seulement au moment de la parution, par confusion avec Cléon, ou le petit-maître, esprit-fort paru en 1757. On sait en revanche qu'une colporteuse du nom de Jeanne-Louise Delalain fut embastillée pour la diffusion de cette « brochure intitulée Cléon » (la nôtre) ; lors de son interrogatoire, elle déclara la tenir du « sieur Rigolet, son neveu, libraire à Lyon » (Daniel Droixhe, « Un essai de topographie et d'économie du livre prohibé : La rafle des colporteuses parisiennes de 1766 », 2014).

- Histoire de mademoiselle brion, dite comtesse de launay
Imprimée aux dépens de la Société des Filles du bon ton, 1754. 

Il s'agit vraisemblablement de la deuxième édition de ce petit roman libertin, la première - entièrement gravée - ayant paru à la même adresse, sans date, en 1753. Elle est tout aussi rare. Gay note que « ce petit roman est toujours le canevas ordinaire d'une fille galante, qui raconte ses fredaines et qui finit par devenir sérieuse et faire une assez bonne fin. C'est, du reste, vivement et spirituellement raconté, mais c'est surtout un prétexte à illustrations lubriques ». L'ouvrage est en effet orné de 4 figures érotiques gravées sur cuivre, dont une placée en frontispice. D'après Jacques Duprilot, elles seraient de Thévenard, graveur-imprimeur spécialiste de la gravure obscène.

- Lettres de la fillon
Cologne, chez Pierre Marteau [i.e. Paris, Coustelier], 1751. 

Titre illustré gravé sur cuivre. C'est un recueil de lettres piquantes, très probablement apocryphes, attribuées à La Fillon, la plus célèbre mère maquerelle de la Régence ; son métier aidant, elle contribua à déjouer la conspiration de Cellamare contre le Régent, dont elle était intime. L'ouvrage est attribué au libraire Coustellier.

« Recueil de lettres curieuses écrites par la Fillon, fameuse entremetteuse, fort connue à Paris, à l'époque de la Régence. Amie intime du cardinal Dubois, ministre du duc d'Orléans, le Régent, elle eut part à la découverte de la conspiration organisée contre le Régent par Cellamare, ambassadeur d'Espagne. Dans l'Avertissement, l'auteur de cet ouvrage la compare à la fameuse Ninon de Lenclos, et écrit ce quatrain en son honneur : Toujours compatissante aux faiblesses humaines, / Mon art sçut aplanir la route des plaisirs ; / L'amour ne forma plus d'inutiles désirs. / Je réformai ses lois, je supprimai ses peines ». (Jacques Piazzoli, Catalogue d'une collection de livres anciens et modernes, rares et curieux, Milan, 1878).

- Histoire de mademoiselle de Cerni.
Berlin, de l'Imprimerie royale, 1751. 

Ce roman galant serait de Philippe Le Fèvre (ou Lefebvre, 1705-1784), président au bureau des finances de Rouen et littérateur dans ses moments de loisir, à qui l'on attribue une vingtaine d'écrits anonymes.

Très bel exemplaire en maroquin rouge du XVIIIe siècle attribuable à Derome.

Il est exceptionnel de rencontrer ce type d'ouvrages dans cette condition de reliure.

L'exemplaire a certainement figuré dans la collection d'un grand amateur de l'époque, mais compte tenu du sujet hardi, la recherche est ardue... On relève, sur la dernière garde, trois cotes anciennes à l'encre : 16# (réécrit sur un ancien prix), un code du libraire Bailly a?vp aEp légèrement effacé (pour un prix de vente de 181.) et 65#.

Gay, II, col. 521; Pia, col. 230-232 et 632; Dutel, A-543 ; Erick Aguirre, « Le Libraire Guillaume-Luc Bailly et l'atelier Derome le jeune », Bulletin du bibliophile, 2019, I, 129-172.