L'Astrée
"… Outre sa valeur propre, qui est grande, l’Astrée constitue, dans notre littérature, un fait important, qu’on ne saurait passer sous silence".L’Astrée d’Honoré d’Urfé reliée en séduisant vélin de l’époque.
5 volumes in-8 de : I/ (8) ff. (dont 1 titre gravé et 2 portraits), 623 pp. ; II/ (4) ff. (dont 1 titre gravé) 724 pp., (2) ff. ; III/ (8) ff. (dont 1 titre gravé et 1 portrait), 975 pp. ; IV/ (8) ff. (dont 2 portraits), 1343 pp. ; V/ (15) ff. (dont 1 titre gravé et 3 portraits), 973 pp. (ch. par erreur 985), (1) pp., (1) f. Parmi les frontispices, on trouve 2 identiques gravés par Daret, 2 différents et des portraits d’Urfé, d’Astrée et de Baro, certains répétés.I : quelques infimes piqûres en marge sans atteinte au texte ; T.V : manque sans atteinte au feuillet a4). Plein vélin ivoire, traces d’attaches, tranches jaspées. Reliure uniforme de l’époque.
174 x 108 mm.
Urfé, Honoré d’. L’Astrée. La Conclusion et dernière partie d’Astrée.Paris, A. de Sommaville et A. Courbé, N. et J. de La Coste, veuve O. de Varennes, Fr. Pomeray, 1630-1633.
Précieux exemplaire de l’une des toutes premières éditions originales collectives de l’Astrée dont les cinq volumes ont été imprimés entre 1630 et 1633. Ces dates d’impression rapprochées confèrent un rare attrait bibliophilique au présent exemplaire et expliquent la parfaite homogénéité des reliures en vélin de l’époque.Tchemerzine, V, 943 ; J.-M. Chatelain, « Histoire éditoriale et tradition textuelle de la premièrepartie de L'Astrée », n° 235, pp. 225-253 ; Cioranescu, 65159 ; Quérard, IX, 593 ; A Sancier-Chateau, Une esthétique nouvelle, Honoré d'Urfé correcteur de L'Astrée, Genève, 1995 ; En Français dans le texte, 82.
« La véritable première édition collective complète de l’Astrée fut imprimée en 1630 » selon Tchemerzine, qui précise « qu’il est extrêmement rare de la trouver en exemplaire uniforme ».
Le présent exemplaire est l’un des plus homogènes présentés depuis de nombreuses années.
Les deux premières parties sans date, sont publiées chez A. de Sommaville et A. Courbé (première édition collective des cinq livres, de 1632-1633) ; la troisième, non datée aussi, chez N. et J. de La Coste (doit être de 1630) ; la quatrième, de 1632, chez la veuve O. de Varennes (édition collective des trois premières parties) ; la dernière, de 1630, chez Fr. Pomeray (le titre gravé est celui de l'édition de 1628, l'originale de cette dernière partie).
Rassemblées ici elles sont cohérentes entre elles, puisque :
1°) elles ne s'étendent pas sur plus de trois ans.2°) les différents éditeurs y sont souvent associés (ainsi de Pomeray et Varennes, de Courbé et Sommaville), ou constituent une lignée légitime remontant à l'éditeur initial, Toussaint du Bray (c'est le cas de Courbé, Pomeray, Sommaville et Varennes).
Cette édition complète contient la dédicace à Henri IV, lecteur de l'Astrée dès avant sa parution, insérée dans les éditions postérieures à la première de 1610, la préface à Louis XIII qui suivit (tome III), et les deux dédicaces par Balthazar Baro, le continuateur du roman en 1625 à la mort d'Urfé : la première à la reine-mère Marie de Médicis (tome IV) et la seconde à Ambroise Spinola, commandant des armées espagnoles en Hollande (tome V).
« L'Astrée eut un succès prodigieux. La Rochefoucauld, La Fontaine, et d'autres grands esprits s'enthousiasmèrent pour cette œuvre, dont Jean-Jacques Rousseau fut plus d'un siècle après un partisan déclaré. » (De Backer).
L’Astrée, ce fameux roman à succès, modela les pensées et les mœurs des salons précieux du XVIIème siècle.
« L’Astrée venait à son heure. En France, vers 1600, on était las des guerres civiles, et on aspirait à une paix durable. Cette peinture d’une existence douce et tranquille fut accueillie avec enthousiasme. Le succès de L’Astrée fut immédiat. D’ailleurs ses mérites propres la maintinrent en faveur. Les lettrés surent discerner les causes de leur admiration : la clarté et la simplicité élégante du style (P. de Deimier, 1610), la décence des sentiments amoureux (Fancan, 1626), la courtoisie et la politesse des personnages (Mlle de Gournay), l’érudition répandue dans l’œuvre (Chapelain, 1667), la richesse de l’analyse psychologique (Perrault, 1696). Boileau lui-même résistait mal au charme du vieux roman. La Fontaine, qui l’avait dévoré « petit garçon », le relisait encore quand il avait « la barbe grise ».
Par la minutie de l’analyse psychologique, et par le grand nombre de figures qui y sont étudiées ou dessinées, L’Astrée a exercé une influence générale et lointaine sur une génération qui, à partir de 1660 surtout, s’est complue presque exclusivement à la peinture des âmes.L’Astrée a aussi joué un rôle dans le progrès des mœurs. Elle a paru à peu près à l’époque où Mme de Rambouillet organisait sa Chambre bleue, et il n’est pas douteux que la marquise s’est inspirée d’elle.Par L’Astrée, les courtisans ont connu le prix de l’amour honnête, qui se propose autre chose que le plaisir d’un moment, la valeur morale de la fidélité, de la discrétion, du mariage, de la maîtrise que l’on exerce sur les instincts et les passions, de l’empire que l’on donne sur l’âme à la raison et à la volonté, car en plusieurs endroits l’idéal de L’Astrée est déjà celui de Corneille. Ils ont appris à apprécier la correction, l’élégance, la convenance, dans les paroles, le style, les manières ; ils se sont habitués à l’exa...
