Les feuilles d'automne

Hugo, Victor
Paris, Eugène Renduel, 1832.
Prix : 4 500 €

« Ce siècle avait deux ans ».

Rare édition originale de ce chef-d’œuvre de Victor Hugo.

Précieux et bel exemplaire, l’un des rares répertoriés conservé dans sa reliure romantique décorée de l’époque, grand de marges et sans rousseurs.

In-8 de 2 ff., XIII pp., 387 pp. et 2 ff., demi-maroquin vert, dos lisse richement orné, tranches marbrées. Reliure de l’époque.

209 x 135 mm.

Hugo, Victor. Les feuilles d'automne.
Paris, Eugène Renduel, 1832.

Édition originale fort rare tirée à 500 exemplaires seulement en 1832.

« Rare sans mention d’édition » (M. Clouzot). (Cas du présent exemplaire).

« Ouvrage capital parmi les poésies de Victor Hugo, rare » (Carteret).

« Très rare en bel état » (Carteret) - (L’un des beaux exemplaires répertoriés).

Le caractère de ce recueil semble défini par l'auteur lui-même dans sa Préface : « Des feuilles tombées, des feuilles mortes, comme toutes feuilles d'automne. Ce n'est point là de la poésie de tumulte et de bruit ; ce sont des vers sereins et paisibles, des vers comme tout le monde en fait ou en rêve, des vers de la famille, du foyer domestique, de la vie privée : des vers de l'intérieur de l'âme. C'est un regard mélancolique et résigné, jeté çà et là sur ce qui est, surtout sur ce qui a été. C'est l'écho de ces pensées, souvent inexprimables, qu'éveillent confusément dans notre esprit les mille objets de la création qui souffrent ou qui languissent autour de nous : une fleur qui s'en va, une étoile qui tombe, un soleil qui se couche, une église sans toit, une rue pleine d'herbe ; ou l'arrivée imprévue d'un ami de collège presque oublié, quoique toujours aimé dans un repli obscur du cœur ou la contemplation de ces hommes à volonté forte qui brisent le destin ou se font briser par lui ; ou le passage d'un de ces êtres faibles qui ignorent l'avenir, tantôt un enfant, tantôt un roi. Ce sont enfin la vanité des projets et des espérances, l'amour à vingt ans, l'amour à trente ans, ce qu'il y a de triste dans le bonheur, cette infinité de choses douloureuses dont se composent nos années. »
Poésie sentimentale donc, qui suit de près les batailles des premières années du romantisme et qui, compte parmi ses inspirateurs aussi bien Lamartine (à qui il dédie un de ces poèmes) que le Sainte-Beuve de Vie, poésies et pensées de Joseph Delorme. Jamais Victor Hugo n'a été plus heureux dans l'expression, plus tendre et plus vrai que lorsqu'il parle de son enfance. Les grâces, les jeux des enfants, les regrets, les affections familiales n'ont jamais été chantés par ce poète avec autant de pathétique : « Maintenant jeune encore et souvent éprouvé,/ J'ai plus d'un souvenir profondément gravé, /Et l'on peut distinguer bien des choses passées / Dans ces plis de mon front que creusent mes pensées. »

Son chant s'ouvrira donc par cet hémistiche demeuré célèbre : « Ce siècle avait deux ans ! » Ce penchant pour l’épique l'entraîne à rappeler la vie de son père, général du premier Empire, et à revenir sans cesse sur l'épopée napoléonienne. C'est ainsi qu'à la voix moelleuse et tendre de Lamartine répond cette voix ardente et rauque : le légitimiste de 1820 s'apprête à devenir le chantre des grandes convulsions historiques, le poète de la tragédie des peuples. Si la nature continue à faire vibrer son « âme de cristal » mise par Dieu « au centre de tout comme un écho sonore », ce sont les hommes et les événements qui vont donner une nouvelle voix à Victor Hugo. Aussi ce « paisible » recueil s'achève-t-il sur une vision apocalyptique de l'Europe qui frémit encore sous la tyrannie et s'apprête à la révolte (« Et j'ajoute à ma lyre une corde d'airain ! »). Sainte-Beuve jugeait ainsi Les Feuilles d'automne : « Exquis pour les gens du métier, original et essentiel entre les autres productions de l'auteur, le recueil des Feuilles d'automne est aussi en parfaite harmonie avec ce siècle de rénovation confuse. » Le style, le rythme y ont pris toute leur perfection. Le poète est surpassé en aisance et en naturel. Parmi les poèmes devenus célèbres, il faut citer « Prière pour tous », prière qu'un enfant récite devant son père, ce qui permet à celui-ci d'évoquer, avec une immense pitié, les vivants et les morts et de communier avec l'humanité entière.

Précieux et bel exemplaire, l'un des rares répertoriés conservé dans sa reliure romantique décorée de l'époque, grand de marges et sans rousseurs.