Le Devin du village
Edition originale du Devin du village de J.-J. Rousseau paru au temps de la polémique entre « le coin du roi » et « le coin de la reine ».
Exemplaire conservé tel que paru, à toutes marges, non rogné, dans son cartonnage de l’époque.
Paris, 1753.
Grand in-4 de (2) ff. [titre et dédicace] et 95 pp., le tout gravé.
Cartonnage brun orné de l’époque, usures aux angles, coupes et dos. Intéressante reliure de l’époque non restaurée.
325 x 245 mm.
Rousseau, Jean-Jacques. Le Devin du Village, intermède représenté à Fontainebleau devant leurs Majestés les 18 et 24 octobre 1752 et à Paris par l’Académie Royale de musique le 1er mars 1753 par J.-J. Rousseau. Prix 9 th.
Paris, Mr. Leclerc, Imprimé par Montulay.
Edition originale.
Le Devin du village est la première œuvre du répertoire de l’Académie Royale de Musique pour laquelle le texte et la musique sont du même auteur.
Le roi Louis XV aima tellement la pièce qu’il offrit à Rousseau le grand honneur d’une pension à vie, que ce dernier refusa. Cependant, l’opéra est devenu l’un des plus populaires de son époque et lui a apporté à la fois la richesse et la renommée. L’opéra a même été joué au mariage des futurs Louis XVI et Marie-Antoinette et a inspiré Mozart, âgé de douze ans, à composer « Bastien et Bastienne ».
Le Devin du village fut joué à la Cour et obtint un grand succès sans que l’auteur voulût en profiter. C’était le temps de la polémique entre le « coin du roi » qui soutenait Rameau et la musique française et le « coins de la reine » qui soutenait la musique italienne. Rousseau prit parti, avec Grimm, pour les Italiens et publia une Lettre sur la musique française.
Composé en trois semaines au printemps 1752, Le Devin du Village fut représenté avec succès les 18 et 24 octobre 1752, à Fontainebleau, devant le Roi et la Cour, avec Jélyotte (Colin), Marie Fel (Colette) et Cuvilier (le Devin).
Un programme de festivités avait été prévu à l’occasion de la visite de Louise-Élisabeth de France, duchesse de Parme. Jean-Jacques Rousseau a raconté dans le VIIIe Livre de ses Confessions la genèse de l’œuvre. Il était alors en cure aux eaux de Passy, près de la colline de Chaillot, et logé chez un vieil ami genevois, nommé Mussard. Après une soirée consacrée à parler d’opere buffe, Rousseau ne put trouver le sommeil, et fit quelques manières de vers très à la hâte, et y adapta des airs qui lui revinrent en les faisant. Le lendemain, il ne put s’empêcher de montrer ces airs à son ami et à sa gouvernante, Mlle Duvernois. Devant leurs « applaudissements », il se mit sérieusement à la tâche, et, en six jours, le livret fut écrit et la musique esquissée. Rentré à Paris, il n’eut plus qu’à faire un peu de récitatif et tout le remplissage.
Compte tenu de l’insuccès des Muses galantes, qui faisait craindre un nouvel échec, Charles Pinot Duclos, secrétaire perpétuel de l’Académie française, protecteur de Rousseau et dédicataire du Devin du village, se chargea de la faire jouer à l’Opéra de façon anonyme.
Elle fut ainsi exécutée par l’orchestre de l’Opéra sous la direction de Rebel et Francoeur, sans que le nom de l’auteur soit connu.
Tous ceux qui l’entendirent en étaient enchantés, au point que dès le lendemain, dans toutes les sociétés, on ne parlait d’autre chose. M. de Cury, intendant des Menus plaisirs, qui avait assisté à la répétition, demanda l’ouvrage pour être donné à la cour. Rousseau alla ainsi à Fontainebleau assister à la dernière répétition.
Lors de la première représentation, devant le Roi et Mme de Pompadour, Rousseau, par provocation, se présenta dans le même équipage négligé qui lui était ordinaire : grande barbe, et perruque mal peignée.
Dès les premiers accords, l’assistance fut conquise, et l’audition n’était qu’à peine troublée par un chuchotement de femmes…belles comme des anges, s’entredisant à mi-voix : Cela est charmant, cela est ravissant, il n’y a pas un son là qui ne parle au coeur…
Rare et intéressant exemplaire conservé tel que paru, à toutes marges, non rogné, dans son cartonnage d’éditeur.







