Œuvres diverses d'un auteur de sept ans.

Racine, Jean. Duc du Maine, Louis-Auguste de Bourbon.
Prix : 17 500 €

L’édition originale de pièces en vers de Jean Racine (1639-1699) imprimée en 1678 à 8 exemplaires

avec envoi autographe de Madame de Montespan (1640-1707) calligraphié à l’encre : « Madame De Montespan À mademoiselle de Langeron » (fille de sa dame d’honneur)

Provenance : Duc du Maine (1670-1736) ; Madame de Montespan (1640-1707) ; Mademoiselle de Langeron ; Pierre Adolphe du Cambout, Marquis de Coislin (1801-1873).

Superbe exemplaire en maroquin armorié doublé de maroquin.

Paris, Presse privée, 1678.

In-4 de 10 ff. lim., 31 pp. chiffr. 5-35, 1 f. blanc et 87 pp. chiffr. 3-89.

Maroquin rouge, armes dorées au centre des plats, chiffre couronné aux angles, dos à nerfs orné de fers dorés, doublure de maroquin citron à large encadrement polylobé avec fleurs dorées, roulette intérieure, tranches dorées. Niédrée, 1846.

227 x 167 mm.

Racine, Jean (1639-1699). Duc du Maine, Louis-Auguste de Bourbon. Œuvres diverses d’un auteur de sept ans.

S.l.n.d. (Paris, 1678).

« Célèbre édition originale dédicacée à madame de Montespan « publiée à 8 exemplaires par les soins de Madame de Maintenon, aidée par Racine, pour les étrennes de Madame de Montespan » (Edouard Rahir. La Bibliothèque de l’amateur, in « Livres tirés à un petit nombre d’exemplaires », p. 276).

« Ce volume qui renferme diverses lettres, réflexions morales, extraits historiques et autres petits écrits du duc de Maine, fut imprimé pour être présenté à Mme de Montespan, mère du duc, le 1er janvier de l’année 1679. Le jeune prince n’avait pas encore huit ans lorsque le volume fut publié par les soins de Mme de Maintenon, sa gouvernante et de M. de Ragois son précepteur.

Parmi les ff. lim. se trouvent diverses épîtres et pièces de vers composés par Racine. Les lettres sont adressées au Roi à la Reine, à Mme de Montespan, à Mlle de Villette, à Mlle de Thianges, etc. Elles sont signées Le Mignon, ou Votre Amant.

Ce volume n’a été imprimé qu’à quelques exemplaires. » (Edouard Rahir).

Les épîtres et pièces de vers de Jean Racine constituent la plus rare originale de Jean Racine de l’histoire bibliophilique.

Louis-Auguste de Bourbon, duc du Maine, fils de Louis XIV et de Madame de Montespan, naquit à Versailles le 30 mars 1670 et fut légitimé le 29 décembre 1673. Il fut le fils préféré de Louis XIV.

Madame de Staal a dressé le portrait suivant :

« Ce prince, dit-elle, avait l’esprit éclairé, fin et cultivé ; toutes les connaissances d’usage, spécialement celles du monde, au souverain degré ; un caractère noble et sérieux. La religion peut-être plus que la nature avait mis en lui toutes les vertus, et le rendait fidèle à les pratiquer. Son goût le portait à la retraite, à l’étude et au travail. Doué de tout ce qui rend aimable dans la société, il ne s’y prêtait qu’avec répugnance. On l’y voyait pourtant gai, facile, complaisant et toujours égal. Sa conversation, solide et enjouée, était remplie d’agréments, d’un tour aisé et léger ; ses récits amusants, ses manières noblement familières et polies, son air assez ouvert : le fond de son cœur ne se découvrait pas, la défiance en défendait l’entrée, et peu de sentiments faisaient effort pour en sortir. »

Madame de Maintenon, pour se rendre agréable au roi, fit imprimer les lettres et les thèmes du duc du Maine sous ce titre : Œuvres diverses d’un auteur de sept ans (1678), in-4. Ce volume, publié par Madame de Maintenon, mais tiré à un petit nombre d’exemplaires pour des présents, fut remarqué à cause de l’épître dédicatoire où le roi et la favorite sont loués finement et sans bassesse. Dans le temps, on attribuait cette pièce à Madame de Maintenon, mais on sait qu’elle est de Racine. Le duc du Maine cultivait réellement les lettres par goût : après la mort du grand Corneille, il s’était mis sur les rangs pour lui succéder à l’Académie française ; mais le roi lui refusa son consentement à cause de sa jeunesse.

Précédant les textes du duc du Maine, le livre s’ouvre par une épître dédicatoire à Madame de Montespan et quatre madrigaux ; d’après Charles Nodier, l’épître et le deuxième madrigal sont de la main de Racine (Nodier possédait l’exemplaire de Racine, qui avait signé les pièces qu’il avait rédigées) : Quel est cet Apollon nouveau, / Qui presque au sortir du berceau / Vient regner sur notre Parnasse ? – Qu’il est brillant ! / Qu’il a de grace ! / Du plus grand des Heros je reconnois le Fils. / Il est déjà tout plein de l’espritde son Pere / Et le feu des yeux de sa Mere / A passé jusqu’en ses écrits. La première rencontre de Racine et de Madame de Maintenon – elle était alors Madame Scarron – avait eu lieu le 12 janvier 1675 au cours d’une petite cérémonie d’étrennes au duc du Maine : Madame de Thianges lui avait offert une chambre entièrement dorée ! La deuxième rencontre se situe quatre ans plus tard ; cette fois-ci, c’est Madame de Maintenon qui a organisé la fête au cours de laquelle le jeune duc offre en étrennes à sa mère l’ouvrage que nous décrivons. Racine, proche de Madame de Montespan, avait sûrement été recommandé pour écrire l’épître de présentation qui introduit le livre. Cette première collaboration rapprocha la gouvernante et le poète ; elle ne manquera pas de faire appel à lui, onze ans plus tard, lorsqu’elle cherchera un auteur dramatique pour écrire une tragédie adaptée aux demoiselles de Saint-Cyr.

Les 9 feuillets liminaires contiennent la fameuse dédicace de Racine à Madame de Montespan :

« Voicy le plus jeune des Auteurs qui vient vous demander vostre protection pour ses Ouvrages. Il auroit bien voulu attendre pour les mettre au jour qu’il eust huit ans accomplis. Mais il a eu peur qu’on ne le soupçonnast d’ingratitude, s’il estoit plus de sept ans au monde sans vous donner des marques publiques de sa reconnoissance… »

La première partie, chiffrée 5 à 35 est composée de synthèses et d’extraits faits par le duc du Maine d’après ses lectures, la seconde partie, chiffrée 3 à 89, comprend notamment cinq lettres adressées à Louis XIV, son père et 33 lettres, émouvantes, évoquant souvent Madame de Maintenon, adressées à Madame de Montespan.

« AU ROY.

I’ay esté jaloux, SIRE, de la

Lettre que vous fait l’hon-

neur d’écrire à Madame de Main-

tenon, car je fuis fi tendre aux mar-

ques de voftre amitié, que je ne

puis fouffrir que vous en donniez

à d’autres, ce que la belle Madame

me mande m’excitera encore à foû-

tenir la reputation que je me flatte

d’avoir, n’ayant rien de plus pre-

cieux au monde que de plaire à

voftre Majefté. »

Exemplaire relié en maroquin doublé aux armes et chiffres couronnés de Pierre–Adolphe du Cambout,marquis de Coislin (1801-1873).

« Il possédait une bibliothèque formée avec goût et dont il faisait relier les livres en maroquin à ses armes avec son chiffre aux angles ». (O.H.R ; fer n° 619).

Précieux exemplaire unique offert par Mme de Montespan à Mlle de Langeron, fille d’une de ses dames d’honneur avec envoi autographe calligraphié à l’encre: « Madame de Montespan à Mademoiselle de Langeron»et une annotation manuscrite à l’encre au verso du dernier feuillet de la main du jeune Duc du Maine adressée à Mlle de Langeron : « Je vois bien mademoiselle / que vous aves antierement oubliée le plus [?] Dans la foule de ses bons pères / un jeune nource Augustin / aprochant de près des bergères / il fut mordu par leur matin ».

L’ouvrage est dédié à Mme de Montespan, sa mère. « Voici le plus jeune des Auteurs qui vient vous demander vostre protection pour ses ouvrages. Il aurait bien voulu attendre pour les mettre au jour qu’il eust huit ans accomplis. Mais il a eu peur qu’on ne le soupçonnât d’ingratitude, s’il estoit plus de sept ans au monde sans vous donner des marques publiques de sa reconnaissance. » (Épître dédicatoire).

L’épître, longtemps attribué à Mme de Maintenon, est en réalité de Racine (Œuvres complètes, Paris, Hachette, 1867, tome III, p. 5).

Précieux et remarquable volume relié en maroquin doublé de maroquin aux armes du Marquis de Cambourg (armes : Manuscrits et imprimés composant la bibliothèque du Marquis de C***, Paris, Potier, 1847, n° 70).

Provenance : Duc du Maine, Madame de Montespan, Mademoiselle de Langeron, Marquis de Coislin (catalogue de sa vente, n° 393).

Nodier, Mélange d'une petite bibliothèque, Paris, Crapelet, 1829, p. 327 ("Tout le monde sait que ce livre, qui contient quelques travaux scolastiques et quelques lettres du duc du Maine, a été imprimé par les soins de madame de Maintenon, sa gouvernante, et de M. le Ragois, son précepteur, à un très petit nombre d'exemplaires qui n'excède, dit-on, pas sept ou huit").