Fables
Très bel exemplaire de l’édition originale des Fables de La Fontaine. « Elle est rare et très recherchée » (Rochebilière). De la bibliothèque Cécile Eluard.
In-4 de (28) ff., 284 pp., (1) f., (1) f. bl.
Maroquin vert, large dentelle dorée encadrant les plats, dos à nerfs orné, double filet or sur les coupes, dentelle intérieure dorée, tranches dorées sur marbrures. Reliure de Trautz-Bauzonnet.
232 x 171 mm.
La Fontaine, Jean de. Fables choisies, mises en vers par M. de La Fontaine.
Paris, Claude Barbin, 1668.
« Édition originale des Fables de La Fontaine donnée par La Fontaine lui-même, contenant les six premiers livres. Elle est rare et fort recherchée » (Claudin, n°164).
Tchemerzine, III, 865-866 ; Brunet, III, 750 ; En Français dans le texte, n°105.
Édition originale des six premiers livres des Fables de La Fontaine, riche de 124 fables.
« Il y a une philosophie de La Fontaine : il connaît l'œuvre de Descartes, sans y adhérer totalement, il connaît aussi les philosophes « libertins » et il n'ignore pas l'épicurisme rénové par Gassendi. Mais il est à la fois conformiste et progressiste : il est partisan du progrès des sciences. Dans l'ensemble, cependant, le pessimisme domine : les travers qu'il croque, il les traite comme si leur correction était, en fin de compte, une entreprise sans cesse à reprendre : il ne semble guère croire au progrès de l’homme. Cela se manifeste notamment dès qu’il est question d'amour-propre ou, tout court, d'amour. Mais, assurant la synthèse de ses recherches stylistiques et transcendant son pessimisme, le La Fontaine qui dessine son image dans les Fables est avant tout un poète d'humour. Le rire y est partout présent, fut-ce dans les sujets les plus graves, et le comique multiforme. Les romantiques ont peu apprécié cette morale de la dérision de tout, depuis le précurseur Rousseau, qui dans L'Émile interdit la lecture des Fables, jusqu'à Lamartine qui y voyait une morale égoïste. C'est que le rire y nimbe même les émotions, met à distance tous les sujets comme tous les objets. Et il est certain que l'usage scolaire qui a longtemps été fait des Fables, données à apprendre aux jeunes écoliers comme « récitations » en même temps que leçons de morale en obviait et minimisait les significations. La conservation scolaire des Fables s’est fondée en partie sur un malentendu, mais la consécration et la conservation générale de cette œuvre reposent, bien plus solidement sur les multiples strates de sens dont elle se compose, et qui sollicitent et solliciteront encore lectures et interprétations » (A.Vi).
Cette édition originale avait été composée pour le Dauphin, fils de Louis XIV (dont les armes ornent la page de titre). Le fabuliste s’y montre fidèle à l’esprit de ses modèles, Esope et Phèdre, qu’il se contente d’égayer par des traits nouveaux ou familiers, mais Les Fables de 1668 marquent une date capitale dans l’histoire du genre… dès l’Antiquité, l’apologue était passé de la prose grecque… aux vers latins… il appartient à La Fontaine de l’avoir annexé véritablement à la poésie… (En Français dans le texte).
L’édition est illustrée de 118 eaux-fortes signées François Chauveau et de bandeaux, lettrines et culs-de-lampe gravés sur bois.
Brunet fut l’un des premiers bibliographes à souligner l’extrême rareté des exemplaires conservés dans leur première reliure, « les Fables de La Fontaine étant passées entre les mains des enfants ».
Jules Le Petit et Brunet ne signalent d’ailleurs que des exemplaires reliés au XIXe siècle, ceux reliés comme le présent exemplaire par Trautz-Bauzonnet atteignant les plus fortes enchères : Répertoire Morgand et Fatout (1878), mar r. par Trautz, 3 400 Fr. Or ; Vente Guy Pellion (1882), mar. r. doublé de mar. bl. par Trautz 3 600 Fr Or ; Vente J. Renard (1881), mar. r. par Capé, 1 400 Fr. Or ; en maroquin de Duru 495 Fr Or Chedeau.
3 600 Fr Or et 3 400 Fr Or relié par Trautz-Bauzonnet en 1882 et 1878 ; 1 400 Fr Or relié par Capé en 1881 ; 495 Fr Or relié par Duru sont des prix considérables rapportés aux 10 F Or qui marquent à cette époque l’entrée des livres dans le domaine de la haute bibliophilie.
Précieux et bel exemplaire revêtu d’une superbe reliure de Trautz-Bauzonnet en maroquin vert orné d’une luxueuse dentelle dorée. Il possède en outre les deux corrections à l’encre de l’époque aux feuillets H1R (le mot « pas », barré, il sera remplacé par « plus ») et Y4v (le mot « Bien » biffé), présentes dans quelques exemplaires.
Le dernier exemplaire passé sur le marché relié en simple vélin de l’époque, fut vendu il y a 11 ans 325 000 € (le 20 juin 2006 chez Pierre Bergé – Livre du Cabinet Bérès, 20 juin 2006, n°46). Il possédait une seule correction manuscrite contemporaine à la page 176 ; le mot « bien » a été barré à la dixième ligne à partir du bas et il a, en effet, été supprimé dans les éditions suivantes.
Quant au dernier exemplaire passé sur le marché public relié par Trautz-Bauzonnet, il fut adjugé 75 400 € il y a 8 ans (ref. Christie’s, 25 juin 2009), au cœur de la crise financière des subprimes.
De la bibliothèque Cécile Eluard.





