Les Prophécies de Merlin

Précieuse édition illustrée post-incunable des Prophéties de Merlin imprimée à Rouen en 1507 dont Bechtel décrit l’édition mais ne connaît aucun autre exemplaire passé sur le marché depuis plus d’un demi-siècle. 
Bel exemplaire, le seul décrit par Bechtel (M-250), provenant des bibliothèques Rothschild 488 ; Horace de Landau (ex-libris) ; Silvain S. Brunschwig (ex-libris, vente Rausch, 28 mars 1955) ; Georges Petit de Grandvoir.

In-4 de (6) ff. et 132 ff. à 2 colonnes (aa6, aa-dd4, ee8, ff-hh4, i8, kk-mm4, nn8, oo-qq4, rr-ss8, ss4, oo-xx8). Au titre du volume, marque de R. Macé avec bandeau. A la fin, bois du Couronnement de la Vierge, puis armes de Rouen. Matériel (bois du Maître et l’élève, ainsi que bandeaux) appartenant aux succ. Bernard Auzoult.

Maroquin rouge, double encadrement de filets à froid et dorés, dos à nerfs orné, filet or sur les coupes, contreplats ornés de même, tranches dorées. F. Bedford.

179 x 130 mm.

Les Prophécies de Merlin.

Rouen, Richard Macé. (1507).

Rarissime édition illustrée post-incunable desProphéties de Merlin l’enchanteur imprimée à Rouen en 1507 dont Bechtel décrit l’édition mais ne connaît aucun autre exemplaire passé sur le marché depuis plus d’un demi-siècle.

Le personnage de Merlin a connu une fortune presque égale à celle d’Arthur dans la littérature du Moyen Âge. Son nom apparaît pour la première fois dans la Prophetia Merlini de Geoffroi de Monmouth (1134), mais sa légende remonte plus loin. Il n’est pas impossible qu’avant cette date il y a avait eu quelque tradition populaire galloise sur un barde ou un chef de clan nommé Myrrdin, tradition peut-être liée à la ville de Kaermerdin (Carmathen). Un personnage du nom d’Ambrosius qui paraît dans l’Historia Britonum (viiiè – ixè), né sans père et qui prononce une prophétie sur l’avenir des Bretons devant Wortegirn, préfigure Merlin. C’est en tout cas Geoffroi qui le nomme ainsi (Merlinus qui et Ambrosius dicebatur) en 1134 et fait de lui, en tant que prophète, un des acteurs de l’histoire bretonne.

Il enrichit son existence d’épisodes nouveaux dans l’Historia Regum Brintanniae où il est le conseiller des rois Aurélius et Uter. Enfin, le même Geoffroi illustre dans sa Vita Merlini (1148) la puissance divinatrice de Merlin, représentée comme un homme des bois, époux de Guendeloena ; il révèle au roi Rodarch l’infidélité de sa femme Ganieda.

Dès le XIIe siècle, l’historiographie et la polémique assureront la vogue de Merlin considéré comme le symbole de l’espoir breton : il est accueilli par les littératures galloise, écossaise, anglaise, puis sur le continent, et jusqu’en Italie. Les Prophéties de Merlin de Maître Richard d’Irlande, vers 1276, sont en réalité l’œuvre d’un Vénitien, probablement franciscain.

La carrière de Merlin dans la littérature française s’ouvre avec le Merlin de Robert de Boron, dont il ne nous reste que les 502 premiers vers, mais nous possédons la translation en prose, en entier. L’auteur y poursuit l’histoire du Graal dont il avait conté les antécédents lointains dans son Joseph. Robert raconte la naissance merveilleuse de Merlin, né d’une vierge et d’un incube, le secours qu’il apporte à sa mère condamnée à mourir, les réponses qu’il fait à Vertigier qui a envoyé ses messagers à la recherche de l’enfant sans père pour l’interroger sur sa tour qui s’écroule, son aide à Pendragon et à Uter, le transport des pierres de Salesbières érigées en l’honneur de Pendragon tué à la bataille. Mais surtout Merlin favorise les amours d’Igerne et d’Uter, d’où naîtra le roi Arthur ; et il fait fonder la Table Ronde, exacte réplique de la Table du Graal, elle-même faite à l’image de la table de la Cène. En annonçant à Uter que le siège périlleux de la Table Ronde ne sera rempli qu’au temps de son successeur, dont il assure l’accès au trône, Merlin devient le promoteur de la gloire et de la grandeur arthuriennes.

Au reste, il n’est plus seulement le prophète, mais aussi l’enchanteur, un mystificateur qui aime mettre à l’épreuve aussi bien ses royaux amis que le premier venu. Sa science du passé et de l’avenir, qu’il tient de sa double origine, diabolique et chrétienne, fait de lui un joyeux compagnon, inquiétant parfois par ses métamorphoses et son rire magique. Fabliau par certains côtés, chronique par d’autres, œuvre édifiante par les sermons qui y sont disséminés, le Merlin du pseudo-Robert de Boron est l’Évangile du Graal et l’annonce d’Arthur. Il appelle un troisième roman où se réaliseront les prophéties sur la Table Ronde : un Perceval (le Didot-Perceval) vient achever la trilogie du pseudo-Robert de Boron ; Merlin y parle en prophète, mais n’est plus au premier plan.

Quand le grand cycle du Lancelot-Graal s’est constitué, Merlin devait naturellement conserver la place qu’il avait dans le cycle précédent : il assurait la liaison entre les origines du Graal et le Lancelot propre qui place le lecteur à la période brillante du roi Arthur et de ses chevaliers. Mais son texte fut retouché pour s’harmoniser au nouvel ensemble. Dans les autres parties du corpus, Merlin n’a qu’une importance très épisodique, bien que Passim son rôle de prophète soit rappelé : il apprend à Morgue ses enchantements, il tombe amoureux de Viviane qui, ayant appris de lui ses secrets, l’enferme à jamais dans une cave de la forêt de Darnantes. Merlin a reçu une double suite, car il fallait combler la lacune temporelle qui sépare l’avènement d’Arthur de son apogée : la Suite-Vulgate met notre personnage constamment en scène. La Suite-Huth le présente comme un prophète, mais aussi comme un interprète de songes. C’est sous des traits analogues qu’on le retrouve dans le Livre d’Artus, addition tardive au cycle, et dans le Tristan en prose, où il joue auprès de Tristan le même rôle qu’il jouait ailleurs auprès d’Arthur. Dans les romans en vers du XIIIe siècle, le magicien a effacé de plus en plus le prophète. Il est impossible de citer toutes les œuvres où il est mentionné.

Formant le troisième volet du « Roman de Merlin » composé par Elie et Robert de Boron au début du XIIIe siècle, ce recueil des Prophéties de Merlin forme cependant un tout complet en lui-même et se trouve très souvent séparé.

Rarissime édition de 1507 en gothique de 37 lignes à la page sur deux colonnes, ornée de la marque de Richard Macé au titre, encadrée de plusieurs bandeaux, rouges et noirs, ornés de motifs végétaux et animaux, de nombreuses lettrines construites ou ornées de végétaux, animaux et de figures humaines, tous gravés sur bois. L’ouvrage se clôt sur un poème de vingt-huit vers, enrichi de deux gravures : Le couronnement de la Vierge et les armoiries de la ville de Rouen.

Bel exemplaire, le seul décrit par Bechtel (M. 250), relié en maroquin rouge de Bedford, provenant des bibliothèques Rothschild 488 ; Horace de Landau (ex-libris), Silvain S. Brunschwig ex‑libris (vente Rausch, 28 mars 1955) ; Georges Petit de Grandvoir.

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