Recueil des pièces mises au Théâtre François

Le Sage, Alain René
Paris, Jacques Barois Fils, 1739. Avec Approbation & Privilège du Roy.
Prix : 12 500 €

Édition originale très rare du théâtre de Le Sage.

Précieux exemplaire relié en maroquin rouge aux armes de la Comtesse de Provence (1753-1810).

2 volumes in-12, plein maroquin rouge, triple filet doré autour des plats, armes poussées au centre des plats, triple filet doré en encadrement, dos à nerfs orné de fers dorés, pièces de titre et de tomaison de maroquin olive, tranches dorées. Reliure de l’époque.

163 x 96 mm.

Le Sage. Recueil des pièces mises au Théâtre François Par M. le Sage. 
Paris, Jacques Barois Fils, 1739. Avec Approbation & Privilège du Roy.

Édition originale de la plus grande rareté.

Elle était ainsi décrite dans le catalogue James de Rothschild, n° 1300 : « Première édition de ce recueil. Tome premier : 2 ff. et 420 pp. Ce volume contient : Le Traitre puni, comédie imitée de l'espagnol de Don Francisco de Rojas (La Traicion busca el castigo) ; Don Felix de Mendoce, comédie imitée de Don Lope de Vega Carpio (Guardar y Guardar se) ; Le Point d'honneur comédie imitée de Don Francisco de Rojas, (No ay amigo para amigo) et La Tontine comédie en un acte. Tome second : 2 ff, 389 pp. et 1 f. pour le Privilège - Ce volume contient : D. Cesar Ursin, comédie imitée de Don Pedro Calderon De La Barca (Peor esta que estava) ; Crispin rival de son maistre, comédie, Turcaret, comédie ; Critique de la comédie de Turcaret, par le Diable boiteux, dialogue divisé en deux parties. Le privilège, daté du 22 août 1738, est accordé pour neuf ans à Le Sage, qui déclare céder son droit à Jacques Barois fils. Exemplaire de M. E. QUENTIN-BAUCHART (Mes Livres, n° 128). Haut : 163 mm. ». Le présent exemplaire mesure aussi 163 mm.

Lagarde et Michard analysent ainsi le Théâtre de Le Sage : « Son théâtre. Le Sage traduit d'abord des pièces espagnoles ; puis il donne au Théâtre-Français Crispin rival de son maître en 1707, Turcaret en 1709 et La Tontine en 1732 (le mot désigne une association financière). Enfin, de 1712 à 1735, il écrit une centaine de pièces pour le Théâtre de la Foire.

La satire des moeurs. Turcaret marque une date dans l'histoire de notre théâtre : jamais la comédie de mœurs n'avait été traitée avec autant de réalisme satirique. Le Sage doit beaucoup à Molière et, s'il n'a pas son génie, dans cette direction particulière il le dépasse. Reprenant les attaques de La Bruyère contre les financiers (XVIIe Siècle, P. 414-417), il fait preuve d'une lucidité impitoyable. Ancien laquais enrichi à force de spéculations louches et d'escroqueries, sot et suffisant, Turcaret se montre mauvais mari, mauvais frère, cœur sans pitié et amant ridicule : portrait-charge sans doute, mais d'une terrible vérité. Il évolue dans un monde corrompu : la Baronne ne connaît aucun scrupule ; le Chevalier, Lisette et Frontin rivalisent à qui sera le plus fripon. On est frappé de la courageuse audace de l'auteur, si l'on songe que la pièce a été donnée aux plus mauvaises heures de la guerre de Succession d'Espagne, à un moment où les exactions des financiers et l'insolence de leur luxe étaient particulièrement odieuses au peuple réduit à la misère.

Un comique assez amer. Un tel sujet, traité avec tant d'âpreté, ne pouvait faire naître un rire vraiment joyeux. Certes Le Sage a su égayer sa pièce : comme la victime n'est pas à plaindre, la rouerie de la Baronne, la friponnerie de Crispin nous amusent ; Turcaret n'est pas seulement odieux: il est ridicule par sa naïveté à l'égard de la Baronne, par le contraste entre sa sottise et sa vaniteuse assurance de parvenu (cf. P. 40). Mais la scène de Turcaret avec M. Rafle ne prête point à rire (p. 42) ; et surtout, trait caractéristique du siècle, l'ironie qui trahit une intervention de l'auteur tend à supplanter le comique issu des personnages eux-mêmes. » (Lagarde et Michard).

Précieux et bel exemplaire relié en maroquin rouge aux armes de la Comtesse de Provence (1753-1810).

« Marie-Joséphine-Louise-Bénédicte de Savoie, seconde fille de Victor-Amédée III, duc de Savoie et roi de Sardaigne, et de Marie-Antoinette-Ferdinande, infante d’Espagne, née à Turin le 2 septembre 1753, épousa le 14 mai 1771 Louis-Stanislas-Xavier, comte de Provence, plus tard Louis XVIII, dont elle n’eut pas d’enfant. Elle prit en émigration le titre de comtesse de Lille et mourut à Hartwell, en Angleterre, le 13 novembre 1810. »