Le Rommant de la Rose.
Unique exemplaire répertorié en reliure ancienne du premier tirage de l’édition Guillaume Le Roy du Roman de la Rose imprimé à Lyon en 1486 orné ici de 48 gravures sur bois.
De la bibliothèque Pierre Pupil Président du baillage du Bourg-Argental.
Lyon, ̴ 1486.
In-folio de 93 ff. sur 150 ff. avec 48 (sur 92) gravures sur bois.
Veau brun, filet à froid encadrant les plats, dos à nerfs orné de filets et fleurons dorés, pièces de titre en maroquin citron, tranches rouges. Reliure vers l’année 1650.
269 x 198 mm.
Lorris, Guillaume de – Meung, Jean de. Le Rommant de la Rose.
[Lyon], [Guillaume Le Roy], (1486).
Cy cōmance le rōmant de la rose Ou tout lart damours est enclose [m]Aintes gens dient que en songes Ne sont que fables et mensonges… (150 r° :) Cest la fin du rōmant de la rose Ou tout lart damours est enclose.
Première édition incunable duRoman de la Rose dotée d’un titre et unique exemplaire répertorié de premier tirage de la troisième édition générale, imprimée à Lyon, par Guillaume Le Roy, en 1486.
BMC, VIII, 367; Bechtel, Catalogue des gothiques français, p. 355, G-368 ; Francis William Bourdillon, The Early Editions of The Roman de la Rose, Genève, 1974, p. 39 ; Copinger, 5157 ; Proctor, 8518 ; Brunet III, 1170, ; Claudin, III, 96 ; Tchemerzine, VII, 231 ; Rothschild, 1(1884), 435 ; Fairfax Murray, I, 323 ; Stillwell, R 300 ; Polain (B), 3398 ; Goff R-309.
Unique exemplaire répertorié du tout premier tirage de l’édition Guillaume Le Roy de 1486 du Rommant de la Rose comprenant ici 186 pages et 48 gravures sur bois dont 47 de la largeur d’une colonne et une de la largeur de deux colonnes. Ce premier tirage ou essai de première édition se distingue du second tirage par une mise en page différente et un nombre de ligne à la page variant de 38 à 41 ; le second tirage bien connu de 1487 possédant 41 lignes à la page du premier au dernier feuillet.
Jean-Paul Barbier soupçonnait l’existence de ces deux tirages pour cette édition incunable célèbre mais n’ayant jamais vu le premier, il se contentait de mentionner sa probable existence sans décrire ses spécificités.
A propos du second tirage de 1487 qu’il possédait, il écrivait ceci : « Précieuse et célèbre édition incunable que l'on considère aujourd'hui comme la troisième, et la première qui soit dotée d'un titre. Elle est décrite dans de nombreux ouvrages, notamment celui de Le Petit comme l'édition princeps.
Aujourd'hui (voir Bourdillon, The Early Editions of the Roman de la Rose, London 1906, pp. 21 et 39), il est admis que la première édition est celle donnée à Lyon vers 1481 par Ortuin et Schenck et la deuxième, celle qu'imprima Jehan Syber, également à Lyon, vers 1485. La nôtre est datée de 1486 ou 1487 suivant les auteurs, qui sont unanimes pour l'attribuer au fameux Guillaume Le Roy.
Ce dernier utilisa des caractères semblables, non pour le Doctrinal de Sapience, mais pour le Fier-à -Bras du 20 janvier 1486. Il est curieux de constater que la bordure de la première page de texte (voir reproduction) se trouvait déjà dans l'édition antérieure de Ortuin et Schenck, qui a été copiée par Le Roy.
Il est possible qu'il y ait deux tirages de cette édition ; en effet certains exemplaires ont un titre ainsi orthographié : Le Romaut de la rose…
Le Roman de la Rose, commencé par un véritable et délicat poète, Guillaume de Lorris fut complété par Jean Clopinel, dit « de Meung », un savant érudit, dont les diatribes contre les femmes devaient susciter une querelle dont les dernières secousses se feront encore sentir en pleine Renaissance » (J.-P Barbier)
Le Roman de La Rose fut imprimé pendant soixante ans, au tournant des XVe et XVIe siècle. Bourdillon recense vingt-et-une éditions entre 1481 et 1538. Il est remarquable que le Roman de la Rose fut dès son origine illustré. Les trois premières éditions, incunables et illustrées, du Roman de la Rose, sont toutes trois très rares. Elles sont très majoritairement conservées dans les plus prestigieuses institutions publiques. Les quelques exemplaires restés en mains privées ont appartenu aux plus grandes collections. En trente ans, on ne compte que trois exemplaires proposés à la vente : un exemplaire de l’édition originale, incomplet (Albert Natural, 28 avril 1999), un exemplaire de la seconde édition (Paris, 13 mai 1987) et un exemplaire de cette édition Le Roy (Otto Schäfer, New York, III, 1er novembre 1995, n° 147) mais de second tirage. Le difficile classement de ces trois éditions réside dans l’absence de nom d’imprimeur et de date d’impression sur la page de titre ou au colophon.
Cet exemplaire-ci de l'édition, dite “édition Le Roy” de premier tirage semble être le seul répertorié.
“This famous edition has been frequently taken for the first edition of the Roman de la Rose. It is the one mentioned first by Brunet... This is the first edition with a title-page”.
Le Roman de la Rose fut imprimé pour la première fois à Genève vers 1481, par Jean Croquet. On en connait seulement une douzaine d’exemplaires dans les Institutions publiques et un ou deux en mains privées. L’un de ces exemplaires figurait dans cette même vente d’Ambroise Firmin Didot (1878) qui proposait donc deux exemplaires incunables du Roman de la Rose. On remarque que l’exemplaire de l’édition originale (exemplaire La Vallière, sous le numéro 126) était proposé un numéro après le nôtre, l’ordre des éditions étant alors mal connu.
La deuxième édition du Roman de la Rose (Lyon, Jean Syber, vers 1485) est connue à seulement six exemplaires, probablement tous incomplets. Elle est quasiment identique à la troisième : même nombre de lignes sur deux colonnes et mêmes illustrations.
La troisième édition de second tirage, dite “édition Le Roy”, est connue, d’après ISTC, à 17 exemplaires dont plusieurs fragments, très majoritairement conservés dans des Institutions publiques : à la Bibliothèque nationale de France (deux exemplaires dont celui de l’ancienne collection James de Rothschild), au Musée Condé, à la bibliothèque municipale de Lyon (incomplet), à la bibliothèque des Beaux-Arts de Paris (incomplet), à la bibliothèque municipale d’Angoulême, à la British Library, à la National Library of Wales Aberystwyth, à la Bodmer, à Liège (très incomplet), à Turin (incomplet), à la Bodleian, à la Pierpont Morgan, et à la Library of Congress. En mains privées, on recense :
L’exemplaire Otto Schäfer relié par Trautz-Bauzonnet ainsi que les exemplaires cités par Bechtel : l’exemplaire de Jean-Paul Barbier, en reliure de Semet et Plumelle (11 mars 1974, n° 40), et un autre proposé à la vente, à Paris, le 28 mars 1977. Enfin, Bourdillon cite son propre exemplaire (exemplaire Buddington), et l’exemplaire Didot, dont il affirme qu’il est l’un des plus chers qui se soit vendu à l’époque : “Though somewhat less rare than either of the two preceding editions, the Le Roy Folio has been probably the most eagerly sought after of all the early-printed editions, and high prices have been paid for fine copies. Thus the copy in the Didot sale, 1878, n° 125, with title, fetches 5.500 francs”
(Bourdillon, p. 39).
Les exemplaires du Roman de la Rose, en édition incunable, encore en mains privées, sont donc très rares. Ils constituent le fleuron liminaire de toute collection de livres précieux.
Cet exemplaire-ci confirme cette règle.
Les éditions qui suivirent furent également illustrées. Après 1538, ce chef-d’œuvre du Moyen Âge cessa d’être édité pendant deux cent ans, jusqu’en 1735. Pour situer l’ancienneté de ces premières éditions incunables, on peut rappeler que le premier livre imprimé en français fut La Légende dorée, à Lyon, par Barthélémy Buyer, en 1476. Le Grand Testament de Villon, la Belle Dame sans merci et Les Faits d’Alain Chartier ont tous trois été imprimés en 1489.
Une autre spécificité du second tirage de l’édition de Guillaume Le Roy est décrite ainsi par J. P. Barbier : « - f. k3 r° : dans cette page se trouvent les vers relatifs à la continuation par Jean de Meung de l’œuvre de Guillaume de Lorris (au feuillet k3 recto) :
Car quand Guillaume cessera
Jehan si le continuera
Après sa mort que ie ne mente
Ans trespasses plus de quarente… »
Dans notre premier tirage, le quatrième vers ci-dessus est imprimé au verso du feuillet k3.
Exceptionnel et très riche ensemble de 186 pages du tout premier tirage de l’édition de Guillaume le Roy imprimée en 1486, ici relié dès l’année 1650.
Ce premier tirage a jusqu’ici échappé à la sagacité de l’ensemble des bibliographes, phénomène exceptionnel pour un texte de cette importance.
Les exemplaires de second tirage, beaucoup plus communs, sont dans leur immense majorité revêtus de reliures XIXè siècle et composés de plusieurs exemplaires incomplets à l’origine.
De la bibliothèque Pierre Pupil Président du Baillage du Bourg-Argental avec ex-libris armorié.





