Lettres d'une péruvienne
« Le premier roman épistolaire de la littérature française écrit par une femme », ici relié pour la reine Marie-Antoinette qui connaissait Madame de Graffigny depuis l’âge de sept ans.
Provenances : Marie-Antoinette au château de Trianon ; Maurice Goudeket et Paul-Louis Weiller, adjugé 56 250 € le 5 avril 2011.
In-12 de 1 frontispice de Gravelot représentant Madame de Grafigny écrivant les Lettres d’une péruvienne, 370 pp. et (1) f. de privilège.
Veau porphyre granité, triple filet doré autour des plats, armoiries royales dorées au centre, dos lisse orné en queue du chiffre C.T. (Château du Trianon) surmonté de la couronne royale, pièce de titre en maroquin vert, tranches jaspées. Reliure de l’époque du relieur Versaillais Fournier recouvrant les volumes personnels de la reine Marie-Antoinette destinés à sa bibliothèque du château de Trianon.
169 x 98 mm.
Graffigny, Madame de. Lettres d’une péruvienne, par Madame de Grafigny, de l’Académie de Florence. Nouvelle édition.
Paris, Veuve Duchesne. 1773.
In-12 de 1 frontispice de Gravelot représentant Madame de Grafigny écrivant les Lettres d’une péruvienne, 370 pp. et (1) f. de privilège.
Veau porphyre granité, triple filet doré autour des plats, armoiries royales dorées au centre, dos lisse orné en queue du chiffre C.T. (Château du Trianon) surmonté de la couronne royale, pièce de titre en maroquin vert, tranches jaspées. Reliure de l’époque du relieur Versaillais Fournier recouvrant les volumes personnels de la reine Marie-Antoinette destinés à sa bibliothèque du château de Trianon.
169 x 98 mm.
Le premier roman épistolaire de la littérature française écrit par une femme, ici relié pour la reine Marie-Antoinette et destiné à sa bibliothèque personnelle au château du Trianon.
Marie-Antoinette avait depuis fort longtemps une prédilection pour Madame de Grafigny. Le succès des Lettres d’une péruvienne entraîna la Cour de Vienne et l’Impératrice Marie-Thérèse à demander à Madame de Grafigny, dès les années 1760, d’écrire des pièces de théâtre pour les jeunes archiducs et archiduchesses – parmi lesquels se trouvait Marie-Antoinette, future reine de France qui fut donc, dès ses plus jeunes années, familiarisée avec l’auteure des Lettres péruviennes.
Ce roman fut, au milieu du XVIIIe siècle un vrai succès de librairie, connaissant plus de quarante éditions en cinquante ans et traduit en cinq langues. Selon Daniel Mornet, il fit même partie, des neuf romans les plus lus en France.
Reprenant la veine exotique et le style épistolaire employés par Montesquieu dans les Lettres persanes, Françoise de Graffigny dénonce les travers de la société sous la plume fictive de Zilia, jeune Péruvienne exilée en France, qui écrit à son amant, Aza. L’auteur, amie de Rousseau, emprunte au philosophe le rêve d’un monde naturel mais qui serait pour elle incarné dans la femme. En féministe, elle dénonce en particulier dans la lettre 34 la douloureuse condition de la femme à son époque, assujettie à un monde régenté et corrompu par les hommes.
Françoise de Grafigny est une des femmes les plus importantes de la littérature du XVIIIe siècle. Célèbre de son vivant, elle a sombré dans l’oubli pendant la Révolution française. Mais avec l’avènement du mouvement féministe des années 1960 elle fut redécouverte et de nouvelles éditions de ses œuvres furent publiées. Elle est aujourd’hui considérée comme l’une des femmes écrivains importantes de l’Ancien Régime.
Les Lettres d’une Péruvienne sont le premier roman épistolaire écrit par une femme en France.Cette œuvre de Françoise de Graffigny a déclenché une rupture du genre féminin traditionnel. Les femmes, qui s’étaient jusqu’à maintenant limitées à l’écriture de simples lettres, avaient à présent l’occasion de transformer celles-ci en véritables romans littéraires. C’est l’apport de Françoise de Graffigny à la littérature féminine du XVIIIe siècle et cet apport est fondateur.
« Françoise de Graffigny entre également dans le groupe des auteurs qui ont traité la thématique du "bon sauvage". Ces récits « diffusent une image idéalisée du sauvage vivant avec innocence et authenticité dans un milieu naturel non détérioré par la civilisation […] Le sauvage est convoqué par les philosophes comme porte-parole de l’étonnement du dépaysé. Permettant un décalage naïf, il est un acteur-clé de tout discours ironique mettant en relief les anomalies masquées par le conformisme. Le « sauvage » est donc devenu une utopie littéraire. »
Ici l’héroïne Zilia, jeune péruvienne, tient un discours naïf sur ce qui l’entoure. L’auteure utilise cet état d’âme afin de souligner l’étonnement qu’un étranger ressentirait nécessairement en voyant la société française pour la première fois. D’une certaine façon, Françoise de Graffigny opère une admirable critique de cette société par l’entremise de son roman.
« Madame de Grafigny sait ici allier à la satire des mœurs, satire des plus pénétrantes (on a même prétendu que les réformes économiques et sociales de Turgot s’en seraient inspirées), le sens le plus délicat et le plus exquis des convenances. La délicatesse et la préciosité de certaines descriptions ont fait dire qu’elle a su adroitement ajouter au chef-d’œuvre de Montesquieu une pincée de la Paméla de Richardson. Quoi qu’il en soit, l’ouvrage obtint un vif succès auprès de la société de son temps, laquelle se retrouvait tout entière dans ce mélange d’idées claires, de critique subtile et de verve endiablée. »
Précieux exemplaire relié à l’époque en veau porphyre granité par Fournier pour la reine Marie‑Antoinette avec ses armoiries sur les plats et le chiffre C. T. (Château de Trianon) frappé or en queue du dos destiné à sa bibliothèque personnelle du Château de Trianon.
Marie-Antoinette encouragea les arts, en soutenant Gluck contre la cabale et la routine, les lettres, en protégeant Chamfort et Delille, et elle se montra, dans la longue agonie des mauvais jours, la digne fille de la grande Marie-Thérèse.
« Sa bibliothèque était une des plus considérables du temps, et si les pièces de théâtre, les romans, et, parmi ceux-là, les petits livres à la mode, dont l’esprit de parti à cherché, de nos jours, à faire une sorte de scandale, bien qu’ils fussent alors entre les mains des femmes les plus honnêtes et les plus vertueuses, y figurent en grand nombre, il serait injuste d’oublier que les chefs-d’œuvre de l’esprit humain y tiennent la première place. Les ouvrages qui garnissaient les armoires du petit Trianon sont restés, en grande partie, à Versailles. Ils sont reliés en veau porphyre, granité de points noirs sur un fond rouge sombre, qui passe, quelquefois, au violet foncé. Les plats, entourés d’un triple filet, portent au centre les armes de la reine ; sur le dos, se trouvent quelques fleurons, et, au bas, les initiales couronnées C. T. (Château de Trianon) sont poussées en or. Les tranches, de couleur blonde ou fauve pâle, sont pointillées de rouge. M. le baron Pichon nous a révélé les noms des ouvriers qui furent chargés de ce travail. Les reliures en veau sortaient des ateliers du marchand-papetier relieur, Fournier.
Ce volume figure au catalogue des livres du Petit Trianon rédigé par Paul Lacroix sous le n° 371.
Provenances : Marie-Antoinette ; Maurice Goudeket et Paul-Louis Weiller, adjugé raisonnablement 56 250 € le 5 avril 2011, il y a 8 ans.
Rappelons que la célèbre bibliothèque Jacques Guérin possédait un exemplaire absolument identique provenant de trianon : Chamfort. Mustapha et Zeangir, Paris, 1778, adjugé 21 000 € le 7 juin 1990, il y a 35 ans et un second volume, la contrefaçon de l’édition de 1756 de Manon Lescaut, adjugé 27 500 € à la même vente.
