Alcidamie

Villedieu, Marie Catherine Hortense Desjardins, dite Madame de

Très rare édition originale du premier roman de Madame de Villedieu dans lequel « le personnage d’Iphile semble annoncer le caractère d’Alceste, qui apparaîtra cinq ans plus tard sous la plume de Molière » (Molière 21, Paris IV Sorbonne).

Précieux et bel exemplaire conservé dans sa reliure en maroquin ancien aux armes de Beatrix de Choiseul-Stainville, morte guillotinée le 17 avril 1794.

4 livres reliés en 2 volumes in-8 de 9 pp., 544 pp., (1) f., 304 et 224 pp.

Maroquin olive, triple filet doré encadrant les plats, armoiries frappées or au centre, dos à nerfs orné, pièces de titre et de tomaison en maroquin havane, filet or sur les coupes, roulette intérieure dorée, tranches dorées. Reliure du XVIIIe siècle.

156 x 99 mm.

Villedieu, Marie Catherine Hortense Desjardins, dite Madame de. Alcidamie, première partie. [-Suite de la première partie d’Alcidamie.]

Paris, Charles de Sercy, 1661.

Très rare édition originale du premier roman dans lequel la célèbre madame de Villedieu met en scène « des héros analogues à ceux de Clélie de Madeleine de Scudéry » (Grente).

« L’histoire de la jalousie de Leontidas a fait dire que Montausier était le véritable modèle d’Alceste. Il faut dire que certains dialogues entre Leontidas et Alcidamie constituent de beaux préludes au Misanthrope » (Constant Venesoen).

« Le thème de l'inopportunité, selon les codes de la galanterie, d'une attitude grondeuse ou chagrine envers une maîtresse apparaît dans l'Alcidamie (1661) de Mlle Desjardins, où Iphile, qui ne supporte pas de voir Cynthie, « à recevoir le monde toujours prête », devient chagrin, se vexe, d'une façon jugée déplacée. Ce thème se retrouvera cinq ans plus tard dans Le Misanthrope de Molière. En effet, Célimène s'indignera du caractère déplacé des réactions chagrines d'Alceste. Alceste justifiera, à la scène 4 de l'acte II, son comportement : « Plus on aime quelqu'un, moins il faut qu'on le flatte ».

Le personnage d’Iphile semble annoncer le caractère jaloux et chagrin d’Alceste, qui apparaîtra cinq ans plus tard sous la plume de Molière » (Molière 21, Paris IV Sorbonne).

Madame de Villedieu fut une romancière féconde et talentueuse dont le succès se prolongea au siècle suivant. Son caractère exalté et son imagination lui préparaient une vie aventureuse. Elle connaissait mieux que personne, a-t-on dit, la géographie de Cythère. Protégée par Mademoiselle, la duchesse de Nemours, Hugues de Lionne, le duc de Saint- Aignan, elle n'avait cure des lois ni des convenances, et elle tenta de se marier avec le [sieur] de Villedieu.

Alcidamie s’ouvre par une dédicace « Aux lecteurs ». Plutôt que de profiter du texte d’accompagnement pour célébrer un éloge susceptible d'attirer les bonnes grâces d'un puissant de ce monde, la romancière ose un ton vigoureux, voire provocant.

Une telle hardiesse surprend d’autant plus qu’Alcidamie est le premier roman d'une romancière de vingt et un ans, qui ose afficher une stratégie de l’audace, et qui le sait.

Les quelques principes qu'elle énonce (nécessité d'un « protecteur illustre » structuration hiérarchique de la carrière d’écrivain, nature des bénéfices plausibles) affichent une connaissance lucide de la réalité du fonctionnement du champ littéraire.

Marie-Catherine Desjardins, bientôt Mme de Villedieu, non seulement signe son texte mais ose affirmer un « je » auctorial en tête de sa création ; et cela se vérifie tout au long de sa carrière puisque chacune de ses œuvres est accompagnée d'un texte rédigé à la première personne. L’audace ne vient donc pas uniquement de la teneur des propos qu'elle exprime ; elle tient aussi à l'acte même qui consiste à tenir un discours préfaciel, à occuper symboliquement une position autorisée aux seuls doctes.

Précieux et bel exemplaire relié en maroquin vert du XVIIIe siècle aux armes de Béatrix de Choiseul-Stainville, fille de François-Joseph II, marquis de Stainville, baron de Beaupré, ambassadeur du duc François de Lorraine, et de Marie- Louise de Bassompierre, l'altière et impérieuse sœur du ministre de Louis XV. Elle naquit à Lunéville en 1730. Dame, puis coadjutrice de l'abbaye de Bouxières-aux-Dames, au diocèse de Toul, et chanoinesse de Remiremont, elle exerça par son courage et son énergie viriles une très grande influence sur son frère. Elle épousa le 16 août 1759 Antoine-Antonin, duc de Gramont, pair de France, gouverneur de la Navarre et du Béarn, dont elle fut la seconde femme. Elle mourut sur l'échafaud le 17 avril 1794. La duchesse de Gramont avait rassemblé une bibliothèque exceptionnelle reliée en maroquin rouge ou vert. (Olivier 2160, fer 2),

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