L'amour amant
Édition originale célèbre, mais d’une insigne rareté, de ce roman d’amour entre Lauzin et la grande Mademoiselle.
Paris, Varennes, 1664.
In-16, (7) ff., 78 pp., (1) f.
Maroquin rouge, triple filet doré encadrant les plats, dos lisse orné avec le titre doré en long, filet or sur les coupes, roulette intérieure, tranches dorées. Reliure de l’époque.
132 x 70 mm.
[Mademoiselle de Montpensier]. L’Amour amant.
Paris, Varennes, 1664.
Edition originale rarissime de ce roman d’amour de Lauzin pour Mlle de Montpensier qui eut un tel succès que 9 éditions virent le jour entre 1664 et 1696.
Une seconde édition parut cette même année 1664 mais en 77 pages, une troisième en 1667 ; deux autres éditions sous un autre titre en 1673, avec des changements en 1696 et réimprimées sous le titre de : Le Perroquet, ou les amours de Mademoiselle, et dans le recueil intitulé Amours des Dames ; et aussi dans celui qui a pour titre Histoire amoureuse des Gaules (voy. Bussy), et enfin dans le 7ème volume des Mémoires de Mlle de Montpensier.
Cette originale est inconnue de l’ensemble des bibliographes et Gay ne décrit que la seconde édition qu’il définit déjà comme « rare ».
« Ce petit roman, en prose et en vers qui appartient au genre précieux et raffiné, eut de la vogue. Il est l’objet d’une note assez étendue, signée P. L., dans le Bulletin du bibliophile, 1860, p. 1573, et il semble qu’on pourrait y trouver des allusions à l’amour de Lauzun pour Mlle de Montpensier ».
La nouvelle du mariage de Mademoiselle avec de Lauzun produisit une vive sensation à la cour et même dans les classes bourgeoises. Madame de Sévigné, madame de Caylus, La Fare, l'abbé de Choisy, retracent l'impression que ressentit la cour de Louis XIV. Le Journal d'Olivier d'Ormesson exprime les sentiments des classes élevées de la bourgeoisie, des parlementaires, des maîtres des requêtes, des conseillers d'État, qui formaient alors une espèce d'aristocratie ou de noblesse de robe.
Voici comment il raconte ces événements : « Le 15 décembre 1670, ma femme me dit qu'elle avoit appris de M. le duc de Chaulnes la déclaration du mariage de mademoiselle d'Orléans avec monsieur de Lauzun ; que MM. les ducs de Montausier et de Créqui, maréchal d'Albret et M. de Guitry en avoient fait la demande publique au roi et que le roi avoit dit qu'il ne l'approuvoit pas à cause de la mésalliance ; mais qu'il ne pouvoit pas empêcher une fille de quarante-trois ans de faire ce qu'elle vouloit ; que le roi avoit fait appeler Monsieur pour [le] lui dire, et que Monsieur s'étoit récrié sur cela et avoit dit qu'il falloit mettre Mademoiselle aux petites maisons et jeter Lauzun par les fenêtres ; que cette nouvelle avoit été aussitôt rendue publique et reçue de tout le monde avec un très-grand étonnement. Je dis cette nouvelle chez M. Bocherat, qui surprit également toute la compagnie, personne ne la voulant croire. Le mardi, les ministres furent voir sur cela Mademoiselle, et tout le monde y alla, personne néanmoins n'approuvant ce qu'elle faisoit. Elle donnoit tout son bien à monsieur de Lauzun, la souveraineté de Dombes, le duché de Montpensier et le comté d'Eu. Le mercredi la donation en fut faite, afin que, dans le contrat de mariage, M. de Lauzun pût prendre toutes ces qualités, et le jour des noces fut arrêté au vendredi suivant. Le vendredi 19 décembre, allant à la Mercy, un gentilhomme de l'hôtel de Guise me dit à l'oreille que le mariage étoit rompu et que le roi avoit dit qu'il ne le vouloit point. En effet, l'on sut aussitôt partout cette nouvelle avec bien de la joie et de la surprise en même temps ; car l'on ne s'attendoit point à un changement si prompt. Je sus de M. Le Pelletier2 que Madame, la douairière, avoit écrit au roi une grande lettre pour l'empêcher ; que M. le Prince avoit aussi parlé fort sagement au roi, et que M. le maréchal de Villeroy avoit aussi parlé de son côté, et que le roi s'étoit rendu à leurs raisons, et cela durant l'après-dînée du jeudi ; car le matin il avoit commandé à M. de Lyonne d'écrire ce mariage à tous les ambassadeurs ; mais le soir, ayant pris une résolution contraire, il envoya dire à M. de Lauzun et à Mademoiselle, par deux exempts, de venir parler à lui. Leur surprise fut grande ; car ils jugèrent bien qu'il y avoit quelque changement. Le roi parla à M. de Lauzun le premier et lui dit qu'il ne vouloit pas que son mariage s'achevât par beaucoup de raisons, et qu'il auroit soin de le faire aussi grand qu'il l'auroit été par ce mariage. L'on dit que M. de Lauzun soutint le coup avec bien de la fermeté et du respect pour le roi, qui en demeura fort content. Pour Mademoiselle, elle s'emporta extrêmement et dit au roi tout ce que la colère pouvoit lui faire dire, déclama contre M. Le Tellier, qui étoit son ennemi et celui de M. de Lauzun, et dit contre le roi même mille choses, qu'il étoit un diable, dont le roi ne s'émut point ; au contraire, la consola [disant] qu'il partageoit son déplaisir et lui dit tout ce qu'il put pour la satisfaire. M. le Prince étoit derrière une porte, où le roi l'avoit mis pour écouter tout ce qu'il diroit. M. Le Pelletier nous dit à M. de Fourcy et à moi toute cette intrigue, comme y ayant eu part et ayant écrit la lettre pour Madame. Tout le monde a loué le roi de cette action ; car ce mariage tournoit à sa honte, ne pouvant avoir été entrepris que de son consentement. La négociation en avoit commencé dès le voyage du roi en Flandre, où Mademoiselle avoit dit plusieurs fois à M. de Lauzun qu'elle ne vouloit plus être la victime de l'État ; qu'elle vouloit se marier et faire d'un gentilhomme [son mari] ; qu'enfin M. de Lauzun lui ayant demandé si elle pourroit lui citer quel seroit ce gentilhomme heureux, elle lui avoit dit qu'elle l'écriroit sur un papier, et en effet lui avoit envoyé un papier cacheté, où il avoit trouvé écrit : c'est vous. »



