La Nouvelle Justine ou les malheurs de la vertu

Sade, marquis de

Unique exemplaire répertorié appartenant à l’édition originale du premier tirage absolument complet de ses 101 figures libres conservé dans ses reliures érotiques répertorié sur le marché depuis plusieurs décennies.

Ensemble 10 volumes in-18, maroquin bleu roi, plats ornés d’un décor ovale central composé de phallus et de vulves entourant un faune en érection, dos à nerfs, tranches dorées, double filet doré sur les coupes, large dentelle intérieure dorée. Reliure érotique en maroquin du XIXè siècle.

121 x 80 mm.

Véritables éditions originales et rarissime premier tirage sur trois, publiées à Paris en 1799 pourLa Nouvelle Justineet en 1801 pourJuliette, sous la fausse adresse commune aux deux textes : en Hollande, et sous la fausse date de 1797.

La Nouvelle Justine ou Les Malheurs de la Vertu est la troisième version du roman de Justine, publié durant l'été 1799, et suivi, début 1801, par L'Histoire de Juliette, sa sœur.

Cette première édition du roman se compose de 10 volumes, illustrés d'un frontispice et de 100 gravures obscènes, ce qui en fait la plus vaste entreprise pornographique jamais réalisée (J.-J. Pauvert).

Cette spéculation de librairie, basée sur le succès de la version de 1791, et la licence générale qui régnait à l'époque du Directoire, vaudra à son auteur, sous le Consulat, une arrestation sans inculpation et sans jugement, puis un enfermement à vie à l'asile des fous de Charenton.

Suivant l'étude, définitive, de Pascal Ract-Madoux sur les éditions anciennes de ces ouvrages, il y a eu trois tirages différents en quelques années et donc trois livraisons.

Notre exemplaire appartenant à la première introuvable complet comme celui-ci.

La première (B.n.F, Enfer 2507), notre édition, comporte, à la fin des feuillets liminaires du tome I, un nota-bene imprimé après coup sur un feuillet indépendant du premier cahier. La tomaison de chaque volume est continue de I à X.

La deuxième est identique à la première, sauf pour les volumes de Juliette qui portent un titre de relais et comportent une tomaison de l à VI.

La troisième est une nouvelle édition de La Nouvelle Justine (B.n.F., Enfer 2511), avec un feuillet de nota-bene imprimé à la fin d'un cahier faisant partie de l'ouvrage, suivie de la première édition de Juliette.

Une quatrième édition (B.n.F., Enfer 515-524) a vu le jour vers 1835.

Deux ou trois éditions furent publiées entre 1865 et 1885.

Les gravures (sauf le frontispice) comportent une tomaison (en haut à gauche) et une pagination (en haut à droite). Elles sont attribuées à Bornet.

Il y a deux gravures avec la mention Tome V p. 40. Celle où figure une vieille femme se place à la page 276 du tome VI ; la page 366 du tome IV est par erreur paginée 66 ; la page 288 du tome V est par erreur paginée 2 ; La Nouvelle Justine comporte les coquilles de premier tirage (contrairement à ce qu'indique Cohen) ; T. I, p. 73, 1. 12 : Mais n'imagines. Pas ; T. I, p. 240, 1. 7 : Nouvelle morçure ; T. I, p. 289, 1. 15 : Restes donc.

Au feuillet V du tome I : N. B. Les Aventures de Justine que nous publions en ce moment contiennent quatre volumes, ornés d'un frontispice et quarante gravures. L'Histoire de Juliette, qui y fait suite et qui s'y lie, en contient six, ornés de soixante gravures ; ce qui forme une collection, unique en ce genre, de dix volumes et de cent estampes toutes plus piquantes les unes que les autres... 60 gravures.

Edition originale absolument rarissime deLa Nouvelle Justine suivie de l’histoire de Juliette, troisième rédaction de Justine du marquis de Sade, dont les exemplaires complets de premier tirage parvenus jusqu’à nous se comptent sur les doigts d’une seule main (Pierre Bérès).

« Le 15 ventôse an ix (6 mars 1801), Donatien Alphonse François de Sade est arrêté pour la dernière fois. Le préfet de police Dubois lui a tendu un piège, peut-être avec le concours du libraire Massé chez lequel a lieu l’arrestation. La police saisit plusieurs manuscrits de la main de Sade dont celui de Juliette et, le lendemain, mille exemplaires des six volumes imprimés de la même Juliette qui venaient de paraître. Sept mois auparavant, en thermidor an viii (août 1800), avait lieu la seule saisie connue des quatre volumes de la Nouvelle Justine. Les dix volumes de la Nouvelle Justine et Juliette, « la plus importante entreprise de librairie pornographique jamais vue dans le monde », ont fait couler beaucoup d’encre mais personne, semble‑t-il, à l’exception de l’auteur de Sade vivant, n’a essayé de résoudre les énigmes d’ordre bibliographique liées à la publication de cet ouvrage » (Pascal Ract-Madoux).

Débitée ouvertement au moment de sa parution, la « Nouvelle Justine (…) » fut par la suite activement poursuivie et de nombreux exemplaires en furent détruits : quant à Sade, c’est sur la base de cet ouvrage qu’il réintégra la prison Sainte-Pélagie en 1801.

Ce livre révolutionnaire fut immédiatement copié et de nombreuses contrefaçons et rééditions furent publiées dont plusieurs portent un titre proche et la date de 1797.

« Troisième rédaction, dans laquelle le marquis de Sade a poussé les atrocités au dernier paroxysme. L’auteur, dit-on, imprima lui-même son ouvrage dans un souterrain. On dit que Saint‑Just, de la Convention, le lisait pour s’exciter à la cruauté. L’auteur en adressa un exemplaire sur papier vélin à chacun des membres du Directoire » (Brunet).

Il existe de Justine trois rédactions à tel point différentes qu’on peut les considérer comme des œuvres distinctes. La première rédaction, de beaucoup la moins audacieuse et qui ne dépasse par la dimension d’une nouvelle, ne fut publiée qu’en 1930, par les soins de Maurine Heine (Paris). Cette nouvelle, dont le titre est : Les Infortunes de la vertu, fut écrite en 1787 à la Bastille, où l’auteur avait été transféré en 1784 après avoir passé sept ans au donjon de Vincennes.

La seconde rédaction, intitulée Justine ou les Malheurs de la vertu et publiée en 1791 comprend deux volumes in-8 (Paris. Girouard). Le succès de ce roman d’aventures et de caractères, le premier en France où le « genre noir » s’affirma avec tant de force, est attesté par les quatre éditions qui le séparent de la publication du texte définitif : La Nouvelle Justine ou les Malheurs de la vertu, suivie de l’Histoire de Juliette, sa sœur (en Hollande, 1797, 4 et 6 vol. in-12). Il existe d’extraordinaires différences entre les éditions de 1791 et de 1797. Non seulement le texte de 1791 a plus que doublé d’importance ; non seulement il apparaît farci d’épisodes nouveaux, sans lien direct avec l’intrigue, mais le plan même du récit est bouleversé.

Dans la version de 1797, le récit devient objectif. La parole est retirée à Justine. Le vocabulaire le plus crûment obscène succède brutalement à ses modestes lamentations. En même temps, les aventures de l’héroïne prennent une tournure fabuleuse : l’invraisemblable s’y affirme à chaque instant, et le récit des aventures de Juliette, qui en constituent la suite, achève de donner à cette redoutable dizaine de volumes le caractère d’un roman-feuilleton génial, où les personnages seraient remplacés par des sexes en furie déchaînés sur tout un peuple de victime.

C’est sous de multiples aspects qu’il convient d’envisager l’histoire de Justine ou les Malheurs de la vertu et son complément réciproque, Juliette ou les Prospérités du vice. La philosophie du marquis de Sade y est tout entière résumée dans la tirade finale où Juliette s’écrie d’une voie triomphante : « Je l’avoue, j’aime le crime avec fureur, lui seul irrite mes sens et je professerai ses maximes jusqu’au dernier moment de ma vie. Le passé m’encourage, le présent m’électrise, je crains peu l’avenir. (…). La nature n’a créé les hommes que pour qu’ils s’amusent de tout sur la terre : c’est la plus chère loi, ce sera toujours celle de mon cœur. Tant pis pour les victimes, il en faut ». Mais la terrifiante épopée du marquis de Sade perdrait une grande part de sa signification si l’on négligeait de la considérer sous le triple aspect de la psycho-pathologie descriptive, de l’humour noir et de la poésie.

Les éléments d’humour noir et de poésie contenus dans Justine et Juliette ont été fort bien définis par André Breton : « Les excès de l’imagination à quoi l’entraîne son génie naturel et le disposent ses longues années de captivité, le parti pris follement orgueilleux qui le fait, dans le plaisir comme dans le crime, mettre à l’abri de la satiété des héros, le souci qu’il montre de varier à l’infini, ne serait-ce qu’en les compliquant toujours davantage, les circonstances propices au maintien de leur égarement, ont toute chance de faire surgir de son récit quelque passage d’une outrance manifeste, qui détend le lecteur en lui donnant à penser que l’auteur n’est pas dupe (…). C’est une des plus grandes vertus poétiques de cette œuvre que de situer la peinture des iniquités dans la lumière, des fantasmagories et des terreurs de l’enfance. »

« La préface mise en tête de l’édition de Justine de 1797 est curieuse à plusieurs égards ; nous la placerons ici. C’est d’ailleurs le seul endroit de ce roman dont la reproduction soit possible » (G. Brunet) :

« Aucun livre, d’ailleurs, n’est fait pour exciter une curiosité plus vive ; en aucun, l’intérêt, ce ressort si difficile à produire dans un ouvrage de cette nature, ne se soutient d’une manière plus attachante ; dans aucun, les replis du cœur des libertins ne sont développés plus adroitement, ni les écarts de leur imagination tracée d’une manière plus forte ; dans aucun enfin n’est écrit ce que l’on va lire ici. Ne sommes-nous donc pas autorisé à croire que, sous ce rapport, il est fait pour parvenir à la postérité la plus reculée ? La Vertu même, dût-elle en frémir un instant, peut-être faudrait-il oublier ses larmes pour l’orgueil de posséder en France une aussi piquante production. »

Les exemplaires appartenant à la véritable édition originale sont rarissimes tant ils furent pourchassés sous l’Empire.

Le comte Tullio Dandolo, dans ses Reminiscence e fantasie, scherzi letterari, avance que l’empereur Napoléon défendit, sous peine de mort, la lecture de Justine aux militaires de ses armées.

Aucun exemplaire complet de premier tirage de la première édition n’est apparu sur le marché depuis plusieurs décennies.

Précieux et admirable exemplaire de l’édition originale de premier tirage, complet des 101 gravures et des rarissimes dix faux-titres, conservé dans sa reliure érotique, condition exceptionnelle.

Références : Cohen/Ricci Sp. 920 ff. Sander 1770. Gay/Lem. III, 387. Hayn/Got. VII, 25f. English I, 475.

Dutel, Bibliographie des ouvrages érotiques, III, A-601, A-602. – P. Ract-Madoux, L’Edition originale de la Nouvelles Justine et Juliette, Bulletin du bibliophile, 1992, I, pp. 139-158.

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