Les Essais de Michel Seigneur de Montaigne. Edition nouvelle. 1595

Montaigne, Michel de
Prix : 145 000 €

« Cette édition monumentale de 1595 est la première édition complète qui procure le dernier état voulu par Montaigne pour son texte
 et qui est augmentée de 1409 additions importantes » (D. Pottiée-Sperry).
Précieux exemplaire conservé dans sa reliure ancienne de Boyet aux armes du Comte d’Hoym, le seul cité par Tchémerzine, Le Petit et Brunet en reliure armoriée.
Il contient de nombreuses corrections autographes à l’encre de Mademoiselle de Gournay.
Provenances : Comte d’Hoym; Doublat de Sommeiller; Giraud (année 1855) ; Solar (année 1863) ; Malaussena (cité par Tchémerzine) ; 
Henri Burton, adjugé $ 125 000 (NY – Sotheby’s, 11/06/2013, n°14, il y a six ans).

In-folio de (12) ff., 523 et 231 pp., (1) p.

Plein veau fauve, filet à froid encadrant les plats, armoiries frappées or au centre, dos à nerfs richement orné, pièce de titre en maroquin rouge, double filet or sur les coupes, roulette intérieure dorée, tranches dorées sur marbrures, restaurations d’usage aux coiffes et mors.

Reliure ancienne attribuée à Boyet, aux armes du Comte d’Hoym.

327 x 208 mm.

Montaigne, Michel de. Les Essais de Michel Seigneur de Montaigne. Edition nouvelle, trouvée après le déceds de l’Autheur, reueuë & augmentée par luy d’un tiers plus qu’aux précédentes Impressions.

Paris, Abel l’Angelier, 1595. Avec Privilège.

Première édition, en grande partie originale, qui fixe le texte définitif des Essais de Montaigne.

Il contient de nombreuses corrections autographes à l’encre de Mademoiselle de Gournay.

« Première édition donnée par Mlle de Gournay, établie d’après les manuscrits de Montaigne. Elle est augmentée d'un tiers et contient une préface apologétique que Mlle de Gournay n'a pas reproduite dans les éditions suivantes jusqu'en 1617. Elle fixe le texte définitif des Essais » (Tchémerzine IV, 876).

La première originale, parue en 1580, ne possédait que les deux premiers livres ; le troisième parut dans l’édition de 1588.

Montaigne meurt le 13 septembre 1592. Il laisse après lui le fameux exemplaire annoté de l'édition de 1588 conservé à la Bibliothèque municipale de Bordeaux depuis la Révolution, et son héritière spirituelle : Marie Le Jars de Gournay (1565-1645) qu'il avait rencontrée toute jeune fille entre février et octobre 1588. À elle et au poète bordelais Pierre de Brach revient le soin de préparer une nouvelle édition.

La préface de l'édition de 1595 confère à Marie de Gournay le titre désormais fameux de fille d'alliance reprenant un passage ajouté au Livre II des Essais de cette même édition. C'est elle qui lègue Montaigne à la culture du XVIIe siècle et en fixe le texte pour la postérité quoiqu'elle se réserve le droit de le remodeler au fil des rééditions. Elle assure la qualité des éditions et leur diffusion en Europe. Elle défend constamment la réputation de l'auteur que certains jansénistes auront vite fait, tout en l'admirant, de ranger parmi les athées.

En 1594, une nouvelle édition des Essais est donc entreprise par le libraire Abel L’Angelier qui, en 1588, avait déjà publié la dernière édition faite du vivant de Montaigne. Il dispose très probablement de l’"exemplar", c'est-à-dire d'un exemplaire —aujourd'hui perdu— de l'édition de 1588 qui incorpore et compile les ajouts et corrections du célèbre "Exemplaire de Bordeaux" et est largement complété par Montaigne lui-même en vue d'une nouvelle édition. Ce sont des "révisions surprenantes troublantes même, mais, qui par la preuve de l'objet matériel qu'est l’Exemplaire de Bordeaux, sont produits de l’écriture de Montaigne dans les dernières années sa vie. Ce sont des parties intégrantes du texte des Essais..." (Mary B. McKinley, 2001)

« Cette édition monumentale de 1595 est la première édition complète qui procure le dernier état voulu par Montaigne pour son texte et qui est augmentée de 1 409 additions importantes » (D. Pottiée-Sperry).

La publication est faite sous le contrôle de Mlle de Gournay qui y apporte, selon ses propres termes, une « extrême superstition ». Les difficultés de cette grande production qui dura plus de six mois sont attestées par les nombreuses corrections de presse qui ont pu être relevées, les erreurs subsistantes mentionnées dans l'errata qui fut établi en deux états successifs, enfin par les corrections faites par Mlle de Gournay en deux phases sur de nombreux feuillets imprimés.

Exemplaire présentant deux particularités de premier tirage : Premier état avant le carton des pages 63 et 64 et premier état de la quatrième ligne de la page 70 du premier livre : « Que une » corrigé dans le second état en « qu’une ».

Rareté des exemplaires conservés dans leur reliure ancienne à provenance :

L’édition connut un tel succès qu’elle fut rapidement épuisée et la plupart des amateurs du XIXe siècle, premier âge d’or de la bibliophilie, firent habiller leurs exemplaires par les grands relieurs contemporains : Trautz-Bauzonnet et consorts.

Les exemplaires en reliure de l’époque sont en conséquence rares ; ceux conservés en ancienne reliure à provenance sont rarissimes. « Jules Le Petit » décrit ainsi 9 exemplaires reliés au XIXe siècle, mais 1 seul en reliure ancienne armoriée, celui-ci, « aux armes du Comte d’Hoym » !

« Tchemerzine » dépeint quant à lui 5 exemplaires reliés en maroquin du XIXè siècle : « L. de Montgermont, 1876, mar. Trautz, 1010 frs - Loviot, mar. Trautz, 2 900 frs - Meilhac, mar. Chambolle, 3500 frs - Moura, mar. Trautz, 5 100 frs - De Backer, mar. Cuzin, 5 900 frs ; 3 en reliure de l’époque : « Lignerolles » ; « Delafosse », velin ancien, 2 550 F OR et « Montesquieu », basane ancienne, 6 100 F ; mais 1 seul en reliure ancienne à provenance, le présent exemplaire « veau ancien, exemplaire du Comte d’Hoym, 14 500 F ».

« Charles-Henri, comte d’Hoym, ministre plénipotentiaire d’Auguste II, électeur de Saxe et roi de Pologne, auprès de la cour de France fut un des bibliophiles les plus célèbres qui forma avec passion de 1717 à 1735 une collection riche surtout en belles-lettres et en histoire, inégalée depuis pour le nombre, le choix et la reliure des ouvrages qui la composaient : beaucoup provenaient des amateurs les plus fameux : Colbert, Cisternay du Fay et autres. Les volumes qu’il faisait relier étaient recouverts par Boyet de veau fauve ou de maroquin avec ses armes sur les plats et l’aigle de Pologne au dos. » (Olivier. pl. 672).

« C’est l’abbé Rothelin, dit-on, qui lui inspira le goût des livres ; et sous ce rapport, il faut avouer que l’élève fut digne du maître. A partir de l’année 1717 jusqu’en 1735, dix-huit années consécutives, il suit les ventes et y recueille tout ce qu’il trouve de plus rare, de plus beau et de plus précieux. Il écrème celle de Cisternay du Fay, en 1725, et celle de Colbert en 1728. Sa collection, vers cette époque, jouissait d’une telle célébrité, que Lenglet Dufresnoy, dans la dédicace de Clément Marot, lui dit : « Quels que soient tous les poètes de ce Recueil, il leur sera glorieux, Monseigneur, d’avoir entrée dans la Bibliothèque de Votre Excellence. Bibliothèque si magnifique, si nombreuse et si bien choisie, qu’elle pourrait à juste titre passer pour un des prodiges de la littérature. » Il avait, en effet, réuni les plus beaux livres comme forme et comme fond.

Boyet fut son relieur. A la vente Brunet, en mai 1868, les livres à cette marque s’élevèrent à des prix considérables » (Guigard p. 260).

Remarquable exemplaire, l’un des rares de l’édition de 1595 à, de surcroît, présenter la préface de Montaigne : « C est icy un livre de bonne foy… »

Provenances : Des bibliothèques du Comte d’Hoym : 4 livres 4 sols ; Doublat de Sommeiller avec ex-libris ; Giraud : 230 F en 1855 ; Solar : 305 F en 1863 ; Malaussena : 14 500 F ; Henri Burton (New York Sotheby’s, 11/06/2013, n°14, adjugé $ 125 000).