La relation de l'Isle imaginaire et l'histoire de la princesse de Paphlagonie
Célèbre édition originale écrite par la Grande Mademoiselle (1627-1693), fille de Gaston d’Orléans, tirée à seulement 100 exemplaires il y a 362 ans.
Le superbe et précieux exemplaire de la Grande Mademoiselle-même, relié en maroquin de l’époque à ses armes.
Provenance : Duchesse de Montpensier, dite La Grande Mademoiselle (1627-1693) ; Philippe Ier d’Orléans dit Monsieur, fils de Louis XIII (1640-1701) ; Philippe II d’Orléans, le Régent (1674-1723) ; Guillaume Debure (1734-1820), remarquable bibliophile ;
Félix Solar (vente en 1860) ; Comte Roger du Nord (vente en 1884), cité par Tchémerzine et Le Petit.
In-8 de (8) ff. (1 f. bl. et tit. comp.) et 146 pp. (mal chif. 166 pp.).
Maroquin rouge, triple filet doré en encadrement, armes dorées au centre des plats, fleurs de lys aux angles, dos à nerfs orné de fleurs de lys, tranches dorées. Reliure armoriée et fleurdelysée de l’époque.
177 x 119 mm.
Très rare édition originale de ce roman écrit par la duchesse de Montpensier, dite la Grande Mademoiselle, unique enfant de Gaston d’Orléans et cousine germaine de Louis XIV.
Elle fut imprimée à Bordeaux par les soins de Segrais, poète au service de la Grande Mademoiselle, et tirée à seulement 100 exemplaires que la duchesse distribua elle-même à ses amis. L’ouvrage est dédié à la présidente de Pontac, fille du célèbre bibliophile Jacques-Auguste de Thou.
Dans ce roman à clefs, la duchesse de Montpensier aurait, selon Segrais, mêlé « sous des noms empruntés beaucoup de choses satiriques contre les dames de la cour : ainsi Mademoiselle de Vandy y est mise en scène sous le nom de reine de Paphlagonie, le prince de Condé sous celui de Cyrus, et la Grande Mademoiselle elle-même sous celui de reine des Amazones ». (Le Petit, p. 216).
« Ce volume est rare d’ailleurs et se vend cher » (Le Petit, p. 216).
« D’une grande rareté » (Tchémerzine).
« L’épître « A monseigneur de Bussilet, seigneur de Messimieu, chevalier de l’ordre du roy ; gentilhomme ordinaire de sa chambre, conseiller de Leurs Altesse Royales, monseigneur le duc d’Orléans et Mademoiselle, sa fille, chevalier d’honneur au parlement de Dombes, et nommé gouverneur de l’isle de *** » est datée de Trévoux, le 31 décembre 1658.
« Qu’un texte fictionnel puisse véhiculer les représentations et idées que l’on avait de la colonisation à une époque donnée, cela ne fait aucun doute : la fiction dégagée partiellement de l’emprise du rationnel libère l’imaginaire qui révèle ce qui est sous-jacent au discours officiel. D’où son intérêt. C’est le cas pour La Relation de l’île imaginaire de Mlle de Montpensier, cousine de Louis XIV, actrice de la Fronde, engagée donc politiquement, ce qu’elle paie de son exil de la cour de France entre 1652 et 1657. A son retour auprès du roi, la question de la colonisation malgache est de pleine actualité ; Flacourt publie en 1658 l’Histoire de la Grande Île Madagascar et lorsqu’elle décide de se jouer – si l’on en croit les deux épîtres dédicatoires de La Relation – de la fatuité d’un gentilhomme, en lui faisant croire qu’il sera nommé gouverneur d’une île qui vient d’être découverte, son imagination traduit l’impact que Madagascar a dans l’entourage royal. Madagascar et l’île Bourbon font rêver ! L’aventurière en la Grande Mademoiselle, celle qui n’a pas hésité à ordonner de tirer le canon depuis la Bastille sur l’armée royale en 1652 pour sauver Condé, trouve sans doute en la Grande île un aliment privilégié pour son imagination guerrière. On peut donc parler d’une mâle imagination sous une plume féminine qui puise l’inspiration aux sources de l’actualité coloniale : elle transmet les représentations et les idées véhiculées par la haute aristocratie sur la colonisation de Madagascar et l’île Bourbon. Sa « relation » est en résonance avec l’actualité historique de la France et elle est perçue par le prisme d’une femme proche du pouvoir. Madagascar et l’île Bourbon fusionnent en une terre utopique : La Relation de l’île imaginaire exprime sans doute l’idée idyllique que l’on se faisait de la Grande île et de l’île Bourbon si l’on considère le tableau qu’en transmet le narrateur pour inviter à son peuplement ; et la Princesse malgache dont il s’éprend passionnément semble être l’incarnation des richesses que le sous-sol malgache recèle, tant elle est couverte de pierres précieuses et tant elle possède de trésors ! Il en résulte un curieux cocktail où s’unissent utopie, merveilleux et bergeries à la manière de l’Astrée, le tout nourri de mythologie gréco-latine. Cette écriture féminine, qui semble annoncer celle de Mme d’Aulnoy et Mme Levesque par exemple, constitue un filtre original qui nous fait sentir ce que représentait la colonisation de Madagascar et de Bourbon au XVIIè siècle ».
La Relation de l’Isle imaginaire est l’œuvre de Mlle de Montpensier, qui l’écrivit pendant l’automne de l’année 1658, lors d’un voyage qu’elle fit à Trévoux.
Précieux et superbe exemplaire de l’auteure elle-même, Anne-Marie-Louise d’Orléans, Duchesse de Montpensier, dite la Grande Mademoiselle (1627-1693), relié en maroquin rouge de l’époque fleurdelysé frappé de ses grandes armes au centre des plats.
« Anne-Marie-Louise d’Orléans, Duchesse de Montpensier, de Saint-Fargeau et de Châtellerault, princesse de Dombes et de la Roche-sur-Yon, dauphine d’Auvergne, marquise de Mézières, comtesse de Mortain, de Bar-sur-Seine et d’Eu, vicomtesse d’Auge et de Domfront, baronne de Beaujolais, fut appelée Mademoiselle, Mademoiselle de Montpensier ; elle est connue sous le nom de la Grande Mademoiselle. Unique enfant de Gaston d’Orléans, frère de Louis XIII, et de sa première femme Marie de Bourbon, duchesse de Montpensier, morte cinq jours après avoir mis sa fille au monde, elle naquit au Louvre le 29 mai 1627 et fut dès sa naissance le plus riche parti de l’Europe ; elle visa notamment à épouser Louis XIV, mais tous les mariages qu’elle avait envisagés échouèrent ; elle prit alors part aux troubles de la Fronde où elle joua un rôle brillant et romanesque. Pour sauver l’armée de Condé, elle fit tirer le canon de la Bastille sur les troupes royales en 1652 ; mais après la victoire de Louis XIV, elle dut se retirer dans sa terre de Saint-Fargeau et ne revint à la cour qu’en 1657 ; elle conçut une violente passion pour Lauzun, capitaine des gardes du corps et favori du roi, mais elle ne put l’épouser qu’en 1681, par un mariage secret. Lauzun déçu, ne lui témoigna ni tendresse ni égards et la maltraita, si bien qu’au bout de quelque temps, ils se séparèrent. Mademoiselle mourut à Paris au Palais du Luxembourg le 5 avril 1693, après avoir écrit de très sincères et très intéressants mémoires ». (Olivier).
Admirable volume, très grand de marges (hauteur 177 mm contre 164 mm pour l’exemplaire de Mlle Caumont de la Force, familière de Madame de Maintenon) provenant des bibliothèques :
1 - Duchesse de Montpensier, dite La Grande Mademoiselle (1627-1693) avec ses armoiries.
2 - Philippe Ier d’Orléans, son cousin, dit Monsieur, fils cadet de Louis XIII (1640-1701).
3 - Philippe II d’Orléans, le Régent (1674-1723), avec cachet.
4 - Guillaume Debure (1734-1820), remarquable bibliophile ;
5 - Félix Solar (vente en 1860, n° 1934, vendu 381 F. Or, soit près de 200 fois le prix de certains livres de sa fameuse bibliothèque).
6 - Comte Roger du Nord, vendu 2 850 F. Or en 1884, soit 300 fois le prix d’un livre de bibliophilie courant de l’époque, cité par Tchémerzine et Le Petit.



