Epitome

Plutarque
Paris, Ph. Danfrie et Richard Breton, 1558.
Prix : 19 000 €

Le premier livre imprimé à Paris en caractères de civilité.

D’une importance reconnue dans l’histoire des lettres et de la typographie nationale, cette première édition est d’une rareté légendaire, « rarissime » mentionne une ancienne annotation.

Admirable exemplaire, très pur, très grand, en vélin de l’époque.

In-8 de (8) ff., 242 ff. (mal foliotés 244) et (2) ff. (errata et annonce d’un second volume [jamais paru]. Velin souple à rabats, dos lisse, titre manuscrit et cote de bibliothèque (L2 5) au dos, traces d’attaches. Reliure de l’époque.

172 x 111 mm.

Plutarque. Epitome, ou Abrégé des vies de cinquante et quatre notables, et excellents personnages, tant Grecs que Romains, mis au parangon l’une de l’autre, extrait du grec de Plutarque (par Ph. Des Avenelles).
Paris, Ph. Danfrie et Richard Breton, 1558.

Premier livre imprimé à Paris, en caractères de civilité.

De toute rareté, ce volume, le seul publié, revêt une réelle importance dans l’éveil national de la typographie française à la Renaissance.

L’exemplaire – une merveille bibliophilique – réunit une reliure en vélin ivoire de l’époque d’une exquise pureté, une non moins remarquable pureté intérieure due à la beauté du papier et à la grandeur des marges, et une prouesse typographique liée à la volonté d’affirmation nationale des humanistes français.

La révolution typographique amorcée vers 1530 eut pour conséquence d'imposer à la typographie française une typographie savante d'origine étrangère. Elle permit aux lettrés français d'appliquer à leur langue des règles inspirées de recherches menées depuis longtemps par les humanistes italiens à partir de l'étude des langues latine et grecque. Elle contribua largement à faire de la littérature française une littérature savante dont Joachim Du Bellay esquissa le programme dans sa Défense et illustration de la langue française dès l'année 1549.

Le divorce entre l'écriture manuscrite et la typographie n'alla pas, en revanche, sans provoquer en France regrets et même remords. Ainsi, Granjon lui-même, qui résidait alors à Lyon en un milieu secrètement converti au protestantisme, regretta de voir la France privée d'une écriture nationale comparable à l’italique au nom significatif ou à la Fraktur allemande. Aussi grava-t-il une gothique entièrement renouvelée, utilisée pour la première fois en 1557, baptisée « nouvelle lettre française d'art et de main » dans un privilège royal de 1558 et qui prit le nom de « lettre de civilité ».

« Granjon avait en tête la création d'un caractère typiquement français dans le but que les français aient un caractère bien à eux, comme les grecs et les hébreux avaient le leur. »

Le caractère cursif de Granjon d'abord appelé « lettres françaises d'art de main » fut utilisé pour la première fois par lui-même dans la composition du « Dialogue de la vie et de la Mort » (Lyon 1557) qu'il édita et imprima sur ses presses.

C’est en 1558, à Paris, que le graveur de poinçons Philippe Danfrie s'associa avec le libraire imprimeur Richard Breton. Ils réalisèrent alors eux aussi un nouveau type de caractère de civilité, diffèrent de celui de Granjon, plus lisible et plus élégant. L'édition que nous présentons est une traduction par Philippe d'Avenelles des Vies parallèles de Plutarque. C'est la première fois que le caractère de civilité apparaît à Paris.

A ce titre, ce livre revêt une réelle importance dans l’histoire des lettres françaises.

A la suite de Robert Granjon et de Philippe Danfrie, plusieurs imprimeurs leur achèteront leurs caractères ou en forgeront de semblables, comme dans cet avant-propos des Chroniques de Savoye imprimé par Jean de Tournes, (Lyon 1602).

Puis la mode passa à Anvers où Christophe Plantin, toujours à la recherche de nouveauté, les emploiera, ce qui donnera l'idée à d'autres imprimeurs flamands de fondre leurs propres caractères de civilité, dans un style plus proches de l'écriture manuscrite existant dans les Flandres, tels qu'Ameet Tavernier ou Pierre Simon Fournier.

Au XVIIe siècle, en France, l'idée sera reprise par Pierre Moreau qui éditera une trentaine d'ouvrages avec les caractères de sa composition entre 1643 et 1648. Maître-écrivain et ancien clerc aux Finances, il obtint un brevet d'imprimeur ordinaire du Roi, mais il semble qu'il suscita quelques jalousies parmi la communauté des libraires et imprimeurs car un arrêt de 1648 lui fit défense d'exercer. L'Eneide de Virgile dans la traduction en vers de Pierre Perrin est l'une de ses dernières productions. En 1787, après être passés entre les mains de plusieurs imprimeurs, ces caractères furent achetés par l'Imprimerie Royale.

Merveilleux volume d’une légendaire rareté. Au XIXe siècle Brunet n’avait répertorié que 4 exemplaires dont 2 en reliure moderne.

Exemplaire très pur, entièrement réglé et grand de marge conservé dans son superbe vélin de l'époque.

Provenance : bibliothèque des Petits-Augustins de Paris (ex-libris manuscrit sur la page de titre - écriture du XVIIè siècle).