Etrenes de Poezie Fransoeze An Vers Mezures
« Le corpus des vers mesurés de Baïf occupe une place unique dans la littérature européenne de la Renaissance ».
« Superbe exemplaire, unique dans cette condition, presque entièrement non rogné, aux armes de J. ‑A. De Thou. Ce précieux volume a été payé 900 fr. à la vente Brunet » (Ambroise Firmin Didot).
Provenance : Jacques-Auguste de Thou (1553-1617), Charron de Ménars (1680) ; Cardinal de Rohan (1706) ; Prince de Soubise (1788) ; Brunet (1868) ; Ambroise Firmin-Didot (1878).
2 ouvrages en un volume in-4, vélin doré de l’époque, armes dorées au centre des plats, dos lisse, gardes réparées. Reliure armoriée de l'époque.
206 x 148 mm.
Baïf, Jean-Antoine de (1532-1589). Etrénes de Poezie Fransoeze An Vers Mezures. Au Roe. A la Reine Mere. Au Roe de Pôlone. A Monséineur Duk d’Alanson. A Monséineur le grand Prieur. A Monséineur de Nevers. Et d’autres. Les Bezones et jôrs d’Eziode. Les Vers dorés de Pitagoras. Ansénemans de Faukilides. Ansénemans de Naumace Aus Files a marier. Par Jan Antoéne de Baïf, Segretere de la Canbre du Roe.
Paris, de l’Imprimerie de Denys du Val, rue S. Ian de Beauvais, au cheval volant. M. D. LXXIIII. Avec privilège du roy. 1574.
In-4 de (2) ff. prélim., titre compris, (14) ff. et 20 ff. chiffrés.
Suivi de : Baïf. De Profectione et adventu Henrici regis polonorum augusti in Regnum suum…
Ibid., id., 1574.
4 ff.
Éditions originales rarissimes.
Brunet, I-613 ; De Backer, 426 ; Le Petit, 91-92 ; Olivier, 216, fer n° 2 ; Tchemerzine-Scheler, I-287.
Exemplaire unique longuement décrit par Brunet.
« Ce livre singulier est un essai dans lequel l’auteur a tenté de renouveler à la fois et les lettres dans l’alphabet et l’orthographe dans l’écriture, et le rhythme ainsi que la mesure dans la versification (voir à ce sujet les Mélanges de M. Nodier, p. 260). Dans l’exemplaire de cet opuscule rare que j’ai sous les yeux, et dont la rel. en vél. Blanc porte les armes de J. -A. De Thou, se trouve une pièce de 4 ff. impr. aussi chez Denys du Val en 1574, et qui contient une ode de Baïf à très Eurcus prinse Hanri de Franse roe de Polone sur son voeiaje é son antrée en son roeiame, plus la traduction de la même ode en vers latins par Jean d’Aurat, le tout sous ce titre : De profectione et adventu Henrici regis Polonorum augusti in regnum suum. La pièce française est impr. avec les mêmes caract. que les Etrenes de Poésie, et la version latine en caractères romains. »
Le corpus de plus de 15 000 vers mesurés de Baïf occupe une place unique dans la littérature européenne de la Renaissance. Contrairement aux autres entreprises de versification dites « mesurées à l'antique », celle de Baïf est la seule de son genre parmi toutes les tentatives d'importer la métrique gréco-latine à reposer, comme ses modèles antiques, sur une prosodie formellement constituée et, qui plus est, essentiellement et authentiquement quantitative.
Les vers mesurés à l’antique de Baïf ne peuvent être dissociés de leur mise en musique voulu par leur auteur.
Reynaldo Hahn met en musique Vivons mignarde dans un cycle de chansons et madrigaux pour chœur a capella.
Il faut donc attendre les premiers temps de la Pléiade pour voir renaître le projet de composer en français des vers prosodiques, exclusivement fondés sur les quantités syllabiques. Baïf le rappellera dans ses Étrennes de poésie française en vers mesurés.
Cette réforme se heurtait toutefois à un obstacle linguistique déjà souligné par Tyard et Peletier : la difficulté de déterminer la quantité des syllabes du français, quantité peu sensible dans la langue courante. Conformément au vœu de Peletier, Baïf résout le problème en concevant pour sa poésie « métrifiée » une « ortografe » spécifique censée lever toute ambiguïté sur la quantité de chaque syllabe et permettre ainsi de déterminer avec certitude le rythme du vers. « Ces signes », explique P. Bonniffet, « indiquent aux compositeurs et aux chanteurs […] la durée exacte relative de chaque syllabe, étant entendu que, comme dans les langues grecques et latine, une longue égale deux brèves ». C’est dire que le système graphique de Baïf vise moins à matérialiser la réalité phonétique ambiante qu’à imposer un rythme vocal aux compositeurs, aux chanteurs, éventuellement aux lecteurs (BnF, ms 19140, f. 123 r°). Baïf compose encore quelque deux cents chansonnettes profanes qui vont inspirer de nombreux musiciens, et une série d’odes encomiastiques et de traduction vers pour vers des gnomiques grecs, publiées sous le titre d’Etrennes de poésie française en vers mesurés.
Nul doute que la collaboration de Baïf avec l’avant-garde musical du temps (Costeley, Courville, surtout le Jeune, mais aussi Lassus, et plus tard Mauduit) a connu un réel succès, qui relance la mode du vers mesuré.
Édition originale précieuse et rarissime.
Jules Le Petit écrivait en 1927 : « Nous n’avons pas connaissance qu’il en soit passé d’autre exemplaire aux enchères depuis la vente Nodier de 1844 (83 ans plus tôt) mais, si cela arrivait, un exemplaire en belle condition atteindrait certainement un prix beaucoup plus élevé. – A la vente Brunet (1868), un très bel ex., augmenté d’une pièce de titre latin et français, relative au voyage de Henri III, roi de Pologne, et à son arrivée en France, imprimée de même ; volume relié en vélin blanc aux armes d’Auguste de Thou, 900 fr. (la reliure et la provenance peuvent être comptées pour les deux tiers au moins dans le prix du volume à cette époque). – A la vente Didot (1878), le même ex. fut vendu 920 fr. ».
Il était ainsi décrit : « Superbe exemplaire, unique dans cette condition, presque entièrement non rogné, aux armes de J. -A. De Thou. Ce précieux volume a été payé 900 fr. à la vente Brunet ».
Précieux exemplaire relié en vélin doré pour Jacques Auguste de Thou.
Né à Paris le 8 octobre 1553, il devint d’abord chanoine de Notre-Dame de Paris et fut employé à diverses missions diplomatiques ; la mort de son père l'ayant déterminé en 1583 à quitter l'état ecclésiastique, il entra dans la magistrature et fut nommé maître des requêtes de l'hôtel le 10 avril 1584, conseiller d’État le 26 août 1588, grand maître de la librairie du Roi le 6 février 1593 et président à mortier au Parlement de Paris en 1595 ; l'œuvre principale de sa carrière politique fut la négociation de l'édit de Nantes. De Thou qui avait été appelé en 1610 à faire partie du conseil des finances, mourut à Paris le 7 mai 1617.
Magistrat, homme politique et diplomate, de Thou fut aussi un historien consciencieux et réputé ; il rédigea en latin l’ « Histoire de son temps » et écrivit ses « Mémoires ».
En dehors de tous ces titres de gloire, le président de Thou tient une place éminente dans l'histoire de la bibliophilie et se classe parmi les plus célèbres amateurs.
Provenance : Jacques-Auguste de Thou (1553-1617), Charron de Ménars (1680) ; Cardinal de Rohan (1706) ; Prince de Soubise (1788) ; Jacques-Charles Brunet (I, 20-24 avril 1868, n° 315) ; Ambroise Firmin-Didot (ex-libris, 6-15 juin 1878, n° 312).
