Histoire du chevalier des Grieux et de Manon Lescaut

Prévost, Antoine François
Amsterdam, 1756.
Prix : 7 500 €

Édition considérée par de nombreux éditeurs modernes comme « l’originale définitive » augmentée de deux parties composées en 1756.

Superbe et précieux exemplaire aux armes et chiffre d’André Prosper-Victor Masséna, Duc de Rivoli, Prince d’Essling.

2 tomes en 2 volumes petit in-8 : 2 ff. ; 12 pages ; 257 pages ; 4 figures ; 2 ff. ; 210 pages ; 4 figures.
Maroquin rouge, double filet doré autour des plats, armoiries dorées au centre, dos à nerfs orné d’un chiffre entrelacé, filets or sur les coupes, roulette intérieure dorée, doublure et gardes de moire bleue, tranches dorées. Reliure en maroquin armorié signée Belz-Niédrée vers 1870.

137 x 77 mm.

Prévost. Histoire du chevalier des Grieux et de Manon Lescaut.
Amsterdam, 1756.

Édition considérée comme l’originale définitive.

Manon Lescaut parut pour la première fois en 1731 à la suite des Mémoires et aventures d'une homme de qualité, mais passa inaperçu. L'histoire scandaleuse des amours passionnels du chevalier Des Grieux et de Manon (c'est-à-dire d'un noble et d'une prostituée) connut alors rapidement la gloire et il n'y eut pas moins de 23 éditions du vivant de Prévost. Deux autres parties furent écrites en 1756 (qui commence au retour d'Amérique de Des Grieux et après la mort de Manon), bien que la paternité de cette suite qui ressuscite Manon ne lui a pas encore été attribuée de manière définitive.

Ce ne fut qu'en 1753 que Prévost adopta le titre de « Histoire du Chevalier des Grieux et de Manon Lescaut ». Mais le 5 octobre 1733, l'ouvrage était saisi. Une lettre de Mathieu Marais au président Bouhier nous donne une idée des réactions haineuses et stupides que provoqua chez les « bien-pensants » la lecture de Manon : « Ce livre abominable s'est vendu à Paris et on y courait comme au feu, dans lequel on aurait dû brûler et le livre et l'auteur ». L'année suivante, Prévost, dans son journal le Pour et le Contre est forcé de se défendre contre les détracteurs de son roman. En 1735, sur l'ordre du garde des Sceaux, une nouvelle édition de Manon est saisie. Il faut attendre l'année suivante pour que le scandale fait autour de ce livre, s'apaise quelque peu. Entre 1737 et 1751, les réimpressions se succèdent à Paris et à Amsterdam. Une traduction allemande en est donnée à Stockholm en 1745. En 1753, la belle édition imprimée par Didot consacra la gloire du chef-d'œuvre de Prévost. Cette édition définitive a été corrigée et augmentée par l'auteur.

Considéré comme l'un des chefs-d'œuvre du roman français, ce récit bref et dépouillé immortalisa son auteur.

L'action commence en 1717 date de la rencontre de Des Grieux et de Manon, se poursuit 1719 avec la déportation de Manon en Louisiane et s'achève en 1720 au retour du chevalier en Europe.

« L'accent de la passion et les couleurs de la vérité dominent irrésistiblement le lecteur, en dépit des escroqueries du chevalier, de l'indignité de Manon qui s''élève au-dessus des filles de son espèce par le prestige de sa grâce et de sa beauté et la sincérité de son amour. »

Le roman dut son illustre destinée aux liens particuliers en partie autobiographiques qui l'unissaient à son auteur et à son époque et à sa valeur humaine impérissable.

La Harpe fut le premier critique qui, sans réserve, dans son Lycée sanctionna l'admiration publique qu'avait suscitée Manon Lescaut et plaça ce roman hors de pair dans l'œuvre de Prévost. L'époque romantique l'accueillit avec une particulière faveur, car la passion était la mode : Gustave Planche lui consacra une longue apologie (1838), précédée six ans plus tôt par des vers enthousiastes de Musset (Namouna, chant 1er). Depuis le premier quart du XIXe siècle, les éditions de Manon Lescaut se succèdent sans interruption, toujours accompagnées de préfaces élogieuses.

L'étude très complète d'E. Lasserre (Manon Lescaut 1930) détermine la place du chef-d'œuvre de Prévost dans l'histoire du roman français : « Pour la première fois, on trouvait en Manon Lescaut un roman aussi intéressant par ses péripéties qu'un roman d'aventures, aussi émouvant qu'une tragédie, aussi étudié dans ses caractères qu'un roman d'analyse ; réaliste non seulement par la peinture exacte des mœurs contemporaines, mais par l'étude d'un problème moral qui, pendant plus d'un siècle va dominer la littérature celui de la lutte entre le plaisir et la passion et des droits et du pouvoir de cette passion... ».

Très séduisant exemplaire aux armes et chiffre d’André Prosper-Victor Masséna,Duc de Rivoli, Prince d’Essling (Olivier, pl. 2467).