Viri Consularis Opera
« Le vif intérêt que l’œuvre de Prudence a suscité au cours du dernier quart de siècle, vient de se manifester d’heureuse façon… » Evenepoel (Willy).
« Prudence ! Le plus grand poète latin chrétien de l’Antiquité. » (Encyclopédia universalis).
In-8, 272 feuillets. Plein vélin doré, plats entièrement ornés et fleurdelysés, larges écoinçons dorés, armoiries centrales peintes en bleu, noir et rouge ceintes du collier de l’Ordre de la très Sainte Annonciation, dos lisse orné et fleurdelysé, rabats décorés, tranches dorées et ornées, « prudentius » calligraphié en lettres noires sur la tranche inférieure. Reliure armoriée de l’époqueproche de la reliure de 1561 de la bibliothèque R. Esmérian (Première partie, n° 56).
117 x 80 mm.
Prudence, lat. Aurelius Prudentius Clemens (348 env. - env. 410). Viri Consularis Opera A. Victore Giselino correcta et annotationibus illustrata Ad Hippolytum Estensem Cardinale mac principem illustgrissimum.
Parisiis Apud Hieronymum de Marnef, 1562.
Édition rarissime recherchée pour le commentaire de Victoire Giselini.
Né à Calagurris (Calahorra), en Espagne, Prudence eut une brillante carrière juridique et politique ; deux fois gouverneur de province en Espagne, il exerça de hautes fonctions à la cour de Théodose II.
Retiré du monde, il se voua à la piété et à la composition de poèmes chrétiens. Le Cathemerinon (Hymnes de chaque jour) est un recueil d'hymnes, en mètres lyriques, pour les heures du jour et pour quelques fêtes religieuses comme Noël et l'Épiphanie ; quelques morceaux en sont passés dans le bréviaire romain. L'Apotheosis, en hexamètres, réfute les erreurs sur la Trinité et la divinité du Christ, L'Hamartigenea (Origine du péché), en hexamètres également, traite de l'origine du mal en s'opposant au dualisme gnostique. La Psychomachia (Combat de l'âme) décrit le combat spirituel sous la forme d'un combat allégorique entre les vertus et les vices personnifiés ; elle eut une grande influence sur la poésie et l'iconographie médiévales. Les deux livres formant le Contre Symmaque (402 404) réfutent le rapport (relatio) de Symmaque à l'empereur Valentinien II en faveur de la religion traditionnelle (384). Prudence suit de près la réponse qu'Ambroise avait opposée à cette relatio (Epist., XVIII).
Le Péri Stephanon (Sur les couronnes) est un recueil de poèmes en vers lyriques d'une rare virtuosité à l'éloge des martyrs espagnols ou romains (Prudence avait visité Rome et ses catacombes en 402 ou 403). Si ses récits de martyres choquent notre goût, ses descriptions intéressent l'hagiographe et l'archéologue.
Le Dittocheon, enfin (le sens de ce titre est obscur), est une suite de quatrains expliquant les scènes de l'Ancien et du Nouveau Testament représentées sur des tableaux d'église (fresques ou mosaïques) ; intéressant aussi pour l'iconographie.
On a fait de Prudence un Virgile ou un Horace chrétien, rompu aux formes et aux images de la poésie classique. Ses poèmes expriment un vif patriotisme romain en même temps qu'un sentiment chrétien authentique, au service duquel il met toute sa culture et sa technique. Il aurait réalisé une heureuse synthèse des deux cultures s'il avait eu avec une pensée plus profonde une expression plus originale. À la fin de la culture antique, « le plus grand poète latin chrétien de l'Antiquité » n'a pas réussi à créer une culture chrétienne originale.
Précieux volume relié aux armes de Jean-Frédéric Madruzzo.
Pendant deux ans, de 1554 à 1556, Jean-Frédéric est contraint de résider au château de Vincennes près de Paris avant d’être libéré, lors de la trêve de Vaucelles, en échange de François de Coligny d’Andelot, neveu du connétable de France Anne de Montmorency et frère de l’amiral Gaspard II de Coligny, tombé aux mains des troupes impériales et détenu à Milan. Pendant ces deux années de détentions dorées en France Jean Frédéric, au contact d’autres prisonniers, devient un prince de la Renaissance et un bibliophile avisé qui va développer sa passion pour les reliures.
La carrière de Jean-Frédéric de Madruze, qui pratique et l’italien, l’allemand et le français s’effectuera désormais au service du duc de Savoie, Emmanuel-Philibert Ier. Il est nommé colonel de la milice du duc de Savoie en 1562, l’année où Emmanuel-Philibert transfère sa capitale de Chambéry à Turin en Italie.
En 1569, lorsque Emmanuel-Philibert Ier, restaure l’ordre prestigieux de l'Annonciade, il fait de Jean-Frédéric, comme c’était de tradition pour les membres les plus importants de la maison de Challant l’un des chevaliers de cet Ordre. Désormais les reliures de Jean-Frédéric de Madruze, comporteront ses armoiries entourées du collier de l’ordre de l'Annonciade, élément qui a permis de conforter l’attribution de la collection de reliures retrouvées à Jean-Frédéric puisqu’il fut le seul Madruze titulaire de cet Ordre.
Provenance :
- Gian Federico Madruzzo (1531-1586)
- Joseph de Guyon de Crochans (1673-1756)
- Latour Guion Romae (1708)-Berthier de Wagram (château de Grosbois)
- Libreria Prometheas-Mayfair Rare Books
Reliure proche de celle recouvrant le « diogène Laertii » de 1561 de la bibliothèque Raphaël Esmérian (n° 56 première partie) adjugée 22 500 FF le 6 juin 1972, il y a 53 ans.
Magnifique exemplaire.
Référence : USTC 153224, locating only one copy (BSB).
