Les songes drolatiques

Rabelais, François
Paris, Richard Breton, 1565.

Première édition fort rare des Songes drolatiques de Pantagruel ornée de 120 gravures sur bois, imprimée à Paris, en 1565.

Très bel exemplaire à grandes marges relié aux armes du Vicomte de Janzé « de ce précieux volume, un des plus rares de la collection rabelaisienne » (E. Rahir).

In-8 de (63) ff.
Maroquin rouge, triple filet doré encadrant les plats avec armes dorées au centre, dos à nerfs orné, coupes filetées or, dentelle intérieure dorée, tranches dorées. (Trautz-Bauzonnet).

154 x 100 mm.

Rabelais, François (1483-mars 1553). Les songes drolatiques de Pantagruel, ou ont contenues plusieurs figures de l’invention de maistre François Rabelais : & dernière œuvre d’iceluy, pour la récréation des bons esprits.
Paris, Richard Breton, 1565.

Extremely rare.

Première édition rarissime des Songes drolatiques de Pantagruel, le plus fascinant, le plus étrange et le moins ordinaire des livres français imprimés au XVIe siècle.

« Il est fort difficile de trouver un exemplaire complet de ce petit volume », écrivait déjà Brunet au XIXe siècle, lui dont l’exemplaire atteignit la formidable enchère de 1 650 F or à sa vente qui eut lieu en 1868. Un livre de bibliophilie se négociait alors à compter de 10 F or.

« Les Songes Drolatiques de Pantagruel sont ornés « de 120 figures grotesques gravées sur bois avec habileté, dans lesquelles on a cru voir une interprétation du roman célèbre de Rabelais ; d'ingénieuses explications ont même été faites de chacune de ces estampes » (Catalogue Edouard Rahir II, 650.)

Les 120 figures d’une verve étonnante décèlent « un génie caricatural étonnant » (Robert Brun) ; elles sont fort bien gravées sur bois par François Desprez, qui s'est inspiré de Pierre Breughel le vieux et de gravures de Jérome Cock (voir Mélanges Abel Lefranc, 1936, p. 229).
On y a vu une interprétation de l'œuvre de Rabelais.

Cette suite fut réimprimée par Paul Lacroix en 1868, il signale l’extrême rareté du présent volume.

Ces dessins sont fort curieux et correspondent si bien à l'imagination rabelaisienne, qu'ils ont, pour ainsi dire, pris place dans l'œuvre de Rabelais. Brunet, et nombre de bibliographes dont, de nos jours, P.P. Plan, ont décrit ce recueil de 1565 ; ils ont provoqué une infinité de recherches ; on a voulu voir des allusions aux grands personnages du temps et des ressemblances dissimulées sous l'étrange et le grotesque. R. Brun : La gravure française au xviè siècle, dit que ces Songes sont peut-être dus au même artiste qui exécuta la suite de la Diversité des Habits publiée à la même date chez R. Breton. La Bibliothèque Rahir contenait les deux ouvrages reliés ensemble (II, 654) ; et la Bibliothèque Lucien Graux (II, n° 100) le recueil des dessins originaux.

Premier tirage des compositions gravées sur bois à pleine page. Le dessinateur identifié par Jean Porcher en serait François Desprez, artiste et brodeur dont l'imprimeur Richard Breton venait de publier le Recueil de la diversité des habits (1562).

« Cette suite de figures décèle une imagination drolatique, une verve caricaturale étourdissante. » (Brun, pp. 60-61).

« Le bibliographe Debure en parlant de l'édition de 1565, gravée en bois seulement, dit que le célèbre Callot puisa dans « Les songes drolatiques de Pantagruel », une grande partie des attitudes et tournures grotesques qu'il donna à ses caricatures.
Le but de cet ouvrage, qui fut dessiné en Italie, par Rabelais lui-même, a été de ridiculiser les premiers personnages de son temps, et surtout la cour de Rome ».

Ces figures hybrides s'inspirent des drôleries gothiques, de la mode des grotesques, des œuvres de Brueghel, non sans aborder de façon insidieuse les polémiques confessionnelles visant l'Église romaine : un pantin est affublé de la mitre, un autre de ce qui ressemble fort à une tiare ; un troisième, éléphantesque, esquisse le geste de la bénédiction...
On sait aujourd'hui que l'imprimeur Richard Breton était acquis aux idées de la Réforme en tant que calviniste dont les multiples activités couvraient celle de propagandiste de l'Évangile (Wildenstein, L'imprimeur-libraire Richard Breton et son inventaire après décès, 1571, in Bibliothèque d'Humanisme et Renaissance, XXI, 1959, pp. 364-379).

Ce petit volume qui par son inspiration se rattache si bien à l’œuvre bouleversante et tonitruante de Rabelais a de tout temps suscité de fortes enchères mais il est rare.
L’exemplaire Lebeuf de Montgermont fut ainsi vendu 2 500 F or en 1871 soit 250 fois le prix de base d’un livre de bibliophilie.

Le 20 novembre 1985, il y a 34 ans, un exemplaire relié au XIXe siècle sans le dernier feuillet blanc, était adjugé 400 000 FF à l’Hôtel Drouot (environ 60 000 €).
En mai 2006, il y a 13 ans, un exemplaire très court de marges, sans le dernier feuillet blanc, était vendu 135 000 €.

Très bel exemplaire de ce précieux volume à grandes marges(hauteur 154 mm contre 135 mm pour l’exemplaire Anatole France), relié en maroquin décoré de Trautz Bauzonnet, aux armes du vicomte de Janzé, « un des plus rares de la collection rabelaisienne » (E. Rahir).

De la bibliothèque Louis-Frédéric de Janzé (cat. II, 1930, n° 85). Le dernier feuillet blanc n'a pas été conservé par le relieur.

Brunet IV, 1066 : « Petit volume, fort difficile à trouver complet. » ; Brun, p. 295 ; Plan, p. 243 ; Fact and Fantasy, 39 ; Mortimer-Harvard, 499 ; Rawles & Screech, 113 : les deux exemplaires aux États‑Unis sont conservés à Harvard et à New York (NYPL).

Vendu