Athalie

Racine, Jean
Paris, Denys Thierry, 1691.

Sans doute le plus précieux exemplaire de l’édition originale d’Athalie imprimé en 1691 apparu sur le marché depuis un demi-siècle : conservé dans son cartonnage souple rouge à rinceaux dorés de l’époque, il a appartenu à l’une des pensionnaires qui joua Joas dans la représentation d’Athalie en mars 1756, Marie de Cambis.

In-4 de (6) ff. et 87 pages, cartonnage souple de papier rouge à rinceaux dorés. 
Exceptionnelle reliure décorée de l’époque. Chemise et étui de demi maroquin rouge.

257 x 195 mm.

Racine, Jean (1639-1699). Athalie. Tragédie tirée de l’Écriture sainte.
Paris, Denys Thierry, 1691.

Très précieux exemplaire de l'édition originale d'Athalie la dernière grande tragédie de Racine, souvent considérée comme son chef-d'œuvre, ornée d’un frontispice gravé par J. Mariette d’après J.B. Corneille.
Tchemerzine, V, 351 ; Guibert, pp. 107 à 110.

Composée à la demande de Louis XIV et de Madame de Maintenon, Athalie fut représentée à la maison de Saint-Cyr, dans la plus grande simplicité, sans décor, ni costume.

Suivi de : Duché de Vancy. Jonathas.
Paris, Christophe Ballard, 1700.
Édition originale.

Et : Boyer, Jephte.
Paris, Jean-Baptiste Coignard, 1692.
Édition originale.

3 ouvrages reliés en 1 volume in-4.
Recueil de trois pièces tirées de l’Écriture Sainte, écrites pour les demoiselles de Saint-Cyr.

Remarquable exemplaire ayant appartenu à l’une des pensionnaires de Saint-Cyr, Marie de Cambis (1749- ?) admise à Saint-Cyr en 1755. Novice en 1766, elle prit le voile en 1768. Comme le rapporte le duc de Luynes dans ses Mémoires, Marie de Cambis joua le rôle du petit Joas dans la représentation d’Athalie qui eut lieu devant la reine le 22 mars 1756 (Mémoires, Paris, Firmin Didot frères, 1864, tome XIV, p. 476-178).

Dans Athalie, cette pièce lumineuse, Racine campait avec génie l’affrontement entre le bien et le mal et le drame bouleversant et grandiose de la reine.
L’auteur renouvelait son art, proche de celui du théâtre grec par son action continue, tout en étoffant le spectacle par des chœurs magnifiques, mis en musique par Jean-Baptiste Moreau.

Cette tragédie ne reçut véritablement sa consécration qu’au XIXe siècle, lorsque les romantiques virent dans Athalie, «l’un des sommets de la poésie française».

Voltaire fit beaucoup pour la gloire d’Athalie qu’il proclama en 1744 le « chef d’œuvre de notre théâtre » (dédicace de Mérope), puis en 1769 « le chef-d’œuvre de l’esprit humain » (disc. Hist. et crit.). Renan se plaisait à admirer l’esprit chrétien et la beauté grecque.

Athalie est la plus scénique de nos tragédies. Elle émeut le grand public pour la jeune victime d’une aïeule meurtrière. Elle le tient en haleine, par les péripéties de la lutte que la faiblesse intelligente mène contre la force bien armée. Elle lui fait suivre avec passion la recherche d'un secret : ce secret est, comme dans Œdipe, l'origine d'un enfant, dont la condition royale est révélée aux intéressés dans une série bien graduée de reconnaissances.

À l'intérêt humain s'associe l'intérêt historique.
Le poète a incarné dans ses héros les personnages qui ont toujours présidé ou résisté aux destinées d'Israël : le grand prêtre, le prophète, le chef militaire, l'apostat, le roi idolâtre. Et le drame se joue dans le temple, dont l'auteur ne nous décrit point, au grand regret des romantiques, le mobilier, mais dont il nous fait sentir la mystérieuse influence sur la vie du peuple.

En 1702, la duchesse de Bourgogne organisa devant la cour une représentation qui eut un certain éclat : elle-même faisait Josabeth, le duc d'Orléans Abner, l'acteur Baron Joad. Le duc d'Orléans, devenu régent, autorisa la Comédie Française à jouer Athalie, le 5 mars 1716. Elle n'a plus quitté le répertoire, représentée tantôt sans les chœurs, tantôt avec la musique de Moreau ou de Mendelssohn.

L’originale d’Athalie est rarissime reliée en cartonnage décoré de l’époque.

Jules Le Petit dans sa bibliographie des principales éditions originales parue en 1929 décrit cinq exemplaires, tous reliés au XIXè siècle : « Prix d'Athalie, édition in-4° : Vente Potier (1870), mar, r. par Capé, 195 fr. —Catal. Fontaine (1875), mar. r., par Allô, très bel ex. 600 fr.— Répertoire Morgand et Fatout (1878), rel. anc. en basane, 300 fr. – Vente Guy-Pellion (1882), mar. r. par, Hardy,440 fr. - Bulletin Morgand (1887), mar. r. par Thibaron, 300 fr. »

Cet exemplaire ne comporte pas le frontispice. Lucien Scheler mentionne « les exemplaires ayant servi aux élèves de Saint-Cyr ne contiennent pas le frontispice ». Le catalogue de vente de la bibliothèque Hanotaux (1927, n° 346) précise que « le frontispice n’existe pas dans les exemplaires distribués ».Page 16, deux vers ont été ajoutés à l’encre, d’une main non identifiée : « Vous voulés que ce Dieu vous comble de bienfaits / Et ne laimer jamais ». Une note au crayon de Lucien Scheler indique dans la marge que « ces 2 vers manuscrits paraissent pour la première fois dans l’édition collective de 1697 ».

Les pièces de Duché de Vancy et de Boyer sont en édition originale.

Provenance : Marie de Cambis (annotation de l’époque, à l’encre brune, au premier contre plat « Tragédies de Saint Cyr » et ex-libris manuscrit « S[oeur]r de Cambis ».

Vendu