Les Croniques et excellents faitz des ducs princes barons
« Les Chapitres 2 à 5 constituent la première version de Robert le Diable ».
Précieux et bel exemplaire d’Etienne Baluze, le bibliothécaire de Colbert.
Petit in-4, gothique, s.d., de (8) ff. et cxlii ff., une gravure sur bois.
Vélin rigide, dos lisse, titre en long manuscrit, tranches lisses. Reliure du XVIIe siècle.
185 x 127 mm.
[Robert Le Diable]. Les Croniques et excellents faitz des ducs Princes Barons et Seigneurs de la noble duche de Normandie. Et avec ce les Guerres et discentions qui ont este entre Francoys, Normans, et Angloys. Aussi de la cōqueste du pays et duche de Guyenne, additionnées de plusieurs belles hystoires, comme on pourra veoir en lisant ledit livre. Imprimé nouvellement à Paris. XXXV. On les vend à Paris en la rue neuve nostre dame a lēseigne sainct nicolas.
Paris, J. Saint-Denis, s.d. (1529).
La légende de Robert le Diable, dans la version d'Étienne de Bourbon (vers 1250-1261), peut se résumer ainsi : une comtesse qui n’avait pas de descendance promet au diable de lui donner l’enfant s’il lui en fait avoir un. Elle conçoit un fils qu’elle nomme Robert. Celui-ci grandit dans les turpitudes. Robert obtient de sa mère qu'elle lui avoue la cause de sa méchanceté. Le pape, qu'il est allé implorer à Rome de lui donner une pénitence, l'envoie à un ermite. Celui-ci, par inspiration divine, lui enjoint de ne plus parler, de se faire « fou », d'arracher sa nourriture aux chiens. Robert se rend à la capitale du roi accomplir sa pénitence. Les Barbares font irruption dans le royaume. Le roi part au combat. Un ange apporte au pénitent armes et cheval que Robert cache après avoir mis en fuite l'ennemi. Ce que voit la fille du roi, mais elle est muette. Le roi cherche à savoir qui est ce chevalier. Sans résultat. Le manège se répète. La troisième fois, le roi ordonne de le capturer. Un chevalier plante sa lance dans la cuisse de Robert ; le fer reste dans la blessure. Robert s’en débarrasse mais la fille du roi s'en empare. Le roi déclare offrir sa fille en mariage et son royaume au chevalier vainqueur, s'il se présente. Le sénéchal du roi se blesse pour profiter de l’aubaine. Mais Dieu guérit la fille du roi qui raconte ce qu'elle a vu. L'ermite, arrivé sur les lieux, ordonne à Robert de parler. Mais Robert refuse fille et royaume et part vivre une vie érémitique.
Cette histoire apparaît dans un roman en français, de 5 078 vers octosyllabiques, composé à la fin du XIIe ou au début du XIIIe siècle. Elle devient chez Étienne de Bourbon un exemplum latin, destiné à la prédication, récit repris et résumé par le dominicain Jean Gobi dans la Scala celi (entre 1322 et 1330). Premier chapitre des Chroniques de Normandie (XIVe), elle s'affirme comme un faux récit généalogique. La Vie du terrible Robert le dyable sort en mai 1496 à Lyon des presses de Pierre Mareschal et Bernabé Chaussard. Ouvrage promis au plus grand succès, puisque, de 1496 à 1580, onze éditions se succèdent. La version française imprimée est traduite à partir du XVIe siècle dans presque toutes les langues européennes.
Cette histoire de « Robert le Diable » est incluse dans cette édition de 1529 dans le « Roman de rou », œuvre de « Robert Wace » publiée sous le titre de « Chroniques de Normandie ».
Né dans l’île de Jersey vers 1110, Robert Wace fut amené tout jeune à Caen où il fut « mis a lettres ». Il est l’auteur du « Roman de Rou », entrepris avec l’approbation du roi Henri II, sinon sur son ordre, qui se présente comme la suite logique Roman du Brut : une geste des Normands venant s’ajouter à la geste des Bretons, pour former une immense œuvre de propagande en faveur des Plantagenêts.
L’importance littéraire et linguistique est grande. L’œuvre de Wace, l’une des plus considérables du XIIe siècle, est un des modèles les plus achevés que nous ayons conservé de l’ancienne langue et témoigne de la vitalité de la culture normande.
Précieux exemplaire d’Etienne Baluze (1630-1718), le bibliothécaire deColbert, avec son ex-libris manuscrit et seul exemplaire répertorié sur le marché relié en vélin ancien.
Frère, I, 241 ; Saffroy, III, 46746 ; Bechtel, Catalogue des gothiques Français, 1476-1560, C‑349 ; Brunet, I, 1874 (ne cite pas d’exemplaire) ; Moreau, III, 1521-1530, 1701 (« Les chapitres 2-5 constituent la 1ère version de Robert le Diable », cite les exemplaires de la BN et de l’Arsenal) ; Mellot (J-D), Répertoire d’imprimeurs/libraires, 4396 [Pierre Sergent succède à Jean-Saint Denis (14..‑1531)].



