La Nouvelle Héloïse ou lettres de deux Amants

Rousseau, Jean-Jacques

Trois précieuses éditions originales à provenance féminine.
Superbe exemplaire conservé dans sa reliure en maroquin de l’époque aux armes de la duchesse de Gramont qui mourut sur l’échafaud le 17 avril 1794.

7 volumes, maroquin olive, triple filet or encadrant les plats, armoiries frappées or au centre, dos lisse orné de filets et fer floral doré, pièces de titre et de tomaison en maroquin rouge, tranches dorées sur marbrures. Reliure de l’époque.

164 x 96 mm.

Rousseau, Jean-Jacques. Julie ou La Nouvelle Héloïse [faux-titres]. Lettres de deux amans, habitans d’une petite ville au pied des Alpes. Recueillies et publiées par J. –J. Rousseau. Première [-sixième] partie. Amsterdam, Marc Michel Rey, 1761.

[Joint dans un 7ème volume :] Préface de la Nouvelle Héloïse. Paris, Duchesne, 1761.

Recueil d’Estampes pour la Nouvelle Héloïse. Paris, Duchesne, 1761.

Lettres sur La Nouvelle Héloïse ou Aloisia, 1761.

Edition originale fort rare, second tirage deLa Nouvelle Héloïse de Jean-Jacques Rousseau.

Edition originale rarissime de laPréface de La Nouvelle Héloïse (Tchémerzine, V, 541).

Edition originale duRecueil d’Estampes pour la Nouvelle Héloïse (Tchémerzine, V, 540).

« Première édition de ce roman fameux, qui fut tant lu dès l’époque de son apparition, tant de fois réimprimé depuis et qui est si connu sous son simple titre : La Nouvelle Héloïse » (Le Petit, 560-562).

Deux éditions de La Nouvelle Héloïse furent publiées presque simultanément, l’une, la présente, l’édition originale, à Amsterdam par Marc Michel Rey, l’autre à Paris par le libraire Robin.

Rousseau expose dans ses Confessions (livre X), que quand la Nouvelle Héloïse fut imprimée en Hollande (chez Marc-Michel Rey), M. de Malesherbes, censeur de la librairie en France, ne permit le débit de cette édition hollandaise dans le royaume qu’après l’épuisement d’une édition qu’il avait fait exécuter à Paris (par le libraire Robin), au profit de l’auteur, « malgré moi-même », dit Rousseau.

Ce profit fut de cent pistoles que Jean-Jacques voulut partager avec Rey ; ce dernier s’y refusa. « Pour ces cent pistoles, dit Rousseau, j’eus le désagrément que M. de Malesherbes n’avoit pas prévu, de voir horriblement mutiler mon ouvrage, et empêcher le débit de la bonne édition jusqu’à ce que la mauvaise fût écoulée ».

Alors que le Recueil des Planches a été mis en vente à Paris, au commencement de mars 1761, les six volumes de la Nouvelle Héloïse (Ed. Robin) l’ont été en février. Mais l’édition originale de Marc-Michel Rey était déjà en vente en Allemagne, en Hollande, à Londres et en Suisse dès le 20 décembre 1760 (lettre de Rey à Rousseau du 30 décembre 1760). C’est ce qui explique que le Journal Helvétique, publié à Neuchatel, donne, en février 1761, une réponse à un article consacré à la Nouvelle Héloïse et paru le mois précédent.

A Paris, le Mercure de France de mars 1761 (p. 101), insérait cette annonce : « Les deux éditions qui en ont été faites presque en même temps l’une à Paris & l’autre en Hollande, ont à peine suffi pour satisfaire l’empressement du Public, qui le lit avec autant de plaisir que d’avidité ».

« Le succès de la Nouvelle Héloïse fut immense, en particulier dans les milieux aristocratiques : selon l’auteur lui-même, il fallait toute la délicatesse et le tact qu'on ne peut acquérir que par l'éducation du grand monde pour saisir la finesse dont l’œuvre était imprégnée. « La Nouvelle Héloïse » entreprend l’exaltation de l’amour et de l’amitié, « idoles » chères au cœur de Rousseau, à travers deux personnages idéaux que l’auteur se complaît à parer des plus séduisantes images de la vertu. Ce roman renferme des pages descriptives empreintes d’une remarquable fraîcheur et contenant déjà, outre une vision subjective du « paysage », tous les éléments qu’orchestreront plus tard les romantiques du monde entier, entre autres Chateaubriand et Lamartine, Mme de Staël et George Sand. On y retrouve certaines influences antérieures, de « La Princesse de Clèves » à « Clarisse Harlowe », en passant par la « Marianne » de Marivaux et la « Manon Lescaut » de l’abbé Prévost. Quant aux contemporains, ils goûtaient dans « La Nouvelle Héloïse » non seulement le récit d’un amour malheureux, mais les dissertations sur les sujets les plus variés, politiques, religieux, philanthropiques, pédagogiques, développés avec l’emphase sentimentale chère au goût de l’époque. Avec « l’Émile », ce roman contribua à créer autour de Rousseau cette réputation de révolutionnaire, qui le fit expulser successivement de France et de Suisse, le contraignant à se réfugier en Angleterre ; ce qui ne fut pas la moindre raison du grand et rapide succès dont bénéficia la Nouvelle Héloïse ».

Remarquable exemplaire comprenant la suite de Gravelot en 12 estampes sur vergé gravées par Le Mire, Ouvrier, Lempereur, St Aubin, Aliamet, Choffard et Flipart, parues chez Duchesne.

Précieux et rarissime exemplaire réunissant trois éditions originales en condition d’exception : en maroquin olive de l’époque aux armes de laDuchesse de Gramont.

Béatrix de Choiseul Stainville, fille de François-Joseph II, marquis de Stainville, baron de Beaupré, ambassadeur du duc François de Lorraine et de Marie-Louise de Bassompierre, « l’altière et impérieuse » sœur du ministre de Louis XV, naquit à Lunéville en 1730. Dame, puis coadjutrice de l’abbaye de Bouxières-aux-Dames, au diocèse de Toul, et chanoinesse de Remiremont, elle exerça par son courage et son énergie virile une très grande influence sur son frère. Elle épousa le 16 août 1759 Antoine-Antonin, duc de Gramont, pair de France, gouverneur de la Navarre et du Béarn, dont elle fut la seconde femme. Elle mourut sur l’échafaud le 17 avril 1794. La duchesse de Gramont avait rassemblé une bibliothèque considérable reliée en maroquin rouge ou vert.

Sa réponse à la question du Tribunal révolutionnaire sur l’aide financière qu’elle fournit aux émigrés est célèbre : « J'allais dire que non. Mais ma vie ne vaut pas un mensonge. »

Vendu